Aujourd’hui : La Roche-Vineuse
jours immobile. Les petits enfants de Milly en tiraient la corde le matin et le soir, et s’amusaient à faire retentir l’Angélus, cette pieuse habitude de leurs pères.
Après avoir contourné, aux environs de l’église, quelques maisons, quelques celliers et quelques granges de vignerons, les bœufs redescendaient à droite et entraient enfin dans une cour ouverte, tout entourée de bâtiments d'exploitation ; puis on s’arrêtait et l’on descendait, au fond de la cour, sur un perron à trois faces, au haut duquel était l’entrée de la maison. La porte tenait de la physionomie d’un donjon qui, se souvenant d’avoir été jadis quelque chose de presque seigneurial, voudrait s'élever aux régions supérieures de la noblesse, mais qui est retenu par des constructions rustiques et lourdes aux régions de la bourgeoisie. C'était bien la figure de Milly, possession très ancienne dans la famille, mais qui venait, à l’origine, comme chapelle ou comme canonicat, de l’abbaye de Cluny 1, desservie par un grand-oncle. C’est ainsi qu’elle était entrée comme don de l’Église et restée comme propriété dans notre maison.
(Mémoires inédits, I, vr et vit.)
La Maison et le Jardin de Milly.
BATIE? dans le creux d’un large pli du vallon, dominée de toutes parts par le clocher, par les bâtiments rustiques ou par des arbres, adossée à une assez haute montagne*, ce n’est qu’en gravissant cette montagne et en se retournant qu’on voit en bas cette maison basse, mais massive, qui surgit, comme une grosse borne de pierre noirâtre, à l'extrémité d’un étroit jardin. Elle est carrée, elle n’a qu’un étage et trois larges fenêtres sur chaque face. Les murs n’en sont point crépis ; la pluie et la mousse ont donné aux pierres la teinte sombre et séculaire des vieux cloîtres d’abbaye. Du côté de la cour on entre dans la maison par une haute porte en bois sculptées“. Cette porte est
1. Fondée au début du x:° siècle, l’abbaye de Cluny subsista jusqu’à la Révolution.