LIVRE CINQUIÈME
moindre que Tannée de 365J \ adoptée jusqu'alors» et il trouva qu'à la fin de trois siècles il fallait retrancher un jour. Mais il remarqua lui-même le peu d'exactitude d'une détermination fondée sur les observations des solstices, et l'avantage de se servir» pour cet objet, des observations des équinoxes. Celles qu'il fit dans un intervalle de trente- trois ans le conduisirent à peu près au même résultat. Hipparque reconnut encore que les deux intervalles d'un équinoxe à l'autre étaient inégaux entre eux, et inégalement partagés par les solstices, de manière qu'il s'écoulait quatre-vingt-quatorze jours et demi de l'équinoxe du printemps au solstice d'été , et quatre-vingt-douze jours et demi de ce solstice à l'équinoxe d'automne.
Pour expliquer ces différences, Hipparque fit mouvoir le soleil uniformément dans un orbe circulaire, mais au lieu de placer la terre à son centre , il l'en éloigna de la vingt-quatrième partie du rayon, et il fixa l'apogée au sixième degré des Gémeaux. Avec ces données , il forma les premières tables du soleil mentionnées dans l'histoire de l'astronomie. L'équation du centre, qu'elles supposent, était trop grande. On peut croire avec vraisemblance que la comparaison des éclipses dans lesquelles cette équation paraît augmentée de l'équation annuelle de la lune, a confirmé Hipparque dans son erreur, et peut-être l'a produite; car cette erreur, qui surpassait un sixième de la valeur entière de l'équation, se réduisait au seizième de cette valeur, dans le calcul de ces phénomènes. U se trompait encore en supposant circulaire l'orbe elliptique du soleil, et en regardant comme uniforme la vitesse réelle de cet astre. Nous sommes assurés aujourd'hui du contraire, par les mesures de son diamètre apparent ; mais ce genre d'observations était impossible au temps d'Hipparque; et ses tables du soleil, malgré leur imperfection , sont un monument durable de son génie , que Ptolémée respecta au point d'y assujettir ses propres observations.
Ce grand astronome considéra ensuite les mouvements de la
lune. Il détermina, par la comparaison d'éciipses choisies dans les circonstances les plus favorables , les durées de ses révolutions relativement aux étoiles , au soleil , à ses nœuds et à son apogée. Il trouva quun intervalle de 126007J ^ renfermait 4267 mois entiers, 4578 retours d'anomalie, 4612 révolutions sidérales de la lune moins ^ de la circonférence. Il trouva, de plus, qu'en 5458 mois la lune revenait 5928 fois au même nœud de son orbite. Ce résultat, fruit d'un travail immense sur un très-grand nombre d'observations dont il ne nous reste qu'une très -petite partie, est peut-être le monument le plus précieux de l'ancienne astronomie, par son exactitude, et parce qu'il représente, à cette époque , la durée , sans cesse variable , de ces révolutions. Hipparque détermina encore l'excentricité de l'orbe lunaire et son inclinaison à l'écliptique; et il les trouva les mêmes, à très-peu près, que celles qui ont lieu maintenant dans les éclipses, où l'on sait que l'un et l'autre de ces éléments sont diminués par l'évection et par l'inégalité principale du mouvement de la lune en latitude. La constance de l'inclinaison de l'orbe lunaire au plan de l'écliptique, malgré les variations que ce plan éprouve par rapport aux étoiles, et qui, par les observations anciennes, sont sensibles sur son obliquité à l'équateur, est un résultat de la pesanteur universelle, que les observations d'Hipparque confirment ^ Enfin il
' Répler a remarqué cette constance à la fin de son Epitome de l*aslronomie copernicienne; mais il la fonde sur une considération très-singulière. «11 convient, dit-il, que la < lune, planète secondaire et satellite de la terre, ait un£ inclinaison constante sur Torbe ter- «restre, quelques variations que ce plan éprouve dans sa position relative aux étoiles; et i si les observations anciennes sur les plus grandes latitudes de la lune et sur Tobliquilé tde Técliptique se refusaient à cette hypothèse, il faudrait, plutôt que de la rejeter, les « révoquer en doute. » Ici les raisons de convenance et d'harmonie ont conduit Répler à un résultat juste; mais combien de fois ne font- elles pas égaré? En se livrant ainsi à son imagination et à fesprit de conjectures , on peut rencontrer la vérité par un heureux hasard ; mais l'impossibilité de la reconnaître au milieu des erreurs dont elle est presque toujours accompagnée laisse tout le mérite de sa découverte à celui qui fétablit solidement par lobservation et par le calcul, les seules bases des connaissances humaines.