LIVRE CINQUIÈME
sur son origine. En le considérant avec attention, on est étonné de voir toutes les planètes se mouvoir autour du soleil, d'occident en orient, et presque dans un même plan; les satellites en mouvement autour de leurs planètes, dans le même sens et à peu près dans le même plan que les planètes; enfin, le soleil, les planètes et les satellites dont on a observé les mouvements de rotation, tourner sur eux-mêmes, dans le sens et à peu près dans le plan de leurs mouvements de projection. Les satellites offrent à cet égard une singularité remarquable. Leur mouvement de rotation est exactement égal à leur mouvement de révolution, en sorte qu'ils présentent constamment le même hémisphère à leur planète. C'est, du moins, ce que l'on observe pour la lune, pour les quatre satellites de Jupiter et pour le dernier satellite de Saturne, les seuls satellites dont on ait reconnu jusqu'ici la rotation.
Des phénomènes aussi extraordinaires ne sont point dus à des causes irrégidières. En soumettant au calcul leur probabilité, on trouve qu'il y a plus de deux cent mille milliards à parier contre un, qu'ils ne sont point l'effet du hasard; ce qui forme une probabilité bien supérieure à celle de la plupart des événements historiques dont nous ne doutons point. Nous devons donc croire, au moins avec la même confiance, qu'une cause primitive a dirigé les mouvements planétaires.
Un autre phénomène également remarquable du système solaire est le peu d'excentricité des orbes des planètes et des satellites, tandis que ceux des comètes sont fort allongés, les orbes de ce système n'offrant point de nuances intermédiaires entre une grande et une petite excentricité. Nous sommes encore forcés de reconnaître ici l'effet d'une cause régulière : le hasard n'eût point donné une forme presque circulaire aux orbes de toutes les planètes; il est donc nécessaire que la cause qui a déterminé les mouvements de ces corps les ait rendus presque circulaires. Il faut, de plus, que la grande excentricité des orbes des comètes, et la
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direction de leur mouvement dans tous les sens, en soient des résultats nécessaires; car, en regardant les orbes des comètes rétrogrades, comme étant inclinés de plus de cent degrés à l'écliptique, on trouve que l'inclinaison moyenne des orbes de toutes les comètes observées approche beaucoup de cent degrés, comme cela doit être, si ces corps ont été lancés au hasard.
Quelle est cette cause primitive? J'exposerai sur cela, dans la note qui termine cet ouvrage, une hypothèse qui me paraît résulter avec une grande vraisemblance, des phénomènes précédents, mais que je présente avec la défiance que doit inspirer tout ce qui nest point un résultat de l'observation ou du calcul.
Quelle que soit la cause véritable, il est certain que les éléments du système planétaire sont ordonnés de manière qu'il doit jouir de la plus grande stabilité, si des causes étrangères ne viennent point la troubler. Par cela seul que les mouvements des planètes et des satellites sont presque circulaires et dirigés dans^ le même sens et dans des plans peu difiFérents^ ce système ne fait qu'osciller autour d'un état moyen dont il ne s'écarte jamais que de quantités très-petites. Les moyens mouvements de rotation et de révolution de ces divers corps sont uniformes, et leurs distances moyennes aux foyers des forces principales qui les animent, sont constantes : toutes les inégalités séculaires sont périodiques. Les plus considérables sont celles qui affectent les mouvements de la lune par rapport à son périgée, à ses nœuds et au soleil : elles s'élèvent à plusieurs circonférences; mais après un très-grand nombre de siècles, elles se rétablissent. Dans ce long intervalle, toutes les parties de la surface lunaire se présenteraient successivement à la terre, sans l'attraction du sphéroïde terrestre qui, faisant participer la rotation de la lune à ces grandes inégalité», ramène sans cesse vers nous le même hémisphère de ce satellite, et rend l'autre hémisphère invisiUe à jamais. C'est ainsi que 1 at^ traction réciproque des trois premiers satdtite» de Jupiter a prt-