‹ Œuvres de Lamartine en sept volumesChapitre 52 sur 88 · MESSIEURS · texte numérisé non relu

MESSIEURS

Avant de répondre à l’impatience que vous voulez bien témoigner, laissez-moi vous remercier d’abord de la patience et de la constance qui vous ont fait résister, imperturbables et debout, aux intempéries de l’orage, au feu des éclairs, aux coups de la foudre, sous ce toit croulant et sous ces toiles déchirées. Vous avez montré que vous êtes vraiment les enfants de ces Gaulois qui s’écriaient, dans des circonstances plus sérieuses, que, si la voûte du ciel venait à s’écrouler, ils la soutiendraient sur le fer de leurs lances ! {Bravos prolongés.) Ainsi vous-mêmes vous bravez les éléments, pour entendre quelques mots de probité et de liberté.

.… En contemplant cet immense concours de concitoyens et d'étrangers, ce camp d'amis, cette armée de convives, et cette décoration vivante de femmes, qui représentent ici le plus beau des rôles dans l’histoire des révolutions, le rôle de la miséricorde et de la pitié... (Applaudissements), quel étranger, quel voyageur, s’il passait par hasard en ce moment par nos murs, ou s’il voguait sur notre beau fleuve, ne se demanderait quel événement national célèbre aujourd’hui notre pays, quelle commémoration civique on y renouvelle, quelle grandeur de la terre, quel ministre, quel puissant citoyen on y enveloppe de l’acclamation, de la munificence publiques ? Et, si l’on répondait à ce passant que ce n’est rien de tout cela, que ce n’est ni un ministre, ni une puissance de l'État, ni un soldat chargé des palmes d’une campagne, mais que c'est tout simplement le retour dans ses foyers d’un obscur citoyen... {Non ! non ! Protestations bruyantes), oui, d’un simple citoyen comme vous, et qui ne veut d’autre distinction d'avec vous que l'estime et l'affection que vous lui prodiguez (Bravos), — le retour, dis-je,

1. « La seulenote que Lamartine eût portée avec lui était une grande feuille de papier sur laquelle étaient écrites au milieu, en gros caractères, les divisions de son sujet, et sur les côtés, en lettres plus petites, ses arguments principaux, Les phrases, les mots à effet étaient rejetés sur les bords. » L. DE RoncHAuUD, témoin oculaire et ami de Lamartine qui l’aida à reconstituer ce discours pour l’impression, (La Politique de Lamartine, p. LOI, note 3.)

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ES Et 55 5 LA PRÉPARATION DE 1848 — 61

d’un simple citoyen qui, après avoir défendu, bien infructueusement trop souvent, les principes nationaux à la tribune, a écrit bien imparfaitement aussi quelques pages de l’histoire de son pays ; — y a-t-il, si vous le demandez, Messieurs, y a-t-il un étranger, un voyageur qui ne se confondît d’étonnement à un pareil spectacle, et qui ne s’écriât que le peuple capable de décerner de tels honneurs aux plus modestes travaux de l’esprit est entre tous le peuple de l'intelligence et mérite la suprématie, non sur le sol, mais sur l’âme de l’Europe, par ces mêmes travaux de l'esprit qu’il sait si rapidement comprendre, si vivement sentir et si magnifiquement récompenser ?

En effet, Messieurs, le spectacle dont nous sommes vous et moi en ce moment l’objet, les acteurs ou les témoins, ne s’est, je crois, présenté qu’une seule fois dans les annales du monde littéraire. C'était dans cette Grèce antique, berceau de la poésie, de l’histoire, des arts, de la gloire, de la liberté, dans cette Grèce florissante alors, renaissante aujourd’hui à l’abri de notre drapeau. Elle célébrait ses jeux Olympiques ; la nation entière y assistait par ses représentants ou par ses spectateurs, guère plus nombreux que nous né sommes ici (car la grandeur des peuples ne se mesure pas à leur géographie, mais à leur âme). On venait de couronner les vainqueurs dans tous les arts de la guerre ou de la paix, de la main ou de l'esprit ; un homme, un étranger se présente, la foule le regarde sans le connaître; il était parvenu au milieu de la vie : il avait voyagé de longues années dans toutes les contrées de l'Orient pour y étudier les mœurs des hommes et pour y soulever le voile peint de rêves jeté par l'imagination sur le berceau des peuples ; revenu dans Halicarnasse, sa patrie, il avait servi son pays dans les conseils du peuple ; il avait été proscrit, tantôt par la tyrannie, tantôt par la démagogie ; car en servant la liberté et les intérêts du peuple, il ne consentait pas à en servir les anarchies ou les caprices ; rentré dans la vie privée, il avait écrit ce qu'il avait vu ou ce qu'il avait appris de la bouche des autres hommes ; il tenait à la main un manuscrit ; il le déroula à la voix des juges ; il lut le premier livre de ses récits devant l'assemblée. La Grèce entière, suspendue à ses lèvres, lui décerna d’acclamation un des prix, et la postérité, ratifiant ce jugement du peuple le plus sensible de la terre, l’appela depuis le père de l'Histoire : et cette voix eut un écho, car elle fit éclore un autre historien plus grand que lui. Le jeune Thucydide, caché parmi les auditeurs, pleurait d'émotion. « Tu es heureux, dit l'historien couronné au père du jeune Thucydide, qui lui présentait son fils, tu es heureux, car ton fils aime la gloire, » C’est ainsi qu’on appelait alors la vertu,

