‹ Œuvres de Laplace (volume 5)Chapitre 253 sur 265 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

l'attraction, sans que Ton y ajoutât rien de remarquable. Il fallut tout ce temps à cette grande vérité, pour être généralement comprise^ et pour surmonter les obstacles que lui opposait l'opinion admise sur le continent, que l'on devait, à l'exemple de Descartes, expliquer mécaniquement la pesanteur; les divers systèmes imaginés pour cet objet, et l'autorité de plusieurs grands géomètres qui la combattirent, peut-être par amour-propre, mais qui, cependant, en ont hâté le progrès par leurs travaux sur l'analyse infinitésimale. Parmi les contemporains de Newton, Huygens, fait plus qu'aucun autre pour apprécier le mérite de cette découverte, admit la gravitation des grands corps célestes les uns vers les autres, en raison inverse du carré des distances, et tous les résultats que Newton en avait déduits sur le mouvement elliptique des planètes, des satellites et des comètes, et sur la pesanteur à la surface des planètes accompagnées de satellites. Il rendit à Newton, sous ces rapports, toute la justice qui lui était due. Mais de fausses idées sur la cause de la gravité lui firent rejeter l'attraction de molécule à molécule, et les théories de la figure des planètes et de la variation de la pesanteur à leur surface qui en dépendent. On doit cependant observer que la loi de gravitation universelle n'avait pas pour les contemporains de Newton, et pour Newton lui-même , toute la certitude que le progrès des sciences mathématiques et des observations lui a donnée. Euler et Clairaut qui, les premiers, avec d'Alembert, appliquèrent l'analyse aux perturbations des mouvements célestes, ne la jugèrent pas suffisamr ment établie, pour attribuer à l'inexactitude des approximations ou du calcul les différences qu'ils trouvèrent entre l'observation et leurs résultats sur les mouvements de Saturne et du périgée lunaire. Mais ces trois grands géomètres et leurs successeurs, ayant rectifié ces résultats, perfectionné les méthodes, et porté les approximations aussi loin qu'il est nécessaire, sont enfin parvenus à expliquer, par la seule loi de la pesanteur, tous les phénomènes

du système du monde, et à donner aux théories et aux tables astronomiques une précision inespérée. Il n'y a pas encore trois siècles que Copernic introduisit dans ces tables les mouvements de la terre et des autres planètes autour du soleil. Environ un siècle après, Kepler y fit entrer les lois du mouvement elliptique, qui dépendent de la seule attraction solaire. Maintenant elles renferment les nombreuses inégalités qui naissent de l'attraction mutuelle des corps du système planétaire : tout empirisme en est banni, et elles n'empruntent de l'observation que les données indispensables.

C'est principalement dans ces applications de l'analyse, que se manifeste la puissance de ce merveilleux instrument sans lequel il eût été impossible de pénétrer un mécanisme aussi compliqué dans ses effets qu'il est simple dans sa cause. Le géomètre embrasse présentement dans ses formules l'ensemble du système solaire et ses variations successives. Il remonte aux divers états de ce système dans les temps les plus reculés, et il redescend à tous ceux que les temps à venir dévoileront aux observateurs. 11 voit ces grands changements dont l'entier développement exige des millions d'années se renouveler en peu de siècles, dans le système des satellites de Jupiter, par la promptitude de leurs révolutions, et y produire de singuliers phénomènes entrevus par les astronomes, mais trop compliqués ou trop lents pour qu'ils en aient pu déterminer les lois. La théorie de la pesanteur, devenue par tant d'applications un moyen de découvertes aussi certain que l'observation elle-même , a fait connaître ces lois et beaucoup d'autres dont les plus remarquables sont la grande inégalité de Jupiter et de Saturne, les équations séculaires des mouvements de la lune par rapport au soleil, à ses nœuds et à son périgée, et le beau rapport qui existe entre les mouvements des trois premiers satellites de Jupiter.

Par ce moyen, le géomètre a su tirer des observations, comme

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