‹ Œuvres de Laplace (volume 5)Chapitre 46 sur 265 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Ptolémée avait fait passer son premier méridien parles Canaries , comme étant la limite occidentale des pays alors connus. Cette raison de préférence ne subsiste plus depuis la découverte de TAmérique. Mais Tune de ces îles nous offre un des points les plus remarquables de la terre, par sa hauteur et par son isolement, le sommet du pic de TénérifTe. On pourrait prendre, avec les Hollandais, son méridien pour origine des longitudes terrestres, en déterminant, par un très-grand nombre d'observations astronomiques, sa position relativement aux principaux observatoires. Mais, soit que Ton convienne ou non d'un méridien commun, il sera utile aux siècles à venir de connaître leur position avec exactitude , par rapport au sommet de quelques montagnes toujours reconnaissables par leur hauteur et leur solidité, telles que le Mont-Blanc, qui domine la charpente immense et inaltérable de la chaîne des Alpes.

Un phénomène très-remarquable, dont nous devons la connaissance aux voyages astronomiques, est la variation de la pesanteur à la surface de la terre. Cette force singulière anime, dans le même lieu, tous les corps proportionnellement à leurs masses, et tend à leur imprimer, dans le même temps, des vitesses égales. Il est impossible, au moyen d'une balance, de reconnaître ses variations, puisqu'dles affectent également le corps que l'on pèse et le poids auquel on le compare ; mais on peut les déterminer en comparant ce poids à une force constante telle que le ressort de l'air à la même température. Ainsi, en transportant dans divers lieux un manomètre rempli d'un volume d'air dont la tension élève une colonne de mercure dans un tube intérieur, il est visible que le poids de cette colonne devant toujours faire équilibre au ressort de cet air, sa hauteur, lorsque la température sera la même, sera réciproque à la force de la pesanteur dont elle indiquera conséquemment les variations. Les observations du pendule offrent encore un moyen très-précis pour les déterminer, car il est clair

que ses oscillations doivent être plus lentes dans les lieux où la pesanteur est moindre. Cet instrument, dont Tapplication aux horloges a été Tune des principales causes des progrès de Tastronomie moderne et de la géographie , consiste dans un corps suspendu à Textrémité d'un fil ou d*une verge mobile autour d*un point fixe placé à l'autre extrémité. On écarte un peu rinstniment de sa situation verticale : en Tahandonnant ensuite à Taction de la pesanteur, il fait de petites oscillations qui sont à très-peu près de la même durée, malgré la difiérence des arcs décrits. Cette durée dépend de la grandeur et de la figure du corps suspendu, de la masse et de la longueur de la verge; mais les géomètres ont trouvé des règles générales pour déterminer par l'observation des oscillations d'un pendule composé, de figure quelconque, la longueur d'un pendule dont les oscillations auraient une durée connue, et dans lequel la masse de la verge serait supposée nulle par rapport à celle du corps considéré comme un point infiniment dense. C'est à ce pendule idéal , nommé pendule simple, que Ton a rapporté toutes les expériences du pendule faites dans divers lieux de la terre.

Ricber envoyé, en 1 672, à Cayenne, par l'Académie des sciences, pour y faire des observations astronomiques, trouva que son horloge, réglée à Paris sur le temps moyen, retardait, chaque jour, à Cayenne, d'une quantité sensible. Cette intéressante observation donna la première preuve directe de la diminution de la pesanteur à l'équateur. Elle a été répétée avec beaucoup de soin dans un grand nombre de lieux, en tenant compte de la résistance de l'air et de la température. Il résulte de toutes les mesures observées du pendule à secondes, qu'il augmente de l'équateur aux pôles.

En prenant pour unité la longueur du pendule qui fait, à TObservatoire de Paris, cent mille oscillations par jour, on a trouvé sa longueur égale à 0,99669 à l'équateur, au niveau des mers^

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