LIVRE QUATORZIÈME
époque, avec les formules du sixième livre, ne permet pas de révoquer en doute cette observation, regardée comme incontestable par le missionnaire Gaubil, Thomme le plus versé dans Tastronomie chinoise, qu il avait approfondie pendant un long séjour à la Chine. Dans le v"" siècle avant notre ère, les astronomes chinois placèrent le solstice d'hiver au commencement de la constellation chinoise nieou, dont la première étoile était ê du Capricorne. Il est fort vraisemblable, dit le savant et judicieux Gaubil, que ces astronomes, en comparant celle position du solstice d'hiver avec celle que Tcheou-kong lui avait assignée, et qui leur était bien connue, remarquèrent le mouvement rétrograde des solstices par rapport aux étoiles; mais rien dans l'astronomie des Égyptiens, des Chaldéens et des Grecs n'indique que ces peuples aient eu connaissance des observations chinoises. Il faut descendre de huit siècles depuis Tcheou-kong pour avoir des observations de leurs astronomes sur la position sidérale des équinoxes. Aristille et Tymocharis, premiers observateurs de l'école d'Alexandrie, déterminèrent la position de plusieurs étoiles par rapport à l'équinoxe du printemps; et ce fut en comparant leurs observations aux siennes, qu'Hipparque reconnut le changement de la position équinoxiale des étoiles, changement que les Égyptiens et les Chaldéens paraissent avoir ignoré. Les périodes que les Chaldéens assignaient aux mouvements sidéraux du soleil, de la lune, de ses nœuds et de son périgée, périodes que Géminus et Ptolémée nous ont transmises, supposent une année sidérale de SôôJ-J-, la même que l'année tropique admise généralement par les anciens astronomes; ils ne supposaient donc pas, dans les étoiles, un mouvement par rapport aux équinoxes. Ptolémée, qui pouvait mieux que nous connaître ce que l'on avait, avant lui, pensé sur cet objet, dit expressément qu'Hipparque soupçonna le premier ce mouvement, et qu'il y fut conduit uniquement par la comparaison de ses observations avec celles d' Aristille et de Tymocharis. Hip-
parque reconnut que depuis le temps de ces astronomes, les étoiles s'étaient avancées en longitude, comptée de Téquinoxe du printemps, d'un degré sexagésimal par siècle, sans changer de latitude au-dessus de l'écliptique ; ce qu'il expliqua en faisant mouvoir la sphère des étoiles autour des pôles de l'écliptique. Ptolémée confirma par ses propres observations la découverte d'Hipparque; mais ayant conclu de ses observations défectueuses des équinoxes , la même durée de l'année tropique qu'Hipparque avait donnée, il dut retrouver et il retrouva en eflFet le même mouvement des étoiles en longitude. Les astronomes arabes rectifièrent ce mouvement : ils remarquèrent l'inexactitude des équinoxes de Ptolémée. En comparant ceux qu'ils observèrent avec les équinoxes d'Hipparque, ils donnèrent une durée de l'année tropique plus exacte que celle qui fut depuis déterminée par Copernic, et ils en conclurent le vrai mouvement des étoiles en longitude.
Copernic, ayant substitué les mouvements réels de la terre aux mouvements apparents des astres, expliqua la précession des équinoxes par un mouvement des pôles de la terre autour des pôles de l'écliptique, ce qui maintenant est généralement admis; mais il ne s'occupa point de la cause de ce mouvement, se bornant à démêler dans les mouvements apparents des astres ce qui est dû aux mouvements réels de la terre. Kepler, porté par une imagination active à la recherche des causes, essaya de découvrir celle de la précession des équinoxes : après diverses tentatives, il avoua l'inutilité de ses efforts.
Il était réservé à Newton de nous faire connaître la cause de ce phénomène, en la rattachant à sa découverte de la pesanteur universelle dont il est l'un des plus curieux résultats et l'une des plus fortes preuves. Après avoir reconnu, par sa théorie, l'aplatissement de la terre et la cause du mouvement des nœuds de l'orbite lunaire, Newton , considérant le renflement graduel du sphéroïde