Après la mort de Mirabeau, avril
3. Voir notre notice Sur {a Politique rationnelle. PROSE t, I, p. 115.
rieures et aux dogmes surnaturels du christianisme ; il en adoptait avec passion la morale et le sens social. Ce que le christianisme appelait révélation, la philosophie l’appelait raison. Les mots étaient différents, le sens était le même. L’émancipation des individus, des castes, des peuples, en dérivait également. Seulement, le monde antique s’était affranchi au nom du Christ, le monde moderne s’affranchissait au nom des droits que toute créature a reçus de Dieu. Mais tous les deux faisaient découler cet affranchissement de Dieu ou de la nature. La philosophie politique de la Révolution n'avait pas même pu inventer un mot plus vrai, plus complet et plus divin que le christianisme pour se révéler à l’Europe, et elle avait adopté le dogme et le mot de fraternité. Seulement, la Révolution française attaquait la forme extérieure de la religion régnante, parce que cette religion s'était incrustée dans les gouvernements monarchiques, théocratiques ou aristocratiques qu'on voulait détruire. C’est l'explication de cette contradiction apparente de l'esprit du xvine siècle qui empruntait tout du christianisme en politique et qui le reniait en le dépouillant. Il y avait à la fois une violente répulsion et une violente attraction entre les deux doctrines. Elles se reconnaissaient en se combattant, et aspiraient à se reconnaître plus complètement quand la lutte aurait cessé par le triomphe de la liberté.
Trois choses étaient donc évidentes pour les esprits réfléchis dès le mois d'avril 1791 : l’une, que le mouvement révolutionnaire commencé marcherait de conséquence en conséquence à la restauration complète de tous les droits en souffrance dans l'humanité, depuis ceux des peuples devant leurs gouvernements, jusqu’à ceux du citoyen devant les castes, et du prolétaire devant les citoyens ; poursuivrait la tyrannie, le privilège, l'inégalité, l’'égoïsme non seulement sur le trône, mais dans la loi civile, dans l’administration, dans la distribution légale de la propriété, dans les conditions de l’industrie, du travail, de la famille, et dans tous les rapports de l’homme avec l’homme et de l’homme avec la femme ; la seconde, que ce mouvement philosophique et social de démocratie chercherait sa forme naturelle dans une forme de gouvernement analogue à son principe et à sa nature, c’est-à-dire expressive de la souveraineté du peuple : république à une ou à plusieurs têtes’; la troisième, enfin, que l'émancipation sociale et politique entraînerait avec elle une émancipation intellectuelle et religieuse de l'esprit
1. Lamartine reconnaissait dans la monarchie de Juillet une forme du gouvernement républicain, (Voir l'extrait de : Su La Politique rationnelle. PROSE, t. I, D. 115.)
humain; que la liberté de penser, de parler et d’agir ne s’arrêterait pas devant la liberté de croire; que l’idée de Dieu, confinée dans les sanctuaires, en sortirait pour rayonner dans chaque conscience libre de la lumière de la liberté même ; que cette lumière, révélation pour les uns, raison pour les autres, ferait éclater de plus en plus la vérité et la justice, qui découlent de Dieu sur la terret.
(Livre I, vi)
Vergniaud.
VERGNIAUD, né à Limoges et avocat à Bordeaux, n'avait encore [en 1792] que trente-trois ans?2.
