‹ Œuvres de Laplace (volume 5)Chapitre 106 sur 265 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

maies; car quel que soit le principe moteur de Thomme et des animaux, il est constant qu'ils reçoivent, par la réaction de la matière, une force égale et contraire à celle qu'ils lui communiquent, et qu'ainsi, sous ce rapport, ils sont assujettis aux mêmes lois que les êtres inanimés.

La réciprocité des vitesses aux masses, dans le cas de l'équilibre, sert à déterminer le rapport des masses des différents corps. Celles des corps homogènes sont proportionnelles à leurs volumes que la géométrie apprend à mesurer. Mais tous les corps ne sont pas de même nature, et les diflFérences qui existent, soit dans leurs molécules intégrantes, soit dans le nombre et la grandeur des intervalles ou pores qui séparent ces molécules, en apportent de très-grandes entre leurs masses renfermées sous le même volume. La géométrie devient alors insuffisante pour déterminer le rapport de ces masses, et il est indispensable de recourir à la mécanique.

Si Ton imagine deux globes de différentes matières, et que Ton fasse varier leurs diamètres, jusqu'à ce qu'en les animant de vitesses égales et directement contraires ils se fassent équilibre, on sera sûr qu'ils renfermeront le même nombre de points matériels, et, par conséquent, des masses égales. On aura donc ainsi le rapport des volumes de ces substances à égalité de masse; ensuite, à l'aide de la géométrie, on en conclura le rapport des masses de deux volumes quelconques des mêmes substances. Mais cette méthode serait d'un usage très-pénible dans les comparaisons nombreuses qu'exigent, à chaque instant, les besoins du commerce. Heureusement la nature nous offre, dans la pesanteur des corps, un moyen très -simple de comparer leurs masses.

On a vu dans le chapitre précédent, que chaque point matériel dans le même lieu de la terre tend à se mouvoir avec la même vitesse par l'action de la pesanteur : la somme de ces tendances

est ce qui constitue le poids d*un corps ; ainsi les poids sont proportionnels aux masses. Il suit de là que si deux corps suspendus aux extrémités d'un fd qui passe sur une poulie se font équilibre lorsque les deux parties du fil sont égales de chaque côté de la poulie, les masses de ces corps sont égales, puisque, tendant à se mouvoir avec la même vitesse par l'action de la pesanteur, elles agissent Tune sur Tautre comme si elles se choquaient avec des vitesses égales et directement contraires. On peut encore mettre les deux corps en équilibre, au moyen d'une balance dont les bras et les bassins sont parfaitement égaux, et alors on sera sûr de l'égalité de leurs masses. On aura ainsi le rapport des masses de différents corps, au moyen d'une balance exacte et sensible, et d'un grand nombre de petits poids égaux, en déterminant le nombre de ces poids nécessaire pour tenir ces masses en équilibre.

La densité d'un corps dépend du nombre de ses points matériels renfermés sous un volume donné ; elle est donc proportionnelle au rapport de la masse au volume. Une substance qui n'aurait point de pores aurait la plus grande densité possible : en lui comparant la densité des autres corps, on aurait la quantité de matière qu'ils renferment. Mais ne connaissant point de substances semblables, nous ne pouvons avoir que les densités relatives des corps. Ces densités sont en raison des poids sous un même volume, puisque les poids sont proportionnels aux masses : en prenant ainsi pour unité, la densité d'une substance quelconque, à une température constante, par exemple, le maximum de densité de l'eau distillée ; la densité d'un corps sera le rapport de son poids à celui d'un pareil volume d'eau réduite à ce maximum. Ce rapport est ce que Ion nomme pesanteur spécifique.

Tout cela semble supposer que la matière est homogène, et que les corps ne diffèrent que par la figure et la grandeur de leurs pores et de leurs molécules intégrantes. Il est cependant

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