Em. DescuAnEL, Lamartine
points! ; mais, au moment de son apparition, le succès fut inqui, dans les salons comme dans les ateliers.
Le soir de la mise en vente, l’auteur écrivait à son ami Dargaud : « C’est un incendie ! » Et le lendemain, il ajoutait : « J'ai gagné mon petit Austerlitz !»
Esprit de la Révolution française.
IL y A des objets dans la nature dont on ne distingue bien la forme qu’en s’en éloignant. La proximité empêche de voir comme la distance. Il en est ainsi des grands événements. La main de Dieu est visible sur les choses humaines, mais cette main même a une ombre qui nous cache ce qu’elle accomplit. Ce qu’on pouvait entrevoir alors* de la Révolution française annonçait ce qu'il ÿy a de plus grand au monde : l'avènement d’une idée nouvelle dans le genre humain, l’idée démocratique, et plus tard le gouvernement démocratique. ;
Cette idée était un écoulement du christianisme. Le christianisme, trouvant les hommes asservis et dégradés sur toute la terre, s'était levé à la chute de l’empire romain comme une vengeance, mais sous la forme d’une résignation. Il avait proclamé les trois mots que répétait à deux mille ans de distance la philosophie française : liberté, égalité, fraternité des hommes. Mais il avait enfoui pour un temps ce dogme au fond de l'âme des chrétiens. Trop faible d’abord pour s’attaquer aux lois civiles, il avait dit aux puissances : ,
« Je vous laisse encore un peu de temps le monde politique, je me confine dans le monde moral. Continuez, si vous pouvez, d’enchaîner, de classer, d’asservir, de profaner les peuples. Je vais émanciper les âmes. Je mettrai deux mille ans peut-être à renouveler les esprits avant d’éclore dans les institutions. Mais un jour viendra où ma doctrine s’échappera du temple et entrera dans le'conseil des peuples. Ce jour-là le monde social sera renouvelé ?. »
Ce jour était arrivé, il avait été préparé par un siècle de philosophie, sceptique en apparence, croyante en réalité. Le scepticisme du xviri® siècle ne s’attachait qu'aux formes exté-
1. Dans sa Critique de l’ « Histoire des Girondins » (1861), publiée dans le Cours familier de Littérature, Entretiens LXX à LXXV,