Messieurs, cet inconnu, cet étranger, c'était Hérodote, le père de l’histoire antique. Je ne suis pas Hérodote, je ne suis pas même un de ces historiens qui ont conquis et qui conquièrent tous les jours en France ce titre, et dont les différences d’opinions politiques ne m’empêchent pas de reconnaître le mérite supérieur et les travaux. Je ne suis pas Hérodote ! Vous n'êtes pas la Grèce ! Mais vous êtes la France ! Et à ce titre, je suis aussi fier de vos suffrages que vous êtes vous-mêmes généreux à me les décerner !

Mais, Messieurs, allons tout de suite au fond de cette démonstration. Mon livre avait besoin d’une conclusion, et c’est vous qui la faites !.. La conclusion, c’est que la France sent tout à coup le besoin d'étudier l’esprit de sa Révolution, de se retremper dans ses principes épurés, séparés des excès qui les altérèrent, du sang qui les souilla, et de puiser dans son passé les leçons de son présent et de son avenir.

Oui, rechercher après un demi-siècle, sous la cendre encore chaude des événements, sous la poussière encore émue des morts, l’étincelle primitive, et, je l'espère, immortelle, qui alluma dans l’âme d’un grand peuple cette ardente flamme dont le monde entier fut éclairé, puis embrasé, puis en partie consumé ; rallumer, dis-je, cette flamme trop éteinte dans le cœur des générations qui nous suivent, la nourrir, de peur qu’elle ne s’assoupisse pour jamais, et ne laisse une seconde fois la France et l’Europe dans l’obscurité des âÂges de ténèbres; la surveiller et la purifier aussi, de peur que sa lueur ne dégénère par la compression même en explosion, en incendie et en ruine: voilà la pensée du livre! voilà la pensée du temps! Me démentirez-vous si je dis : et voilà votre pensée ! {Non / non !)

C'est dans cette pensée que peut se trouver seulement pour vous la dignité, le sérieux de ce banquet, et que se trouve seulement pour moi le courage de vous retenir un moment au milieu de ce désordre des éléments et des débris de cette enceinte. (Non! non ! parlez! parlez!) Oui, Messieurs, sans cela je me perdrais dans la foule, Mais quand un homme représente en lui, ne fût-ce que pour une minute, la pensée collective d’une masse imposante d’autres hommes, il doit s’oublier lui-même, se respecter lui-même ou vous respecter en lui; il doit pour un instant se considérer, non comme un homme, mais comme un signe, comme un de ces drapeaux qui sont suspendus derrièré moi: et, sans se faire illusion sur son mérite ou sur son importance, il doit se tenir debout dans l'évidence où vous l'avez placé; il doit se dire : Ce qu’on honore en moi, ce qu’on salue en moi, ce qu'on acclame, ce n’est pas moi, c’est ma signification! Ce n’est pas

l’étoffe du drapeau, c’est sa couleur! (Longues acclamations.)

Messieurs, voyons donc très rapidement les faits et le sens intime des événements que j'ai essayé de décrire; voyons quelles clarté ils jettent sur notre route de nation pensante et de nation politique, car le flambeau de l’histoire n’éclaire pas seulement le passé, mais le présent et l'avenir. Oui, voyons les faits de cette grande époque, tels qu'ils me sont apparus à moi-même bien jeune encore, quoi qu’on en dise, et bien avant l’époque où les hommes qui ne me connaissent pas de près, où mes ennemis politiques supposent que j’ai été ramené, converti à ses doctrines philosophiques et sociales, soit par une ambition de pouvoir, que je méprise aux conditions où je le vois souvent exercé... (Bravos), soit par une inextinguible soif de popularité ! popularité que vous m'avez vu au contraire braver habituellement quand elle ne me semblait pas d'accord avec le service des vérités ou des intérêts vrais du temps {Murmures), mais dont je suis heureux, dont je suis fier quand je la rencontre par hasard comme la force morale de l’opinion ! Rien de tout cela n’est vrai. (On applaudit.)

Je me suis dit dès l’âge de raison politique, c’est-à-dire dès l'âge où nous nous faisons à nous-mêmes nos opinions après avoir balbutié, en enfants, les opinions ou les préjugés de nos nourrices : Qu'est-ce donc que la Révolution française ?

