Bruslart de Sillery, comte de Genlis
5. Boyer-Fonfrède, le plus jeune des Girondins : il n’avait que vingt-sept ans, Son beaufrère Ducos en avait vingt-huit.
en sanglotant : « Mon ami, lui dit-il, c’est moi qui te donne la mort ! mais console-toi, nous allons mourir ensemble. »
A ce moment un cri s'élève du milieu de la foule. Un jeune homme se débat dans un groupe de spectateurs, et s'efforce vainement de se faire place à travers les rangs pressés pour s’enfuir vers la porte : « Laissez-moi fuir, laissez-moi me dérober à ce spectacle, s’écria-t-il en se voilant les yeux de ses deux mains. Misérable que je suis, c’est moi qui les tue ! C’est mon Brissoi dévoilé: qui les accuse et qui les juge! je ne puis supporter la vue de mon ouvrage ! je sens les gouttes de leur sang rejaillir sur cette main qui les a dénoncés ! » Ce jeune homme était Camille Desmoulins, inconséquent dans sa pitié comme dans sa haine, et dont la légèreté tour à tour perverse ou puérile cédait aux larmes comme elle provoquait le sang. La foule, indifférente ou dédaigneuse, le retint, et le fit taire comme un enfant.
Il était onze heures du soir. Après un moment donné au contre-coup du jugement, à l'émotion des condamnés, aux cris de « Vive la République ! » poussés par la foule, la séance fut levée.
Les Girondins, en descendant un à un de leurs bancs, se groupent autour du cadavre de Valazé étendu sur une estrade, le touchent respectueusement du doigt pour s’assurer s’il respire encore; puis, comme saisis d’une inspiration électrique au contact du républicain sacrifié par sa propre main, ils s’écrient d’une seule voix : « Nous mourons innocents, vive la République ! » Quelques-uns jettent au même instant des poignées d'’assignats, non, comme on l’a cru, pour faire appel à la corruption et à l'émeute, mais pour léguer au peuple, comme les Romains, une monnaie désormais inutile à leur propre vie. La foule se précipite sur ce legs des mourants et paraît s’attendrir. Hermann® ordonne aux gendarmes de faire leur devoir et d’entraîner les condamnés. Ils rentrent sous la voûte de l'escalier qui descend aux cachots. Leur présence d’esprit, un moment déconcertée, revient tout entière avec la certitude de leur sort. « Mon ami,
1. Brissol démasqué, violent pamphlet publié en février 1792. Il avait été suivi, en 1793, d’une Histoire des Brissotins, où Fragments de l'Histoire secrète de la Révolution, qui avait achevé de discréditer Brissot et ses amis.
2. Ils avaient coutume de distribuer de l’argent à l’occasion des funérailles,