‹ Œuvres de Laplace (volume 4)Chapitre 220 sur 303 · LIVRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUINZIÈME

Recherches sur le système du monde. Elles ont paru dans le volume des Mémoires des Savants étrangers de la même année, qui n'a été publié qu'en 1776. Mon objet principal, dans ces recherches, a été de donner des expressions exactes des inégalités séculaires du mouvement des planètes. Frappé des différences qu'offraient, à cet égard, les expressions trouvées par Euler et Lagrange, et considérant qu'ils avaient négligé plusieurs quantités du même ordre que celles dont ils avaient tenu compte, je déterminai ces expressions avec l'attention la plus scrupuleuse. Celle du moyen mouvement était surtout importante dans l'Astronomie; elle paraissait fort sensible dans le mouvement de Saturne. En substituant, dans ma formule, les valeurs numériques des quantités relatives à l'action de Jupiter sur cette planète, je fus surpris de trouver un résultat nul, et j'en conclus que l'action de Jupiter n'altère point le mouvement moyen de Saturne. Une substitution semblable, relative à l'action de Saturne sur Jupiter, me donna pareillement un résultat nul. L'égalité à zéro de ces deux résultats me fit soupçonner qu'elle ne tenait point aux valeurs propres des deux planètes , et que l'expression analytique elle-même était identiquement nulle. Cette expression renferme un nombre considérable de termes multipliés par les coefficients des angles multiples de l'élongation des deux planètes, dans le développement des puissances du radical qui exprime leur distance mutuelle. On a vu que ces coefficients ont entre eux des rapports tels, que si le premier et le second coefficient du développement de l'une de ces puissances sont donnés, on peut en conclure tous les autres. La formule analytique de l'inégalité séculaire du moyen mouvement pouvait être ainsi réduite à ne renfermer que ces deux coefficients. Je reconnus que par cette réduction chacun de ces coefficients disparaissait, et que la formule se réduisait à zéro. Il fut ainsi bien prouvé que l'action mutuelle des planètes ne produit aucune altération séculaire dans leurs moyens mouvements, du moins en

négligeant les carrés et les produits des masses des planètes, et les produits de quatre dimensions» des excentricités et des inclinaisons des orbites; car il est facile de s assurer que les quantités de dimensions impaires de ces éléments ne peuvent entrer dans l'expression analytique de l'inégalité séculaire du moyen mouvement. Cela suffisait aux besoins de l'astronomie et montrait qu'il fallait chercher ailleurs que dans l'action mutuelle des planètes la cause des inégalités séculaires que les observations paraissaient indiquer dans les mouvements de Jupiter et de Saturne.

En réduisant d'une manière semblable les expressions analytiques des inégalités séculaires de l'excentricité et de l'aphélie, je leur donnai la forme la plus simple.

Je discutai, dans le mémoire qui contient ces recherches, le principe de la gravitation universelle, et la manière dont il avait été employé par Newton et par ses successeurs. La propagation instantanée qu'ils supposaient à cette force me parut peu vraisemblable. Déjà Daniel Bernoulli avait soupçonné que le retard d'environ un jour et demi, des plus grandes marées sur les instants des syzygies, pouvait dépendre du temps que l'attraction de la lune emploie à se transmettre à la mer. Une transmission aussi lente n'est pas sans doute admissible; mais cette transmission, quoique incomparablement plus prompte, peut cependant être successive, et il était intéressant d'en calculer les effets. Je trouvai que son effet le plus sensible serait une inégalité séculaire dans le moyen mouvement de la lune, croissante comme le carré du temps, et que pour expliquer par ce moyen l'inégalité déduite des observations par Mayer, il fallait supposer à l'attraction terrestre une vitesse de transmission près de huit millions de fois plus grande que celle de la lumière. Maintenant que nous connaissons la vraie cause de féquation séculaire de la lune, nous pouvons affirmer que la première de ces vitesses est au moins cinquante millions de fois plus grande que la seconde.

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