Le mouvement l’avait saisi et emporté tout jeune. Ses traits majestueux et calmes annonçaient le sentiment de sa puissance. Aucune tension ne les contractait. La facilité, cette grâce du génie, assouplissait tout en lui, talent, caractère, attitude. Une certaine nonchalance annonçait qu’il s’oubliait aisément luimême, sûr de se retrouver avec toute sa force au moment où il aurait besoin de se recueillir. Son front était serein, son regard assuré, sa bouche grave et un peu triste ; les pensées sévères de l’antiquité se fondaient dans sa physionomie avec les sourires et l’insouciance de la première jeunesse. On l’aimaïit familièrement au pied de la tribune. On s’étonnait de l’admirer et de le respecter dès qu’il y montait. Son premier regard, son premier mot mettait une distance immense entre l’homme et l’orateur. C'était un instrument d’enthousiasme, qui ne prenait sa valeur et sa place que dans l'inspiration. Cette inspiration, servie par une voix grave et par une élocution intarissable, s'était nourrie des plus purs souvenirs de la tribune antique. Sa phrase avait les images et l’harmonie des plus beaux vers. S'il n'avait pas été l’orateur d’une démocratie, il en eût été le philosophe et le poète. Son génie tout populaire lui défendait de descendre au langage du peuple, même en le flattant. Il n’avait que des passions nobles comme son langage. Il adorait la Révolution comme une philosophie sublime qui devait ennoblir la nation tout entière sans faire d’autres victimes que les préjugés et les tyrannies. Il
1. «… Cette caractérisation est pleine d’erreurs ; elle est lyrique plus que politique, J'y « remarque surtout des théories sociales de J.-J. Rousseau ; il faut lire ces pages avec une « extrême précaution de jugement.» (Critique del’ «Histoire des Girondins», 1861, $ Lxx1.) 2. Né le 31 mai 1753, il avait en réalité trente-neuf ans.
avait des doctrines et point de haines, des soifs de gloire et point d’ambitions. Le pouvoir même lui semblait quelque chose de trop réel, de trop vulgaire pour y prétendre. Il le dédaignait pour lui-même et ne le briguait que pour ses idées. La gloire et la postérité étaient les deux seuls buts de sa pensée. Il ne montait à la tribune que pour les voir de plus haut. Plus tard il ne vit qu’elles du haut de l’échafaud, et il s’élança dans l’avenir, jeune, beau, immortel dans la mémoire de la France, avec tout son enthousiasme et quelques taches déjà lavées dans son généreux sang.
Tel était l’homme que la nature avait donné aux Girondins pour chef. Il ne daigna pas l’être, bien qu’il eût l’âme et les vues d’un homme d’État ; trop insouciant pour un chef de parti, trop grand pour être le second de personne. Il fut Vergniaud. Plus glorieux qu'’utile à ses amis, il ne voulut pas les conduire ;
il les immortalisa!.
(Livre VI, xv.)
… Vergniaud, insouciant des moyens de succès, comme tous les hommes qui se sentent une grande force intérieure, travaillait peu et se fiait à l’occasion et à la nature. Son génie, malheureusement indolent, aimait à sommeiller et à s’abandonner aux nonchalances de l’âge et de l'esprit. Il fallait le secouer pour le réveiller de ses loisirs de jeunesse, et le pousser à la tribune ou au conseil. Pour lui, comme pour les Orientaux, il n’y avait point de transition entre l’oisiveté et l’héroïsme. L'action l’enlevait, mais le lassait vite. Il retombait dans la rêverie du talent.
Brissot, Guadet, Gensonné l’entraînèrent chez Mme Roland. Elle ne le trouvait pas assez viril et assez ambitieux pour son génie. Ses mœurs méridionales, ses goûts littéraires, son attrait pour une beauté moins impérieuse le ramenaient sans cesse dans la société d’une actrice du Théâtre-Français, Mme Simon-Candeille. Il avait écrit pour elle, sous un autre nom, quelques scènes du drame alors célèbre de /a Belle Fermière. Cette jeune femme, à la fois poète, écrivain, comédienne, déployait dans ce drame toutes les fascinations de son âme, de son talent et de sa beauté. Vergniaud s’enivrait, dans cette vie d'artiste, de
1. « Ce n’est pas du tout Vergniaud, commente sur ce portrait M. J. pes CocNers (la Vie intérieure de Lamartine, p. 343); mais c’est tout à fait Lamartine entre 1843 et 1847, tel qu’ilse voyait en imagination, tel qu’il souhaitait qu’on le vit.»
