La Fayette avait été appelé le héros des deux mondes
interrègne, en convoquant aussitôt la représentation nationale, en qui seule résident le droit et la force. Simples citoyens, sans autre appel que le péril public, sans autre titre que notre dévouement, tremblant d'accepter, pressés de restituer le dépôt des destinées de la patrie, nous n’avons eu qu’une ambition, celle d’abdiquer la dictature dans le sein de la souveraineté du peuple.
Le trône renversé, la dynastie s’exilant elle-même, nous ne proclamâmes pas la République. Elle s'était proclamée ellemême par la bouche de tout un peuple. Nous ne fimes qu’écrire le cri de la nation !.
Notre première pensée, comme le premier besoin du pays, après la proclamation de la République, fut le rétablissement de l’ordre et de la sécurité dans Paris. Dans cette œuvre, qui eût été plus difficile et plus méritoire dans un autre temps et dans un autre pays, nous fûmes aidés par le concours des citoyens. Pendant qu'il tenait encore d’une main le fusil dont il venait de foudroyer la royauté, ce peuple magnanime relevait de l’autre main les vaincus et les blessés du parti contraire, il protégeait la vie et la propriété des habitants, il préservait les monuments publics. Chaque citoyen, à Paris, était à la fois soldat de la liberté et magistrat volontaire de l’ordre. L'histoire a enregistré les innombrables actes d’héroïsme, de probité, de désintéressement, qui ont caractérisé ces premières journées de la République. Jusqu'ici on avait quelquefois flatté le peuple en lui parlant de ses vertus. La postérité, qui ne flatte pas, trouvera toutes les expressions au-dessous de la dignité du peuple de Paris.
Ce fut lui qui nous inspira le premier décret destiné à donner sa vraie signification à sa victoire, le décret d’abolition de la peine de mort en matière politique. Il l’inspira, il l’adopta et le signa par une acclamation de deux cent mille voix sur la place et sur les quais de l'Hôtel de Ville. Pas un cri de colère ne protesta. La France et l’Europe comprirent que Dieu avait ses inspirations dans la foule, et qu’une révolution inaugurée par la grandeur d'âme serait pure comme une idée, magnanime comme un sentiment, sainte comme une vertu.
Le drapeau rouge, présenté un moment non comme un ‘symbole de menaces ou de désordre, mais comme un drapeau momentané de victoire, fut écarté par les combattants eux-mêmes pour couvrir la République de ce drapeau tricolore qui avait ombragé son berceau et promené la gloire de nos armées sur tous les continents et sur toutes les mers.