LIVRE PREMIER
effet, chaque peuple compter, de son principal observatoire, les longitudes géographiques, peut -on croire quils s'accorderont tous à faire dépendre d'un même méridien le commencement de leur année? Il faut donc abandonner ici la nature, et recourir à un mode d'intercalation artificiel, mais régulier et commode. Le plus simple de tous est celui que Jules-César introduisit dans le calendrier romain , et qui consiste à intercaler une bissextile tous les quatre ans. Mais si la courte durée de la vie suffit pour écarter sensiblement Torigine des années égyptiennes, du solstice ou de Téquinoxe, il ne faut qu un petit nombre de siècles pour opérer le même déplacement dans l'origine des années juliennes ; ce qui rend indispensable une intercalation plus composée. Dans le onzième siècle, les Perses en imaginèrent une, remarquable par son exactitude et par sa simplicité. Elle consiste à rendre la quatrième année bissextile, sept fois de suite, et à ne faire de changement la huitième fois qu'à la cinquième année. Gela suppose la longueur de l'année tropique de 365J^, plus grande seulement de 0^,0001828, que l'année déterminée par les observations; en sorte qu'il faudrait un grand nombre de siècles pour déplacer sensiblement l'origine de l'année civile. Le mode d'intercalation du calendrier grégorien est un peu moins exact, mais il donne plus de facilité pour réduire en jours les années et les siècles, ce qui est l'un des principaux objets du calendrier. Il consiste à intercaler une bissextile tous les quatre ans, en supprimant la bissextile de la fin de chaque siècle, pour la rétablir à la fin du quatrième. La longueur de l'année que cela suppose est de 365J-;|Î^, ou de 365^,242 5oo, plus grande que la véritable de oJ, 0002581. Mais si, en suivant l'analogie de ce mode d'intercalation , on supprime encore une bissextile tous les quatre mille ans, ce qui les réduit à 969 dans cet intervalle, la longueur de l'année sera deS65J-^,ou de 365j,i425oo, ce qui approche tellement de la longueur 365^2 422419* déterminée par les observa-
tionSf que Ton peut négliger la différence, vu la petite incertitude que les observations elles-mêmes laissent sur la vraie longueur de Tannée, qui d'ailleurs n'est pas rigoureusement constante.
La division de l'année en douze mois est fort ancienne et presque universelle. Quelques peuples ont supposé les mois égaux et de trente jours, et ils ont complété l'année par l'addition d'un nombre suffisant de jours complémentaires. D'autres peuples ont embrassé l'année entière dans les douze mois , en les rendant inégaux. Le système des mois de trente jours conduit naturellement à leur division en trois décades. Cette période donne la facilité de retrouver à chaque instant le quantième du mois. Mais à la fin de l'année, les jours complémentaires troublent l'ordre de choses attaché aux divers jours de la décade, ce qui nécessite alors des mesures administratives embarrassantes. On obvie à cet inconvénient par l'usage d'une petite période indépendante des mois et des années : telle est la semaine, qui depuis la plus haute antiquité, dans laquelle se perd son origine, circule sans interruption à travers les siècles, en se mêlant aux calendriers successifs des différents peuples. Il est très-remarquable qu'elle se trouve identiquement la même sur toute la terre, soit relativement à la dénomination de ses jours, réglée sur le plus ancien système d'astronomie, soit par rapport à leur correspondance au même instant physique. C'est peut-être le monument le plus ancien et plus incontestable des connaissances humaines : il paraît indiquer une source commune d'où elles se sont répandues ; mais le système astronomique qui lui sert de base est une preuve de leur imperfection à cette origine.
De la réunion de cent années on a formé le siècle, la plus longue période employée jusqu'ici dans la mesure du temps; car l'intervalle qui nous sépare des plus anciens événements connus n'en exige pas encore de plus grandes.