2. Catherine ou la Belle Fermière, comédie représentée pour la première fois, sous le nom de Mme Candeille, le 27 décembre 1792.
musique, de déclamation et de plaisirs; il se pressait de jouir de sa jeunesse, comme s’il eût le pressentiment qu’elle serait si tôt cueillie. Ses habitudes étaient méditatives et paresseuses. Il se levait au milieu du jour ; il écrivait peu et sur des feuilles éparses ; il appuyait le papier sur ses genoux, comme un homme pressé qui se dispute le temps ; il composait ses discours lentement dans ses rêveries, et les retenait à l’aide de notes dans sa mémoire ; il polissait son éloquence à loisir, comme le soldat polit son arme au repos. Il ne voulait pas seulement que ses coups fussent mortels, il voulait qu’ils fussent brillants : aussi curieux de l’art que de la politique. Le coup porté, il en abandonnait le contre-coup à la destinée, et s’abandonnaït de nouveau lui-même à la mollesse, Ce n’était pas l’homme de toutes les heures, c'était l'homme des grandes journées,
Vergniaud était de taille moyenne. Sa stature robuste et carrée avait l’aplomb de la statue de l’orateur ; on y sentait le lutteur de paroles ; son nez était court, large, fièrement relevé des narines ; ses lèvres un peu épaisses dessinaient fermement sa bouche ; on voyait qu’elles avaient été modelées pour jeter la parole à grands flots, comme les lèvres d’un triton à l'ouverture d’une grande source ; ses yeux noirs et pléins d’éclairs semblaient jaillir sous des sourcils proéminents ; son front large et plane avait le poli du miroir où se réfléchit l'intelligence; ses cheveux châtains ondoyaient aux secousses de sa tête ainsi que ceux de Mirabeau. Les marques de la petite vérole timbraient la peau de son visage, comme un marbre dégrossi par le marteau à diamant du tailleur de pierres. Son teint pâle avait la lividité des émotions profondes. Au repos, nul n’aurait remarqué cet homme dans une foule. Il aurait passé avec le vulgaire sans blesser et sans arrêter le regard. Mais quand l'âme se répandait dans sa physionomie, comme la lumière sur un buste, l’ensemble de sa figure prenait par l'expression l'idéal, la splendeur et la beauté qu'aucun de ses traits n’avait en détail. Il s’illuminait d’éloquence. Les muscles palpitants de ses sourcils, de ses tempes, de ses lèvres, se modelaient sur sa pensée et confondaient sa physionomie avec la pensée même : c'était la transfiguration du génie. Le jour de Vergniaud, c'était la parole ; le piédestal de sa beauté, c'était la tribune. Quand il en était descendu, elle s’évanouissait ; l’orateur n’était plus qu’un homme.
(Livre XVIII, 1v et v.)
Madame Roland.
Fille du graveur Phlipon, « Manon » Roland naquit à Paris en 1754. En 1780, elle épousa Roland, inspecteur des manufactures, homme d’un caractère austère et de vingt ans plus âgé qu’elle. « Manon » se consacra tout entière à cette union, mais « sans aucun enthousiasme de cœur ».
IL v A une femme à l’origine de toutes les grandes choses ; il en fallait une au principe de la Révolution. On peut dire que la philosophie trouva cette femme dans M®® Roland.
… Une taille élevée et souple, des épaules effacées, une poitrine large, soulevée par une respiration libre et forte ; une attitude modeste et décente, cette pose du cou qui caractérise l’intrépidité ; des cheveux noirs et lisses, des yeux bleux brunis par l'ombre de la pensée, un regard qui passait, comme l’âme, de la tendresse à l'énergie, une bouche un peu grande, ouverte au sourire comme à la parole; des dents éclatantes, un menton relevé et arrondi donnant à l’ovale de sa figure cette grâce voluptueuse et féminine sans laquelle la beauté même ne produit pas l'amour; une peau marbrée des teintes de la vie et veinée d’un sang quise portait à la moindre impression sur ses joues rougissantes; un son de voix qui empruntait ses vibrations aux fibres graves de la poitrine et qui se modulait profondément aux mouvements mêmes du cœur (don précieux, car le son de voix, qui est la communication de l'émotion dans la femme, est le véhicule de la persuasion dans l’orateur ; à ces deux titres la nature lui devait le charme de la voix, et elle le lui avait donné): tel était à dix-huit ans le portrait de cette jeune fille que l’obscurité couva longtemps dans son ombre, comme pour préparer à la vie et à la mort une âme plus forte et une victime plus accomplie.