La Révolution française est-elle, comme le disent les adorateurs du passé, une grande sédition du peuple, qui s’agite pour rien et qui brise, dans ses convulsions insensées, son église, sa monarchie, ses castes, ses institutions, sa nationalité, et déchire même la carte de l'Europe ? Mais à ce titre, la révolution opérée par le christianisme, quand it sé leva sur le monde, ne serait donc qu’une grande sédition aussi ; car il n’a pas produit, pour se faire place, une plus grande commotion dans le monde ! Non ! la Révolution n’a pas été une misérable sédition de la France: car une sédition s’apaise comme elle se soulève, et ne laisse après elle que des ruines et des cadavres.La Révolution a laissé des échafauds et des ruines, il est vrai, c’est son remords et son malheur, mais elle a laissé une doctrine; elle a laissé un esprit qui durera et qui se perpétuera autant que vivra la raison humaine. (Bravos prolongés.)

Je me suis dit encore : la Révolution, comme le prétendent les soi-disant politiques du fait, n’a-t-elle été que le résultat d’un embarras de finances dans le trésor public, embarras que les résistances d’une cour avide ont empêché M. Necker de pallier, et sous lequel s’est écroulée, dans le gouffre d'un petit déficit d’impôts, une monarchie de quatorze siècles ? Quoi ! c'est

pour un misérable déficit de cinquante à soixante millions, dans un empire aussi riche que la France, que la monarchie a été détruite, que la féodalité a été déracinée, que l’église a été dépossédée, que l'aristocratie a été nivelée, que la France a dépensé des milliards de son capital et des millions de vie de ses enfants ! Quelle cause pour un pareil effet ! et quelle proportion entre l'effet et la cause ! et quelle petitesse les calomniateurs d’un des plus immenses événements de l’histoire moderne attribuent au principe de la Révolution, afin d’atténuer la grandeur et l’importance de l’événement par l’insignifiance et la vileté du motif ! Laissons cette puérilité aux hommes de finance qui, accoutumés à tout chiffrer dans leurs calculs, ont voulu aussi chiffrer la chute d’un vieux monde et la naissance d’un monde nouveau. (On applaudit.)

Enfin je me suis dit: La Révolution française est-elle un accès de frénésie d’un peuple ne comprenant pas lui-même ce qu'il veut, ce qu’il cherche, ce qu'il poursuit à travers les démolitions et les flots de sang qu’il traverse pour arriver par la lassitude au même point d’où il est parti ? Mais cinquante ans ont passé depuis le jour où ee prétendu accès de démence a saisi une nation tout entière, roi, cour, noblesse, clergé, peuple. Les générations, abrégées par l’échafaud et par la guerre, ont été deux fois renouvelées. La France est rassise ; l'Europe est de sangfroid ; les hommes ne sont plus les mêmes, et cependant le même esprit anime encore le monde pensant ! et les mêmes mots prononcés ou écrits par les plus faibles organes font encore palpiter les mêmes fibres dans tous les cœurs, dans toutes les poitrines des enfants même de ceux qui sont morts dans ce choc contraire de deux idées ! Ah ! si c’est là une démence nationale, convenez du moins que l'accès en est long et que l’idée en est fixe ! et qu’une pareille folie de la Révolution pourrait ressembler un jour à cette folie de la croix qui dura deux mille ans, qui sapa le vieux monde, qui apprit aux maîtres et aux esclaves le nom nouveau de frères, et qui renouvela les autels, les empires, les lois et les institutions de l'univers !

Non, la Révolution française fut autre chose: il n’est pas donné à de vils intérêts matériels de produire de pareils effets. Le’ genre humain est spiritualiste, malgré ses calomniateurs : i! se/ meut quelquefois pour des intérêts, mais c’est quand les idées| lui manquent, ou quand il manque lui-même, comme nous en ce moment, aux idées. Le genre humain est spiritualiste, et c’est là sa gloire ; et les religions, les révolutions, les martyrs, ne sont que le spiritualisme des idées protestant contre le matérialisme des faits ! (Oui ! oui !)

La Révolution fut l’avènement d’une idée ou d’un groupe d'idées nouvelles dans le monde. Ces idées, vous les connaissez ; vous en avez lu les premiers catéchistes, Fénelon dans le Télémaque, Montesquieu dans l'Esprit des lois, J.-J. Rousseau dans le Contrat social. C’est de ces livres que souffla cette première aspiration à la rénovation de toutes choses, aspiration unanime dans toutes les classes alors, dans celles qui avaient à perdre comme dans celles qui avaient à gagner, dans les privilégiées comme dans les opprimées, dans la noblesse, dans le clergé comme dans le peuple ; car la conviction puissante de ces vérités divines rendait tout le monde alors juste, désintéressé, généreux comme la vérité elle-même.

