‹ Œuvres de Laplace (volume 5)Chapitre 126 sur 265 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

systèmes répandus dans Timmensîté des deux. Il est probable, vu Tinfinie variété de la nature, qu'il existe des astres semblables; leurs apparitions doivent être fort rares, et nous ne devons observer le plus souvent que des comètes qui, mues dans des orbes rentrants, reviennent à des intervalles plus ou moins longs, dans les régions de l'espace voisines du soleil.

Les satellites éprouvent la même tendance que les planètes vers ce grand corps. Si la lune n'était pas soumise à son action, au lieu de décrire un orbe presque circulaire autour de la terre, elle finirait bientôt par l'abandonner; et si ce satellite et ceux de Jupiter n'étaient pas sollicités vers le soleil, suivant la même loi que les planètes, il en résulterait dans leurs mouvements des inégalités sensibles que l'observation ne fait point apercevoir. Les comètes, les planètes et les satellites sont donc assujettis à la même loi de pesanteur vers cet astre. En même temps que les satellites se meuvent autour de leur planète, le système entier de la planète et de ses satellites est emporté d'un mouvement commun dans l'espace , et retenu par la même force autour du soleil. Ainsi le mouvement relatif de la planète et de ses satellites est à peu près le même que si la planète était en repos et n'éprouvait aucune action étrangère.

Nous voilà donc conduits sans aucune hypothèse ,. et par une suite nécessaire des lois des mouvements célestes, à regarder le centre du soleil comme le foyer d'une force qui s'étend indéfiniment dans l'espace, en diminuant en raison du carré des distances, et qui attire semblablement tous les corps. Chacune des lois de Kepler nous découvre une propriété de cette force attractive : la loi des aires proportionnelles aux temps nous montre qu'elle est constamment dirigée vers le centre du soleil; la figure elliptique des orbes planétaires nous prouve que cette force diminue comme le carré delà distance augmente; enfin, la loi des carrés des temps des révolutions, proportionnels aux cubes des grands axes des orbites , nous apprend que la pesanteur de tous les corps vers le

soleil est la même à distances égales. Nous nommerons cette pesanteur attraction solaire ; car, sans en connaître la cause , nous pouvons, par un de ces concepts dont les géomètres font souvent usage , supposer cette force produite par un pouvoir attractif qui réside dans le soleil.

Les erreurs dont les observations sont susceptibles , et les petites altérations du mouvement elliptique des planètes laissant un peu d'incertitude sur les résultats que nous venons de tirer des lois de ce mouvement, on peut douter que la pesanteur solaire diminue exactement en raison inverse du carré des distances. Mais pour peu qu elle s'écartât de cette loi , la différence serait très-sensible dans les mouvements des périhélies des orbes planétaires. Le périhélie de l'orbe terrestre aurait un mouvement annuel de 200", si l'on augmentait seulement d'un dix-millième la puissance de la distance à laquelle la pesanteur solaire est réciproquement proportionnelle : ce mouvement n'est que de 36'',4 , suivant les observations, et nous en verrons ci-après la cause; la loi de la pesanteur réciproque au carré des distances est donc au moins extrêmement approchée, et sa grande simplicité doit la faire admettre tant que les observations ne forceront pas de l'abandonner. Sans doute il ne faut pas mesurer la simplicité des lois de la nature par notre facilité à les concevoir ; mais lorsque celles qui nous paraissent les plus simples s'accordent parfaitement avec tous les phénomènes, nous sommes bien fondés à les regarder comme étant rigoureuses.

La pesanteur des satellites vers le centre de leur planète est un résultat nécessaire de la proportionnalité des ailles décrites par leurs rayons vecteurs, aux temps employés à les décrire, et la loi de la diminution de cette force, en raison du carré des distances, est indiquée par l'ellipticité de leurs orbes. Cette ellipticité est peu sensible dans les orbes des satellites de Jupiter, de Saturne et d'Uranus, ce qui rend la loi de la diminution de la pesanteur

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