‹ Œuvres de Laplace (volume 5)Chapitre 193 sur 265 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

d*étroites limites , méthode sans laquelle on est exposé à présenter, comme lois de la nature, les e£Pets des causes irrégulières, ce qui est arrivé souvent en météorologie. J'ai donné cette méthode dans ma Théorie analytique des probabilités. En l'appliquant aux observations, j'ai déterminé la loi des anomalies de la variation diurne du baromètre et j'ai reconnu que l'on ne peut pas, sans quelque invraisemblance, attribuer les résultats précédents à ces anomalies seules ; il est probable que le flux lunaire atmosphérique diminue la variation diurne dans les syzygies, qu'il l'augmente dans les quadratures, mais dans des limites telles que ce flux ne fait pas varier la hauteur du baromètre d'un dix-huitième de millimètre en plus ou en moins, ce qui montre combien peu l'action de la lune sur l'atmosphère est sensible à Paris. Quoique ces résultats aient été conclus de 4702 observations, la méthode dont je viens de parler fait voir que, pour leur donner une probabilité suffisante, et pour obtenir avec exactitude un aussi petit élément que le flux lunaire atmosphérique, il faut employer au moins 4o,ooo observations. L'un des principaux avantages de cette méthode est de faire connaître jusqu'à quel point on doit multiplier les observations, pour qu'il ne reste aucun doute raisonnable sur leurs résultats.

Il résulte de la loi des anomalies de la variation diurne du baromètre, à laquelle je suis parvenu, qu'il y a une probabilité égale à Y ou de un contre un, que la variation diurne de neuf heures à trois heures du soir sera constamment positive par le résultat moyen de chaque mois de 3o jours pendant 76 mois consécutifs. J'ai prié M. Bouvard d'examiner si cela est arrivé pour chacun des 7 2 mois des six années écoulées depuis le i*"' janvier 181 7 jusqu'au 1^' janvier 1823, et d'où il a conclu la variation diurne moyenne égale à o™"-,8oi. Il a trouvé le résultat le plus probable, savoir que la variation moyenne de chaque mois a toujours été positive.

Quelle est sur le flux lunaire l'influence respective des trois

causes du flux atmosphérique que j'ai citées? Il est difiiciie de répondre à cette question. Cependant le peu de densité de la mer par rapport à la moyenne densité de la terre ne permet pas d'attribuer un effet sensible au changement périodique de sa figure. Sans les circonstances accessoires, Teflet direct de Faction de la lune serait insensible sous nos latitudes. Ces circonstances ont, il est vrai, une grande influence sur la hauteur des marées dans nos ports; mais le fluide atmosphérique étant répandu autour de la terre beaucoup moins irrégulièrement que la mer, leur influence sur le flux atmosphérique doit être beaucoup moindre que sur le flux de l'Océan. Ces considérations me portent à regarder comme cause principale du flux lunaire atmosphérique dans nos climats, l'élévation et l'abaissement périodiques de la mer. Des observations barométriques faites chaque jour dans les ports où la marée s'élève à une grande hauteur éclairciraient ce point curieux de météorologie.

Nous remarquerons ici que Tattraction du soleil et de la lune ne produit ni dans la mer, ni dans l'atmosphère, aucun mouvement constant d'orient en occident; celui que l'on observe dans l'atmosphère entre les tropiques, sous le nom de vents alises y a donc une autre cause : voici la plus vraisemblable.

Le soleil, que nous supposons, pour plus de simplicité, dans le plan de l'équateur, y raréfie par sa chaleur les colonnes d'air et les élève au-dessus de leur véritable niveau; elles doivent donc retomber par leur poids et se porter vers les pôles dans la partie supérieure de l'atmosphère : mais en même temps il doit survenir dans la partie inférieure un nouvel air frais qui, arrivant des climats situés vers les pôles, remplace celui qui a été raréfié à l'équateur. Il s'établit ainsi deux courants d'air opposés, l'un dans la partie inférieure, et l'autre dans la partie supérieure de l'atmosphère; or la vitesse réelle de l'air, due à la rotation de la terre, est d'autant moindre qu'il est plus près du pôle: il doit donc, en

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