M. Rolland, maire de Mâcon et ami de Lamartine
fh — LA PRÉPARATION DE 1848
main. Invoquer son triomphe, c’est invoquer celui de la France, de la vérité politique, du peuple et de Dieu! (Salves répétées d'applaudissements.)
Le banquet de Mâcon fut le premier d’une série qui entretint l'agitation dans le pays, mais auxquels Lamartine s’abstint de participer. Conclusion des Girondins, « le banquet de Mâcon fut le prologue des journées de Février. La Révolution couvait depuis longtemps sous des apparences paisibles. Un tel discours, après un tel livre, remua la cendre. souleva le feu, en fit voler partout des étincelles. » (Ém. DESCHANEL, Lamartine, II, p. 206.)
Il. — ZLAMARTINE HOMME D'ÉTAT
Rappelons simplement que la Révolution éclata le 23 février à Paris. En présence de l'insurrection, Louis-Philippe prit la route de Pexil. Le lendemain 24, la Chambre fut envahie et un Gouvernement provisoire fut constitué sur la proposition de Lamartine et de Ledru-Rollin. Le même jour, les membres publièrent la déclaration suivante : « Le Gouvernement provisoire veut la République, sauf ratification par le peuple, qui sera immédiatement consulté. » 5 Le Gouvernement se rendit à l'Hôtel de Ville en traversant une foule houleuse et incertaine. Il s’y installa tant bien que mal. Mais bientôt les bâtiments municipaux furent envahis à leur tour par le peuple.
N OUS ne pouvons entrer ici dans le détail des événements de 18481,
Lamartine à la salle Saint-lean (24 février 1848).
APRÈS avoir ondoyé longtemps çà et là, de cour en cour, de place en place, de tribune en tribune, la foule, cherchant un lieu pour délibérer, avait fini par s’accumuler dans l'immense salle Saint-Jean, espèce de forum commun pour les grands rassemblements de la capitale, et dans la salle du conseil, disposée pour les solennelles délibérations.
Là, sur une estrade érigée en tribune, à la clarté des lampes et des lustres allumés comme dans le théâtre d’un drame réel, les orateurs se succédaient et se dépassaient en violence les uns les autres, Ils agitaient la question du choix d’un gouvernement. « Qui sont ces hommes inconnus du peuple qui se glissent au sein d’une Chambre vaincue à la tête du peuple vainqueur ? Où sont leurs titres, leurs blessures ? Qu'ils nous montrent leurs
1. Lamartine a relaté ces événements, auxquels il fut intimement mêlé, dans ses Trois Mois au pouvoir, incorporés (en 1863) à ses Mémoires politiques, — Consulter aussi les Histoires de la Révolution de 1848 de ses contemporains GARNIER-PAGÈS et DANIEL STERN (Mme d’Agoult). j
L'Histoire de la monarchie de Juillet, par THurEAU-DANGIN, est très documentée, mais hostile à Lamartine,
mains ; sont-elles noires de poudre comme les nôtres ? sontelles gercées par le manche des outils de travail comme les vôtres, braves gens ouvriers ? De quel droit font-ils des décrets ? Au nom de quel principe, de quel gouvernement les promulguentils ? Sont-ils républicains ? et de quelle espèce de république ? Sont-ils des complices masqués de la monarchie introduits par elle dans nos rangs pour amortir nos justes vengeances, et pour nous ramener séduits et enchaînés au joug de leur société marâtre. Renvoyons ces hommes à leur origine ; ils portent d’autres vêtements que les nôtres, ils parlent une autre langue, ils ont d’autres mœurs. L’uniforme du peuple, ce sont ces vestes de travail ou ces haïllons de misère. C’est parmi nous que nous devons choisir nos chefst. Allons chasser ceux que la surprise et la perfidie peut-être nous ont donnés. »
D’autres, plus modérés et en plus grand nombre, disaient : « Écoutons-les avant de les juger et de les proscrire ; appelonsles ici et qu'ils s'expliquent sur leurs desseins. »
D'inexprimables tumultes répondaient dedans et hors de la salle à ces motions contraires. L'Hôtel de Ville semblait menacé d’une explosion,
Déjà des bandes détachées de ce centre d’agitation s'étaient élancées dans les escaliers; elles avaient renversé et foulé aux pieds les factionnaires, refoulé les postes, envahi l’étroit corridor qui aboutissait à la double porte du cabinet du Gouvernement. D'’intrépides citoyens, prodigues de leur vie pour protéger l’ordre, les avaient devancées; ils étaient venus avertir le conseil du péril impossible désormais à conjurer. Mais Garnier- Pagès?, Carnot, Crémieux, Marrast, Lamartine‘, aidés des secrétaires et de quelques citoyens, parmi lesquels figuraient au premier rang l’impassible Bastide et le fougueux Ernest Grégoire, barricadent la porte ; ils y adossent les canapés et les meubles, chargés, pour en accroître la résistance, du poids de plusieurs hommes debout sur les chaises et les fauteuils. Tous les assis-
1. En réalité, ces chefs étaient choisis déjà. Ils avaient été désignés dans les bureaux du journal La Réforme, et élus par le peuple dans la salle Saint-Jean. C’étaient : Flocon, rédacteur en chef de ce journal; Marrast, son confrère du National ; Louis Blanc, et l’ouvrier mécanicien Albert.