LIVRE CINQUIÈME
enfin des observations très-nombreuses des planètes, qui ont servi de base aux lois de Kepler : tels sont les principaux services que Tycho-Brahé a rendus à l'astronomie. L'exactitude de ses observations , à laquelle il fut redevable de ses découvertes sur le mouvement lunaire, lui fit connaître encore que l'éqiiation du temps relative au soleil et aux planètes n'était point applicable à la lune, et qu'il fallait en retrancher la partie dépendante de l'anomalie du soleil, et même une quantité beaucoup plus grande. Kepler, porté par son imagination à rechercher les rapports et la cause des phénomènes , pensa que la vertu motrice du soleil fait tourner la terre plus rapidement sur elle-même dans son périhélie que dans son aphélie. L'effet de cette variation du mouvement diurne ne pouvait être reconnu par les observations de Tycho que dans le mouvement de la lune, où il est treize fois plus considérable que dans celui du soleil. Mais les horloges, perfectionnées par l'application du pendule , ayant fait voir que cet effet est nul dans ce dernier mouvement , et que la rotation de la terre est uniforme, Flamsteed transporta à la lune elle-même l'inégalité dépendante de l'anomalie du soleil, et que l'on avait regardée comme apparente. Cette inégalité, dont on doit à Tycho le premier aperçu, est celle que l'on nomme équation ajmnelle. On voit, par cet exemple , comment l'observation , en se perfectionnant , nous découvre des inégalités jusqu'alors enveloppées dans ses erreurs. Les recherches de Kepler en offrent un exemple encore plus remarquable : ayant fait voir, dans son Commentaire sur Mars , (jue les hypothèses de Ptolémée s'écartaient nécessairement des observations de Tycho, de huit minutes sexagésimales, il ajoute : « Cette différence est plus petite que l'incertitude des «observations de Ptolémée, incertitude qui, de l'aveu de cet «astronome, était au moins de dix minutes. Mais la bonté divine «nous ayant fait présent, dans Tycho-Brahé, d'un très-exact ob- « servateur, il est juste de reconnaître ce bienfait de la Divinité
« et de lui en rendre grâces. Convaincus maintenant de Terreur « des hypothèses dont nous venons de faire usage , nous devons « employer tous nos efforts pour découvrir les lois véritables des « mouvements célestes. Ces huit minutes, qu'il n'est plus permis H de négliger, m'ont mis sur la voie pour réformer toute l'astro- «nomie, et sont la matière de la plus grande partie de cet ou- « vrage. »
Frappé des objections que les adversaires de Copernic opposaient au mouvement de la terre, et peut-être entraîné par la vanité de donner son nom à un système astronomique, Tycho-Brahé méconnut celui de la nature. Suivant lui, la terre est immobile au centre de l'univers, tous les astres se meuvent chaque jour autour de l'axe du monde, et le soleil, dans sa révolution annuelle, emporte avec lui les planètes. Dans ce système, qui, selon l'ordre naturel des idées , aurait dû précéder celui de Copernic, les apparences sont les mêmes que dans la théorie du mouvement de la terre. On peut généralement considérer tel point que l'on veut, par exemple le centre de la lune, comme immobile, pourvu que l'on transporte, en sens contraire, à tous les astres le mouvement dont il est animé. Mais n'est-il pas physiquement absurde de supposer la terre sans mouvement dans l'espace, tandis que le soleil entraîne les planètes au milieu desquelles elle est comprise? La distance de la terre au soleil, si bien d'accord avec la durée de sa révolution, dans l'hypothèse de son mouvement, pouvait-elle laisser des doutes à un esprit fait pour sentir la force de l'analogie? et ne doit-on pas dire, avec Kepler, que la nature proclame ici, d'une voix haute, la vérité de cette hypothèse? Il faut l'avouer, Tycho, quoique grand observateur, ne fut pas heureux dans la recherche des causes : son esprit peu philosophique fut même imbu des préjugés de l'astrologie judiciaire, qu'il a essayé de défendre. Il serait cependant injuste de le juger avec la même rigueur que celui qui se refuserait, de nos jours, à la théorie du