Son intelligence éclairait cette enveloppe d’une lueur précoce et soudaine qui ressemblait déjà à l'inspiration. Elle aspiraït, pour ainsi dire, les connaissances les plus difficiles en les épelant. Ce qu’on enseigne à son âge et à son sexe ne lui suffisait pas. La mâle éducation des hommes était un besoin et un jeu pour elle. Son esprit puissant avait besoin de tous les instruments de la pensée comme d’un exercice. Religion, histoire, philosophie, musique, peinture, danse, sciences exactes, chimie, langues étrangères et langues savantes, elle apprenait tout et désirait
plus. Elle formait elle-même sa pensée de tous les rayons que l'obscurité de sa condition laissait arriver jusqu’au laboratoire de son père. Elle dérobait même furtivement les livres que les jeunes apprentis apportaient et oubliaient pour elle dans l’atelier. Jean-Jacques Rousseau, Voltaire, Montesquieu, les philosophes anglais, lui tombèrent ainsi entre les mains. Mais sa véritable nourriture, c'était Plutarque.
« Je n’oublierai jamais, dit-elle, le carême de 1763, pendant lequel j'emportai tous les jours ce livre à l’église en guise de livre de prières; c’est de ce moment que datent les impressions et les idées qui me rendirent républicaine sans que je songeasse alors à le devenir. » Après Plutarque, ce fut Fénelon qui émut le plus son cœur. Le Tasse et les poètes vinrent ensuite. L’héroïsme, la vertu et l’amour devaient se verser de ces trois vases ensemble dans l'âme d’une femme destinée à cette triple palpitation des grandes impressions.
(Livre VIII, 17 et xxx.)
… Cependant la Révolution de 89 avait sonné, et était venue la surprendre au sein de cette retraite’. Enivrée de philosophie, passionnée pour l'idéal de l’humanité, adoratrice de la liberté antique, elle s’enflamma dès la première étincelle à ce foyer d'idées nouvelles; elle crut de bonne foi que cette révolution, comme un enfantement sans douleur, allait régénérer l’espèce humaine, détruire la misère de la classe malheureuse, sur laquelle elle s’attendrissait, et renouveler la face du monde. Il y a de l'imagination jusque dans la piété des grandes âmes. L’illusion généreuse de la France, à cette époque, était égale à l’œuvre que la France avait à accomplir. Si elle n'avait pas tant espéré. elle n’eût rien osé. Sa foi fut sa force.
De ce jour M"®° Roland sentit s’allumer en elle un feu qui ne devait plus s’éteindre que dans son sang. Tout l’amour oisif qui sommeillait dans son âme se convertit en enthousiasme et en passion pour l’humanité. Sa sensibilité trompée, trop ardente sans doute pour un seul homme, se répandit sur tout un peuple. Elle aima la Révolution comme une amante. Elle communiqua sa flamme à son mari et à ses amis. Toute sa passion contenue se versa dans ses opinions. Elle se vengea de sa destinée, qui lui refusait le bonheur pour elle-même, en se consumant pour le
1. À La Platière, petite propriété de M. Roland, « au pied des montagnes du Beaujolais, dans le large bassin de la Saône, en face des Alpes, sur le penchant d’un mamelon sablonneux », Les Roland y habitaient depuis 1785,
bonheur des autres. Heureuse et aimée, elle n’eût été qu’une femme; malheureuse et isolée, elle devint un chef de parti.