Je comptais ici, Messieurs, parcourir avec vous les diverses phases de l’histoire de cette révolution, et en faire ressortir la leçon et la lumière. Les circonstances s’y opposent, la nuit nous gagne, le vent emporte les paroles. Je passe tout de suite au moment où cette révolution, comme épuisée d'efforts, d’anarchie et de sang, se jeta de lassitude et de découragement dans les bras d’un soldat ambitieux dont je reconnais la grandeur !, dont je reconnais les services, car la gloire dont on couvre les armes d’une nation est un service, mais dont le règne civil ne fut, selon moi, que le règne de la contre-révolution.

De ce jour, de ce 18-Brumaire, commence contre les principes populaires une réaction qui ne s’arrête qu'à la chute de l'Empire. On dirait que le génie de Charlemagne; exhumé du moyen âge, revit tout entier en lui. Mais ce génie est un anachronisme perpétuel. C’est le génie du passé ; ce n’est pas celui du présent et de l’avenir des peuples. C’est le génie de la discipline ; ce n’est pas celui de la société. Quand on écarte l'éclat du sabre qui couvre tout cela, on est étonné de la petitesse et de la fausseté des conceptions sociales qui se cachent sous cette grande gloire, et, dans l’homme des batailles, on ne peut s'empêcher de reconnaître en tout le génie sublime, mais le génie égaré de la contre-révolution. (Une voix : c’est vrai |)

La Restauration elle-même, qui certes ne pouvait pas apporter des sympathies personnelles à nos principes, fut moins loin que lui des idées libérales de 80. Mais il est plus aisé en politique de vaincre ses ennemis que de triompher de ses amis! Vous le voyez par vous-mêmes aujourd’hui. (Oui! oui !) La Restauration, entraînée par ses amis exagérés, se précipita elle-même dans le précipice de sen passé !

(x) Bonaparte, — Cf. le Discours sur le retour des cendres, PROSE, t. Ï, p. 230; et la méditation Bonaparte, dans le vol. POÉSIE, I, 114.

Et maintenant, où en sommes-nous ? {Mouvements d'aitenion.) Ici, Messieurs, ne craignez pas que je fasse descendre la vérité historique de sa hauteur sereine et impartiale pour en faire une arme de parti. Nous sommes dans l’histoire, n’en descendons pas ! Mais voyons cependant à quelles distances nous avons été rejetés de nos principes par ces réactions ; non pas par les réactions de gouvernement seulement, — celles-là sont les moins dangereuses, — mais par les réactions de l'opinion, qui se manque à elle-même en France depuis trente ans.

Le premier dogme de la révolution bienfaisante que cette philosophie voulait faire prévaloir dans le monde, c'est la paix ! L’extinction des haines de peuple à peuple, la fraternité entre les nations : nous y marchons ! Nous avons la paix! Je ne suis pas de ceux qui rejettent aux gouvernements qu'ils accusent jusqu'à leurs bienfaits. La paix sera dans l'avenir, selon moi, la glorieuse amnistie de ce Gouvernement contre ses autres erreurs. Historien ou député, homme ou philosophe, je soutiendrai toujours la paix avec le Gouvernement ou contre lui, et vous pensez comme moi. La guerre n’est qu’un meurtre en masse, le meurtre en masse n'est pas un progrès ! {Longs applaudissements.)

La sécurité individuelle était un autre de ces dogmes. Nous l'avons aussi, et j'en rends hommage à notre temps ! Mais dans l’ordre politique ! Voyons :

Le dogme, c’est la souveraineté exercée par l’universalité des citoyens ; le fait, c’est une élection qui n’embrasse encore que des catégories restreintes. L'exercice de la souveraineté est borné par un chiffre et laisse des millions d’âmes en dehors du droit, c'est-à-dire en dehors de la justice. L'élection est matérialiste. La raison dit que l'élection doit être spiritualiste comme la pensée de la Révolution, et compter des âmes, et non des centimes. Mesurez la distance ! (Oui, l'élection est matérialiste ! )

En principe, la représentation nationale doit exister sans acception de classes, de catégories, de fortune, de professions sociales. En fait, la loi d'éligibilité, le cens obligatoire, le salaire national aux députés supprimé, excluent des catégories entières d'intérêts de la représentation, et livrent ces droits et ces intérêts des plus grandes masses à la merci des intérêts les moins nombreux |!

Le principe ? c’est la liberté réelle des cultes sans oppression comme sans faveur. Le fait ? c’est une religion non d'État, mais de majorité ; c’est un concordat civil comme sous Louis XIV ou Napoléon ! Qu'est-ce qu’un concordat civil, si ce n’est un pacte par lequel l’État traite du régime des consciences dans l'empire ?

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À quelle distance cela ne nous tient-il. pas de la véritable et impartiale liberté des consciences ?

