‹ Œuvres de Laplace (volume 4)Chapitre 293 sur 303 · DES SATELLITES DE SATURNE ET D'URANUS · texte numérisé non relu

DES SATELLITES DE SATURNE ET D'URANUS

9. Huygens découvrit, en i655, le sixième des satellites de Saturne. Quelques années après, Dominique Cassini découvrit successivement le troisième, le quatrième, le cinquième, et le septième. Enfin Herschel découvrit, en 1 789, le premier et le second. On a déterminé les moyens mouvements de ces astres et leurs distances moyennes au centre de Saturne, et Ton a reconnu entre les cubes de ces distances et les carrés des temps des révolutions, le beau rapport que Kepler avait trouvé entre les mêmes quantités relatives aux planètes. Mais comme on n a pas, à Tégard de ces astres, le secours des observations de leurs éclipses, on est loin de connaître toutes les inégalités de leurs mouvements: seulement, on a reconnu que l'orbe du sixième satellite est elliptique. M. Bessel, dans le Journal de Gotha, pour Tannée 1811, a trouvé son excentricité égale à 0,0488769. Tous ces corps ont paru se mouvoir dans le plan de l'anneau, à l'exception du sixième et principalement du septième. Jacques Cassini a observé que l'orbite du septième s'écarte très-sensiblement de ce plan. Il a publié dans les Mémoires de l'Académie des sciences pour l'année 1714, ses observations d'après lesquelles il a estimé que cette orbite est inclinée au plan de l'anneau, d'environ i5 à 16 degrés sexagésimaux, et que ses nœuds avec l'écliptique s'écartent vers l'Occident de 17 degrés, des nœuds de l'anneau. Il a terminé son Mémoire par le passage suivant, que je rapporte à cause de son analogie avec la véritable explication de ce phénomène.

*' La situation des nœuds du cinquième satellite *, et Tincli- « naison de son orbe, qui sont si différentes de celles des autres, « semblent déranger l'économie du système des satellites qu on « avait cru jusqu'à présent avoir tous, les mêmes nœuds et être à « peu près dans un même plan. Cependant, il paraît qu'on peut «en rendre aisément la raison physique, si l'on fait attention à «la grande distance de ce satellite au centre de Saturne; car « l'effort qui entraîne les satellites suivant la direction du plan de «l'anneau s'affaiblit en s' éloignant de Saturne, et est obligé de « céder à un autre effort qui emporte Saturne et toutes les pla- « nètes suivant l'écliptique. Ces deux efforts agissant sur le cin- « quième satellite suivant des directions inclinées l'une à l'autre «de 3i degrés, il résulte qu'il doit faire son cours suivant une « direction moyenne entre le plan de l'anneau et celui de l'éclip- « tique. Il paraît même que, selon ce raisonnement, les plans des « orbes des autres satellites doivent un peu décliner du plan de «l'anneau, quoique beaucoup moins que celui du cinquième « satellite ; ce qui nous a paru s'accorder à quelques observations. »

Cassini n'assigne point les causes des deux efforts qu'il suppose, mais la théorie de la pesanteur universelle donne ces deux causes. La première est l'attraction de la protubérance de Téquateur de Saturne, produite par la rotation de cette planète. Cette attraction maintient l'anneau et les premiers satellites à peu près dans le plan de cet équateur, et s'affaiblit très-rapidement, quand les distances moyennes des satellites sont plus grandes. La seconde cause est l'attraction du soleil sur les satellites, qui tend à les abaisser sur le plan de l'orbite de leur planète. En vertu de ces causes, l'orbite de chaque satellite se meut sur un plan qui passe entre l'équateur et l'orbite de Saturne par leur intersection , et qui s'écarte d'autant plus du plan de l'anneau , que le satellite est plus éloigné.

Maintenant le septième.

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