Les opinions dé M. et de Mmê Roland soulevèrent contre eux, dans le premier moment, toute l'aristocratie commerciale de Lyon, ville probe et pure, mais ville d'argent où tout se calcule, et où les idées ont la pesanteur et l’immobilité des intérêts. Les idées ont un courant irrésistible qui entraîne même les populations les plus stagnantes. Lyon fut entraîné et submergé par les opinions de l’époque. M. Roland fut porté à la municipalité par les premières élections et avec l'énergie qu'il puisait dans l’âme de sa femme. Redouté des timides, adoré des impatients, son nom devint une injure, puis un drapeau ; la faveur publique le vengea des outrages des riches. Il fut député à Paris par le conseil municipal, pour y défendre les intérêts commerciaux de Lyon auprès des comités de l’Assemblée Constituante.
Les liaisons de Roland avec les philosophes et avec les économistes, qui formaient le parti pratique de la philosophie ; ses rapports obligés avec les membres influents de l’Assemblée ; ses goûts littéraires et surtout l’attrait et la séduction naturelle qui attirent et retiennent les hommes éminents autour d’une femme jeune, éloquente et passionnée, firent bientôt du salon de Mme Roland un foyer, peu éclatant encore, mais ardent, de la Révolution. Les noms qui s’y rencontrent révèlent, dès le premier jour, les opinions extrêmes. Pour ces opinions, la constitution de 1791 n’était qu’une halte.
Ce fut le 20 février 1791 que Mme Roland rentra dans ce Paris d’où elle était sortie cinq ans auparavant jeune fille inaperçue et sans nom, et où elle revenait comme une flamme pour animer tout un parti, fonder la république, régner un moment et mourir. Elle avait dans l’âme un confus pressentiment de cette destinée. Le génie et la volonté connaissent leurs forces, ils sentent avant les autres et ils prophétisent leur mission, Mme Roland semblait d'avance emportée par la sienne au centre de l’action. Elle courut le lendemain de son arrivée aux séances de l’Assemblée. Elle vit le puissant Mirabeau, l’étonnant Cazalès, l’audacieux Maury, l’astucieux Lameth, le froid Barnave. Elle remarqua avec le dépit de la haine, dans l'attitude et le langage du côté droit, cette supériorité que donnent l’habitude de la do-
r. Erreur de Lamartine : Mme Roland était mariée depuis onze ans, Maïs il y avait «cinq ans » qu’elle vivait à La Platière, après avoir habité Amiens,
mination et la confiance dans le respect des masses ; du côté gauche, l’infériorité des manières et l’insolence mêlée à la subalternité. Ainsi l’aristocratie antique survivait dans le sang et se vengeait, même après sa défaite, de la démocratie qui l’enviait en la subjuguant. L'égalité s’écrit dans les lois longtemps avant de s'établir entre les races. La nature est aristocrate ; il faut une longue pratique de l’indépendance pour donner aux peuples républicains le maintien noble et la dignité polie du citoyen, En révolution même, dans le vainqueur, on sent longtemps le parvenu de la liberté. Les femmes ont le tact plus sensible à ces nuances. Mme Roland les comprit ; mais, loin de se laisser séduire par cette supériorité de l'aristocratie, elle s’en indigna davantage et sentit redoubler sa haine contre un parti qu’on pouvait abattre, mais qu’on ne pouvait humilier,
(Livre VIII, xxx et xrv.) + + %
… Il y a des âmes que la postérité contemple avec plus de curiosité et plus d'intérêt que tout un empire, parce qu'elles résument, dans leur situation, dans leur sensibilité, dans leur élévation et dans leur chute, toutes les vicissitudes, toutes les catastrophes, toutes les gloires et toutes les infortunes de leur temps. Mme Roland est une de ces âmes. Dans son élan, dans sa passion, dans ses illusions, dans son martyr, dans son découragement... et aussi dans son espérance immortelle, elle personnifiait au fond de son cachot toute la Révolution.
L'âme de la Gironde s’exhala avec son dernier soupir.
Mme Roland ressemblait à ce moment [celui de sa mort], et ressemblera à jamais dans la postérité, à la république prématurée et idéale qu’elle avait conçue : belle, éloquente, mais le pied dans le sang de ses amis, et la tête tranchée par son propre glaive, au milieu d’un peuple qui ne la reconnaît pas.
(Livre LI, xx et 1x.)