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Je passe bien d Autres contradictions entre les dogmes consacrés de la Révolution et notre situation politique présente. Cependant, encore une ou deux, si vous voulez que je poursuive ? (Parlez ! parlez ! nous ne nous lassons pas !)

Eh bien ! Messieurs, le principe libéral, c’est la pensée et la presse, libres comme l’air vital de l'opinion. En fait, c’est le Gouvernement étouffant les uns, vivifiant les autres, mettant dans les organes de la pensée publique le poids de ses faveurs ou de ses antipathies, et frappant, pour ainsi dire, à l’usage des citoyens, une fausse monnaie d'opinion publique ! (Bravos.)

Le principe enfin, c’est le patronage moral et avoué de la France libre sur tous les peuples attardés, voulant à son exemple transformer leurs institutions et corriger leurs vieilles servitudes. En fait, c’est la France qui affaiblit la liberté de tous et la sienne en isolant sa cause en Europe ! qui cherche ses alliances dans les dynasties et non dans les idées, qui recrée en Espagne les pactes de famille ! au lieu des pactes de peuples, et qui, ici même, à quelques pas de nous, dans cette Suisse, dont nous voyons les montagnes de la place où je vous parle, menace d’une intervention à contresens, non pas seulement l'esprit de démocratie, qui y est aussi vieux que ses Alpes, mais l'esprit de confédération plus forte et de nationalité mieux constituée, qui s’y révolte contre l’anarchie de ses cantons?!

Et voilà cependant où nous en sommes ! Où nous arrêteronsnous ? et jusqu'où l'esprit humain se laissera-t-il dévier ainsi et déposséder une à une de toutes les vérités où il était entré ? Ah ! si nous continuons encore quelques années à abandonner, par notre propre inconstance, tout le terrain gagné par la pensée française, prenons garde ! ce ne sont pas seulement tous lés progrès, toutes les lumières, toutes les conquêtes de l'esprit moderne ; ce n’est pas seulement notre nom, notre honneur,

1. Allusion au double mariage, arrangé par Louis-Philippe et Marie-Christine, malgré l’opposition du cabinet anglais, d’Isabelle d'Espagne avec don François d’Assise, Bourbon espagnol, et de sa sœur Louisa-Fernanda avec le duc de Montpensier (10 octobre :846).

2.6 Au lieu de seconder en Suisse l’effort des radicaux pour créer un pouvoir central qui les mît à même de reviser le pacte fédéral, Guizot soutenait avec opiniâtreté l'intégrité des traités de 1815 qu’il avait naguère déclarés violés par l'occupation autrichienne de Cracovie (18 février 1846). 11 défendait avec véhémence le Sonderbund, La politique de Louis-Philippe était de fomenter la guerre civile pour se donner lé temps de concerter une médiation qui eût détruit la Confédération helvétique.» (DANIEL STERN, Histowre de la Révolution de 1848.)

notre rang intellectuel, notre influence d'initiative sur les nations qu’il nous faudra déserter, laisser honteusement derrière nous ! c’est la mémoire et le sang de ces milliers d'hommes, combattants ou victimes, qui sont morts pour nous assurer ces conquêtes! (Bravos.) Les peuplades sauvages d'Amérique disent aux envahisseurs européens qui viennent les chasser de leur sol : « Si vous voulez que nous vous cédions la place, laissez-nous du moins emporter les os de nos pères ! » Les os de nos pères, à nous, ce sont les vérités, les lumières qu’ils ont conquises au monde et qu’une réaction d'opinions toujours croissante, mais qui doit s’arrêter enfin, voudrait nous contraindre à répudier. (Applaudissement général.)

Mais encore une fois y parviendra-t-on ? Voyons ! l’histoire apprend tout, même l’avenir. L'expérience est la seule prophétie des sages !

Et d’abord ne nous effrayons pas trop des réactions. C'est la marche, c’est le flux et le reflux de l'esprit humain. Souffrez une image empruntée à ces instruments de guerre que beaucoup d’entre vous ont maniés sur terre ou sur mer, dans les combats de la liberté. Quand les pièces de canon ont fait explosion et vomi leur charge sur nos champs de bataille, elles éprouvent par le contre-coup même de leur détonation un mouvement qui les fait rouler en arrière. C’est ce que les artilleurs appellent le recul du canon. Eh bien ! les réactions en politique ne sont pas autre chose que ce refoulement du canon en artillerie. Les réactions, c’est le recul des idées! {Applaudissements.) I1 semble que la raison humaine, comme épouvantée elle-même des vérités nouvelles que les révolutions faites en son nom viennent de lancer dans le monde, s’effraye de sa propre audace, se rejette en arrière et se retire lâchement de tout le terrain qu’elle a gagné. (On applaudit.) Mais cela n’a qu’un jour, Messieurs! d’autres mains reviennent charger cette artillerie pacifique de la pensée humaine, et de nouvelles explosions, non de boulets, mais de lumières, rendent leur empire aux vérités qui paraissaient abandonnées ou vaincues ! {Bravos.)

