LIVRE QUATRIÈME
pendule à secondes , cette longueur à Téquateur étant prise pour l'unité- On trouve par là 555;^ pour Taplatissement du sphéroïde terrestre» en négligeant la petite influence de l'action de la mer sur la variation de la pesanteur. Le peu de dififérence de cet aplatissement, à ceux que donnent les mesures des degrés terrestres et les inégalités lunaires, prouve que la surface de ce sphéroïde serait à fort peu près celle de l'équilibre ^ si elle devenait fluide. De là et de ce que la mer laisse à découvert de vastes continents, on conclut qu'edle doit être peu profonde et que sa profondeur moyenne est du même ordre que la hauteur moyenne des continents et des îles au-dessus de son niveau, hauteur qui ne surpasse pas mille mètres. Cette profondeur est donc une petite fraction de l'excès du rayon de Téquateur sur celui du pôle, excès qui surpasse vingt mille mètres. Mais de même que de hautes montagnes recouvrent qudques parties des continents , de même il peut y avoir de grandes cavités dans le bassin des mers. Cependant, il est naturel de penser que leur profondeur est plus petite que l'élévation des hautes montagnes; les dépôts des fleuves et les dépouilles des animaux marins , entraînés par les courants, devant remplir à la longue ces cavités.
Ce résultat est important pour l'histoire naturelle et pour la géologie. On ne peut douter que la mer n'ait recouvert une grande partie de nos continents, sur lesquels elle a laissé des traces incontestables de son séjour. Les affaissements successifs des îles d'alors et d'une partie des continents, suivis d^affaissements étendus du bassin des mers , qui ont découvert les parties précédemment submergées, paraissent indiqués par les divers phénomènes que la surface et les couches des continents actuels nous présentent. Pour expliquer ces affaissements, il suffit .de supposer plus d'énergie à des causes semblables à celles qui ont produit les affaissements dont l'histoire a conservé le souvenir. L'affaissement d'une partie du bassin de la mer en découvre une autre partie
d'autant plus étendue que la mer est moins profonde. Ainsi de vastes continents ont pu sortir de l'Océan sans de grands changements dans la figure du sphéroïde terrestre. La propriété dont jouit cette figure, de différer peu de celle que prendrait sa surface en devenant fluide, exige que l'abaissement du niveau de la mer n'ait été qu'une petite fraction de la différence des deux axes du pôle et de l'équateur. Toute hypothèse fondée sur un déplacement considérable des pôles à la surface de la terre doit être rejetée, comme incompatible avec la propriété dont je viens de parler. On avait imaginé ce déplacement pour expliquer l'existence des éléphants dont on tiX)uve les ossements fossiles en si grande abondance dans les climats du nord, où les éléphants actuels ne pourraient pas vivre. Mais un éléphant, que l'on suppose avec vraisemblance contemporain du dernier cataclysme, et que l'on a trouvé dans une masse de glace, bien conservé avec ses chairs et dont la peau était recouverte d'une grande quantité de poils, a prouvé que cette espèce d'éléphants était garantie par ce moyen du froid des climats septentrionaux, qu'elle pouvait habiter et même rechercher. La découverte de cet animal a donc confirmé ce que la théorie mathématique de la terre nous apprend , savoir que dans les révolutions qui ont changé la surface de la terre et détruit plusieurs espèces d'animaux et de végétaux, la figure du sphéroïde terrestre, et la position de son axe de rotation sur sa surface n'ont subi que de légères variations.
Maintenant, quelle est la cause qui a donné aux couches du sphéroïde terrestre des formes à très-peu près elliptiques et de densités croissantes de la surface au centre; qui les a disposées régulièrement autour de leur centre commun de gravité, et qui a rendu sa surface très-peu différente de celle qu'elle eût prise, si elle avait été primitivement fluide ? Si les diverses substances qui composent la terre ont eu primitivement, par l'effet d'une grande chaleur, l'état fluide, les plus denses ont dû se porter vers le