‹ Œuvres de Laplace (volume 4)Chapitre 16 sur 303 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

deur de la mer et de son contour ne permet pas d'obtenir cette approximation. Mais il suffit d'en reconnaître la possibilité pour être assuré de l'existence d'un état d'équilibre de la mer. La position de l'axe fixe de rotation étant arbitraire, il est naturel de penser que parmi tous les changements que l'on peut faire subir à cette position, il en est un dans lequel l'axe passe par le centre commun de gravité de la mer et du sphéroïde qu'elle recouvre, de manière que ce fluide étant en équilibre et congelé dans cet état, cet axe soit un axe principal de rotation de l'ensemble du sphéroïde terrestre et de la mer : il est visible qu'en rendant à la masse congelée sa fluidité, l'axe sera toujours un axe invariable de la terre entière. Je fais voir, par l'analyse, qu'un tel axe est toujours possible, et je donne les équations qui déterminent sa position. En appliquant ces équations au cas où la mer recouvre en entier le sphéroïde, je parviens à ce théorème :

« Si l'on imagine la densité de chaque couche du sphéroïde «terrestre diminuée de la densité de la mer, et si, par le centre «de gravité de ce sphéroïde imaginaire, on conçoit un axe prin- « cipal de rotation de ce sphéroïde; en faisant tourner la terre « autour de cet axe, la mer étant en équilibre, cet axe sera l'axe « principal de la terre entière, dont le centre de gravité sera celui « du sphéroïde imaginaire. »

Ainsi, la mer qui recouvre en partie le sphéroïde terrestre, non-seulement ne rend pas impossible l'existence d'un axe principal, mais encore, par sa mobilité et par les résistances que ses oscillations éprouvent, elle rendrait à la terre un état permanent d'équilibre, si des causes quelconques venaient à le troubler.

Si la mer était assez profonde pour recouvrir la surface du sphéroïde terrestre, en le supposant tourner successivement autour des trois axes principaux du sphéroïde imaginaire dont nous venons de parler, chacun de ces axes serait un axe principal de la terre entière. Mais la stabilité de l'axe de rotation n'a

iieu, comme dans un corps solide, que relativement aux deux axes principaux , pour lesquels le moment d'inertie est un maxi-mum ou un minimum. Il y a cependant entre un corps solide et la terre cette différence, savoir, qu'en changeant d*axe de rotation, le corps solide ne change pas de figure; au lieu que par ce changement la surface de la mer prend une autre figure* Les trois figures que prend cette surface en tournant successivement, avec une même vitesse angulaire de rotation , autour de chacun des trois axes de rotation du sphéroïde imaginaire, ont des rapports fort simples que je détermine; et il résulte de mon analyse que le rayon moyen entre les rayons des trois surfaces de la mer, correspondants au même point de la surface du sphéroïde terrestre, est égal au rayon de la surface de la mer en équilibre sur ce sphéroïde privé de tout mouvement de rotation.

J'ai discuté, dans le cinquième livre, l'influence des causes intérieures telles que les volcans, les tremblements de terre, les vents, les courants de la mer, etc. sur la durée de la rotation de la terre; et j'ai fait voir, au moyen du principe des aires, que cette influence est insensible, et qu'il faudrait, pour produire un effet sensible, qu'en vertu de ces causes, des masses considérables eussent été transportées à de grandes distances : ce qui n a point eu lieu depuis les temps historiques. Mais il existe une cause intérieure d'altération de la durée du jour, que Ton n'a point encore considérée, et qui, vu l'importance de cet élément, mérite une discussion spéciale. Cette cause est la chaleur du sphéroïde terrestre. Si, comme tout porte à le croire, la terre entière a été primitivement fluide, ses dimensions ont diminué successivement avec sa température; sa vitesse angulaire dé rotation a augmenté graduellement, et elle continuera de s'accroître jusqu'à ce que la terre soit parvenue à l'état constant de température moyenne de l'espace où elle se meut. Pour avoir une idée juste de cet accroissement de vitesse angulaire, que l'on imagine dans un

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