Ainsi, ne nous occupons pas beaucoup de la durée de ces réactions, et voyons ce qui se passera quand elles auront achevé leur mouvement irrégulier en arrière. Le voici selon moi :

Si la royauté, monarchique de nom, démocratique de fait, adoptée par la France en 1830, comprend qu’elle n’est que la souveraineté du peuple assise au-dessus des orages électifs, et couronnée sur une tête pour représenter au sommet de la chose publique l'unité et la perpétuité du pouvoir national ; si la royauté moderne, délégation du peuple, si différente de la royauté

D PF PRERS

ancienne, propriété du trône, se considère comme une magistrature décorée d’un titre qui a changé de signification dans la langue des hommes ; si elle se borne à être un régulateur respecté du mécanisme du Gouvernement, marquant et modérant les mouvements de la volonté générale, sans jamais les contraindre, sans jamais les fausser, sans jamais les altérer ou les corrompre dans leur source, qui est l'opinion ; si elle se contente d'être à ses propres yeux comme ces frontispices des vieux temples démolis que les anciens replaçaient en évidence dans la construction des temples nouveaux, pour tromper le respect superstitieux de la foule et pour imprimer à l'édifice moderne quelque chose des traditions de l’ancien, la royauté représentative subsistera un nombre d'années suffisant pour son œuvre de préparation et de transaction, et la durée de ses services fera pour nos enfants la mesure exacte de la durée de son existence. (Oui ! oui!)

Si au contraire la royauté trompe les espérances que la prudence du pays a placées en 1830, moins dans sa nature que dans son nom ; si elle s’isole sur son élévation constitutionnelle ; si elle ne s’incorpore pas entièrement dans l’esprit et dans l’intérêt légitime des masses ; si elle s’entoure d’une aristocratie électorale, au lieu de se faire peuple tout entier ; si, sous prétexte de favoriser le sentiment religieux des populations, le plus beau, le plus haut, le plus saint des sentiments de l'humanité, mais qui n’est beau et saint qu’autant qu'il est libre, elle se ligue avec les réactions sourdes de sacerdoces affidés pour acheter de leurs mains les respects superstitieux des peuples... (Bravo! bravo!) ; si elle se campe dans une capitale fortifiée ; si elle se défie de la nation organisée en milices civiques et la désarme peu à peu comme un vaincu ; si elle caresse l’esprit militaire à la fois si nécessaire et si dangereux à la liberté dans un pays continental et brave comme la France ; si, sans attenter ouvertement à la volonté de la nation, elle corrompt cette volonté et achète, sous le nom d'influences, une dictature d’autant plus dangereuse qu’elle aura été achetée sous le manteau de la constitution. (Applaudissemenis); si elle parvient à faire d’une nation de citoyens une vile meute de trafiquants, n’ayant conquis leur liberté au prix du sang de leurs pères que pour la revendre aux enchères des plus sordides faveurs. (Bravos) ; si elle fait rougir la France de ses vices officiels, et si elle nous laisse descendre, comme nous le voyons en ce moment même dans un procès déplorable, si elle nous laisse descendre jusqu'aux tragédies de la corruption. (Vive sensation) ; si elle laisse affliger, humilier la nation et la postérité par l’improbité des pouvoirs publics,

elle tomberait cette royauté, soyez-en sûrs ! elle tomberait non dans son sang, comme celle de 89, mais elle tomberait dans son piège! Et après avoir eu les révolutions de la liberté et les contre-révolutions de la gloire, vous auriez la révolution de la conscience publique, et la révolution du mépris ! (Longs applaudissements.).……….

