LIVRE QUATRIÈME
deux siècles suivants, elle parcourra les signes de l'Ecrevisse, des Poissons et du Scorpion, pour recommencer après dans le signe d*Ariès. De là se compose une grande année dont chaque saison a deux siècles. On attribuait une température différente à ces diverses saisons ainsi qu aux signes qui leur répondent; Tensemble de ces trois signes se nommait trigone : le premier trigone était celui du feu; le second, celui de la terre; le troisième, celui de lair, et le quatrième , celui de l'eau. On conçoit que Tastrologie a dû faire un grand usage de ces trigones que Kepler lui même a expliqués avec beaucoup de détail dans plusieurs ouvrages. Mais il est remarquable que la saine astronomie, en faisant disparaître cette influence imaginaire du rapport qu'ont entre eux les moyens mouvements de Jupiter et de Saturne, ait reconnu dans ce rapport la source des grandes perturbations du système planétaire.
La planète Uranus, quoique récemment découverte, offre déjà des indices incontestables des perturbations qu elle éprouve de la part de Jupiter et de Saturne. Les lois du mouvement elliptique ne satisfont point exactement à ses positions observées, et, pour les représenter, il faut avoir égard à ses perturbations. Leur théorie, par un accord singulier, la place dans les années 1 769, 1 766 et 1 690 , aux mêmes points du ciel où Le Monnier, Mayer et Flamsteed avaient déterminé la position de trois petites étoiles que Ton ne retrouve plus aujourd'hui , ce qui ne laisse aucun doute sur fidentité de ces astres avec Uranus.
Les petites planètes que l'on vient de découvrir sont assujetties à de très-grandes inégalités qui répandront un nouveau jour sur la théorie des attractions célestes et donneront lieu de la perfectionner; mais il n'a pas encore été possible de reconnaître ces inégalités par les observations. Il n'y a pas trois siècles que Copernic introduisit le premier, dans les tables astronomiques, le mouvement des planètes autour du soleil. Environ un siècle après, Kepler y fit entrer les lois du mouvement elliptique, qu'il avait trouvées
par les observations de Tycho-Brahé, et qui ont conduit Newton à la découverte de la gravitation universelle. Depuis ces trois époques à jamais mémorables dans l'histoire des sciences, les progrès de l'analyse infinitésimale nous ont mis à portée de soumettre au calcul les nombreuses inégalités des planètes, qui naissent de leurs attractions mutuelles, et, par ce moyen, les tables ont acquis une précision inattendue : auparavant leurs erreurs étaient de plusieurs minutes; maintenant elles se réduisent à un petit nombre de secondes, et souvent il est probable que leurs écarts sont dus aux erreurs inévitables des observations.