‹ Œuvres de Laplace (volume 5)Chapitre 136 sur 265 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

mènes, déduites des seules observations par Halley et Lambert, soient, à très-peu près, celles qui résultent des deux grandes inégalités dont je viens de parler. Si Tastronomie eût été renouvelée quatre siècles et demi plus tard, les observations auraient présenté des phénomènes contraires ; les moyens mouvements que Tastronomie d'un peuple assigne à Jupiter et à Saturne peuvent donc nous éclairer sur le temps où elle a été fondée. On trouve ainsi que les Indiens ont déterminé les moyens mouvements de ces planètes, dans la partie de la période des inégalités précédentes, où le moyen mouvement apparent de Saturne était le plus lent, et celui de Jupiter le plus rapide : deux de leurs principales époques, dont Tune remonte à Fan 3 102 avant l'ère chrétienne, et dont l'autre se rapporte à l'an 1 491, remplissent à peu près cette condition.

Le rapport presque commensurable des mouvements de Jupiter et de Saturne donne naissance à d'autres inégalités très-sensibles. La plus considérable aflFecte le mouvement de Saturne : elle se confondrait avec l'équation du centre, si cinq fois le moyen mouvement de cette planète était exactement égal au double de celui de Jupiter. C'est elle principalement qui, dans le dernier siècle, a rendu les retours de Saturne à l'équinoxe du printemps plus prompts que ses retours à l'équinoxe d'automne. En général, lorsque j*eus reconnu ces diverses inégalités et déterminé, avec plus de soin qu'on ne l'avait fait encore, celles que l'on avait déjà soumises au calcul, je vis tous les phénomènes observés dans le mouvement de ces deux planètes s'adapter d'eux-mêmes à la théorie ; ils semblaient auparavant faire exception de la loi de la pesanteur universelle, et maintenant ils en sont une des preuves les plus frappantes. Tel a été le sort de cette brillante découverte de Newton, que chaque difficulté qui s'est élevée a été pour elle le sujet d*un nouveau triomphe : ce qui est le plus sûr caractère du vrai système de la nature. Les formules auxquelles je suis parvenu

pour représenter les mouvements de Jupiter et de Saturne satisfont avec une précision remarquable aux oppositions de ces deux planètes observées par les plus habiles astronomes, au moyen des meilleures lunettes méridiennes et des plus grands quarts de cercle; Terreur na jamais atteint ko\ et il n'y a pas vingt ans que les erreurs des meilleures tables surpassaient quelquefois quatre mille secondes. Ces formules représentent encore, avec l'exactitude des observations mêmes, les observations de Flamsteed, celles des Arabes et les observations citées par Ptolémée. Cette grande précision avec laquelle les deux plus grosses planètes de notre système planétaire ont obéi, depuis les temps les plus reculés, aux lois de leur attraction mutuelle, prouve la stabilité de ce système, puisque Saturne, dont l'attraction par le soleil est environ cent fois moindre que l'attraction de la terre par le même astre, n'a cependant éprouvé, depuis Hipparque jusqu'à nous, aucune action sensible de la part des causes étrangères.

Je ne puis m'empécher ici de comparer les effets réels du rapport qui existe entre les moyens mouvements de Jupiter et de Saturne, avec ceux que l'astrologie lui avait attribués. En vertu de ce rapport, les conjonctions mutuelles de ces deux planètes se renouvellent dans l'intervalle d'environ vingt années; mais le point du ciel où elles arrivent rétrograde à peu près d'un tiers du zodiaque, en sorte que si la conjonction arrive dans le premier point d'Ariès, elle aura lieu, vingt ans après, dans le signe du Sagittaire; vingt ans encore après, elle arrivera dans le signe du Lion, pour revenir ensuite au signe du Bélier, à dix degrés de distance de sa position primitive. Elle continuera ainsi d'avoir lieu dans ces trois signes, pendant près de deux cents ans; ensuite, elle parcourra de la même manière, dans les deux cents années suivantes , les trois signes du Taureau , du Capricorne et de la Vierge ; elle emploiera pareillement deux siècles à parcourir les signes des Gémeaux, du Verseau et de la Balance; enfin, dans les

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