J'ai dit, il y a quelques années, à la tribune, un mot qui a fait le tour du monde, et qui m'a été mille fois rapporté depuis par tous les échos de la presse. J'ai dit un jour : « La France s’ennuie 1! » Qui de nous ne sent en lui-même la vérité de ce mot ? (Qui ! oui!) Qui de nous ne porte sa part de la tristesse générale ? (Oui! oui! tous ! tous !) Un malaise sourd couve dans le fond des esprits les plus sereins, on s’entretient à voix basse depuis quelque temps, chaque citoyen aborde l’autre avec inquiétude, tout le monde à un nuage sur le front. Prenez-y garde, c’est de ces nuages que sortent les éclairs pour les hommes d'État, et quelquefois aussi les tempêtes. (Bravos réitérés.) Oui, on se dit tout bas : « Les temps sont-ils sûrs ? Cette paix est-elle la paix ? Cet ordre est-il l’ordre ? Peut-on jouir avec . sécurité entre.deux orages ? Avons-nous le Gouvernement de. nos idées ? Le Gouvernement, au lieu d’être une grande et sainte mission de lumière et de morale appliquée, de vertu publique, de patriotisme, n'est-il pas une grande industrie ? L’esprit de matérialisme et de trafic ne remonte-t-il pas des membres dans la tête ? Ne sommes-nous pas dans une régence de la bourgeoisie aussi pleine d’agiotage, de concussion, de scandales que la régence du Palais-Royal ? Se sent-on glorieux ou humilié de vivre dans ce temps-ci ? Ne sommes-nous pas une énigme pour nous-mêmes et pour les nations ? Et quel sera le mot de cette énigme ? Sera-ce un complet retour aux ténèbres, sous les fourches caudines de toutes les idées surannées ? Sera-ce une révolution nouvelle, non plus de raison, mais de démence ? Un débordement de démagogie irritée submergeant toutes lés bases de la société, État, famille, propriété ? {Non ! non !} Sera-ce plutôt une de ces décadences douces, une espèce de Capoue de la révolution, dans laquelle une nation glisse, comme une prostituée, des bras d’un pouvoir corrupteur aux bras d’un pouvoir despotique, et s'endort dans un bien-être matériel pour se réveiller dans l'invasion ? » (Vive sensation!)

Oui, voilà ce qu’on se dit tout bas, et ce qui attriste même

1. «Les générations qui grandissent derrière nous ne sont pas lasses, Elles veulent agir et se fatiguer à leur tour: quelle action leur avez-vous donnée ? La France est une nation qui s'ennuie! (Bravos à gauche.) Et, prenez-y garde, l'ennui des peuples devient aisément convulsion et ruines... » (Discours sur la Discussion de l’Adresse, séance du 10 janvier 1839.)

dans des réunions la physionomie de la France! Eh bien! cette tristesse fait la joie des bons citoyens, car elle prouve que la France a le sentiment de son mal, qu’elle en souffre, qu’elle en rougit, qu'elle s’en indigne, et qu’elle finira par en triompher ? Cette tristesse, au fond, savez-vous ce que c’est ? C’est le contraste entre les idées du pays et la conduite du pays ! C’est la contradiction en tout entre les principes de la France et ses actes ; c’est l'hypocrisie officielle de ses paroles, qui s’usent avec ses pensées ; c’est le remords de ses faiblesses d’opinion et de ses apostasies d’idées qui la poursuit.

ER bien ! ces dialogues à portes fermées sont des signes que la conscience du pays n'est pas en paix avec elle-même, et que les jours de régénération ne tarderont pas à se lever ; et que vous faut-il pour cela ? Une volonté ! Ayez une volonté, et vous y plierez, sans avoir besoin de les briser, vos gouvernements ! Les révolutions des gouvernements libres peuvent se faire dans le cercle de la constitution !

Mais qu'ai-je besoin, Messieurs, de chercher d’autres symptômes de réaction et de régénération de la volonté publique que ceux que je vois ici-même et dans le fait de cette immense : réunion ?..…….

…. Je le répète, c’est là un symptôme que la réaction contre les apostasies des principes de 89 commence ! Et qui saït si cette imposante manifestation ne sera pas un jour elle-même une des dates, un des points de départ de cette réaction ? (Oui ! oui ! espérons-le !)

Cependant, Messieurs, ne nous y trompons pas. Cette réaction ne s’accomplira pas en un jour. Il y aura longtemps deux partis opposés de doctrine parmi nous et en Europe. Il y aura des hommes qui diront, et même consciencieusement, que la raison n’est qu’un fatal éblouissement des peuples qui les conduit aux précipices et aux anarchies ; que les préjugés sont les racines immortelles des institutions, que les habitudes sont les lisières du genre humain, que la liberté des croyances, l’indépendance mutuelle des religions et des États, la liberté politique, l'égalité de droits entre les citoyens, la fraternité sociale entre les classes, ne sont que les rêves d’une philosophie insurgée contre la nature qui n’a fait que des maîtres et des sujets, des forts et des faibles, des habiles et des dupes, des exploiteurs du pouvoir et des masses, pour être des instruments de cupidité ou d’ambition !

Mais en face de ce vieux parti de la routine et du préjugé, il se lève une génération jeune, forte, réfléchie, qui n’a trempé ni dans nos excès révolutionnaires, ni dans nos réactions contrerévolutionnaires, qui n’est pas contente des doctrines surannées

dont on la nourrit, qui s’indigne contre les spectacles dont elle est témoin, qui aspire à mieux qu’à cette imbécile renaissance de tout ce que la raison du dernier siècle a sapé, et qui commence à se retourner avec étonnement et avec respect vers ces grandes éruptions de lumières émanées du cratère même de la liberté, et que j'ai essayé de dégager dans mon livre des nuages qui les ont trop longtemps obscurcies !

Et, entre ces deux partis, qui prononcera ? qui sera juge ? Sera-ce comme dans nos premières luttes, la violence ? l'oppression ? la mort ? Non, Messieurs ! rendons grâce à nos pères ; ce sera la liberté ! La liberté qu'ils nous ont léguée ; la liberté, qui a ses propres armes, ses armes pacifiques aujourd’hui pour se défendre et se développer sans colère et sans excès! (On applaudit.)

Aussi nous triompherons, soyez-en sûrs !

Et si vous demandez quelle est donc cette force morale qui pliera le Gouvernement sous la volonté nationale, je vous répondrai : C’est la souveraineté des idées, c’est la royauté des esprits ! c’est la République ! la vraie république ! la république des intelligences ! En un mot, c’est l’opinion ! cette puissance moderne dont le nom même était inconnu à l'antiquité. Messieurs, l’opinion est née le jour même où ce Gutenberg, que j'ai appelé le mécanicien du nouveau monde, a inventé par l'imprimerie la multiplication et la communication indéfinie de la pensée et de la raison humaines! Cette puissance incompréhensible de l’opinion n’a besoin pour régner, ni du glaive de la vengeance, ni de l’épée de la justice, ni de l’échafaud de la terreur. Elle tient dans ses mains l’équilibre entre les idées et les institutions, elle tient la balance de l’esprit humain ! Dans l’un des plateaux de cette balance on mettra longtemps, sachez-le bien, les crédulités d’esprit, les préjugés soi-disant utiles, le droit divin des rois, les distinctions de droits entre les castes, les haïnes entre les nations, l'esprit de conquête, les unions simoniaques entre le sacerdoce et l'empire, la censure des pensées, le silence des tribunes, l’ignorance et l’abrutissement systématique des masses ! (Oui ! oui ! voilà ce qu’on veut !)

Dans l’autre nous mettrons, nous, Messieurs, la chose la plus impalpable, la plus impondérable de toutes celles que Dieu a créées, la lumière! {Applaudissements) ; un peu de cette lumière que la Révolution française fit jaillir à la fin du dernier siècle d’un volcan, sans doute, oui, mais d’un volcan de vérités ! { Apblaudissements prolongés.) Trop heureux, Messieurs, si je puis y mettre moi-même une seule des pages de ce faible livre dont vous voulez bien aujourd’hui adopter le sens! (Oui ! oui !) et

si cette page de l’histoire de nos grandeurs et de nos malheurs, de nos vertus et de nos fautes, contribue, non par sa valeur propre, mais par le poids de vos adhésions et des innombrables signatures dont vous la couvrez en ce moment, à emporter le plateau de l'opinion publique du côté des principes sains de notre rénovation, du côté de l’avenir, du progrès moral du peuple et de la liberté !

Messieurs, je m'’arrête ; je vous ai entretenus trop longtemps ! (Non! non!) pardonnez-le-moi! Je vous ai tenus trop longtemps debout, debout comme des témoins dans ce grand procès entre le passé et l’avenir ! pardonnez-le-moi !

Emportez, Messieurs, de cette solennité littéraire et populaire à la fois la reconnaissance d’un citoyen qui n’a jamais rêvé sa gloire que dans votre amitié ! (Bravos !) Vous venez, malgré le ciel, de me donner un beau jour ! le plus beau jour de ma vie publique d'homme politique et d’écrivain ! Permettez-moi de vous adresser une prière! Laissez-moi vos noms! {Sensation prolongée.) Laissez-moi vos noms inscrits sur les listes de ce banquet, afin que je puisse les conserver pour mes années de paix parmi mes plus chers titres de famille, et dire en les montrant à mes neveux : « Le jour qu’un pareil pays donne ainsi à « un de ses enfants ne se couche pas avec le soleil! » (Applaudissements.) Non, il ne se couche pas avec le soleil qui disparaît en ce moment sous tant de nuages au-dessus de nos têtes ! mais il devient impérissable comme la reconnaissance d’un citoyen, et immortel comme la pensée d’une nation ! (Applaudissements répétés.)

Messieurs, encore un mot avant de nous séparer. Je dois répondre par un toast à celui que vous venez de me faire porter par votre digne et éloquent président. Je le tire du livre, de la situation, de l’esprit même de cette manifestation.

Messieurs : Au triomphe régulier, progressif et continu de la raison humaine ! Au triomphe de la raison humaine dans les idées, dans les institutions, dans les lois, dans les droits de tous, dans l'indépendance des cultes, dans l’enseignement, dans les lettres, dans le fond et dans la forme des gouvernements : (Très bien !) La raison humaine, quoi qu’en disent les amateurs de ténèbres, est la confidente divine de la Providence sur la terre. Elle est la révélation continue des vérités dont la clarté s’accroît sans cesse sur l’horizon des peuples. La raison humaine est la foi intellectuelle de la France. La grandeur de la France est, pour ainsi dire, de tout temps liée à la grandeur de l'esprit hu-

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