LIVRE 11, CHAP. VIII
d'entendre, n'eût fait alors un grand cri, de la frayeur qu'il eut que son ami ne se tuât. Prasilde, frappé de cette voix perçante, suspendit son action pour découvrir d'où elle partoit : il tourne la tête ; il voit Irolde et son épouse qui se pressent de le joindre pour prévenir le coup dont il se veut frapper. Quels furent alors les mouvements de ces trois personnes ? La confusion que Prasilde remarqua sur le visage des deux époux augmejita la sienne, et ne lui permit pas de douter qu'ils n'eassent entendu tout ce qu'd venoit de dire. Irolde, d'un autre coté, cherchoit des termes propres à pouvoir diminuer l'embarras de son ami; et Thislûne, incertaine de -ce que son mari pensoit de cette aventure, étoit dans un trouble inconcevable. Ils gardèrent tous trois, pendant quelque temps, un morne silence qui exprimoit plus de choses qu'ils n'en vouloient dire. Enfin, Irolde regardant Prasilde d'un air attendri, sans être mêlé de colère : Quoi donc, cher ami, lut dit-il , je vous trouve la main armée contre vous-même ! qu'est devenu ce grand courage que vous avez fait éclater dans les plus affreux périls? Ah ! rétablissez la raison dans votre âme, et chassez cette mélancolie qui ne vous seroit pas moins funeste que ce fer dont vous imploriez le secours. J'ai lieu de m'étonner moi-même , répondit Prasilde languissamment, de la surpiise que vous me marquez. Puisque vous savez mon secret, Irolde, devez-vous être étonné que j'emploie à terminer mes peines le seul moyen qui m'en peut affranchir prompte ment. lies attraits de Thisbine ont allumé dans mon sein mille flammes dévorantes. Ne m'en faites point de reproches; cet amour est né avant notre amitié.
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l88 ROLAND L'AMOUREUX.
D'ailleurs, les efTorts que j'ai faits pour combattre ma passion, quoique vains, doivent me jusdâer auprès de vous, et plus encore que tous mes efforts, la résolution que vous m'avez empêché d'exécuter : ne me pressez donc plus de ménager des jours qui me sont un supplice-Vivez dans les plaisirs, trop heureux époux d'une beauté si touchante, et laissez mourir un malheureux dont le sort ne peut changer.
Si quelqu'un de nous deux doit perdre la vie, dit Irolde, c'est moi plutôt qu'un chevalier si parfait, et je ne ferai en cela que vous sacrifier des jours que vous m'avez conservés. Vous ne mourrez ni l'un ni l'autre, interrompit Thisbine ; Irolde vivra pour le bonheur de son épouse, et le généreux Prasildc aura sans doute assez de raison pour ne pas troubler ce bonheur par
Les deux époux eurent assez de peine à rétablir le calme dam l'âme de Prasilde ; et ce ne fut qu'ajn^s un assez long entretien qu'ils obtinrent de lui qu'il n'attenteroit pas sur ses jours, l'hisbine , pour mieux l'engager à tenir sa promesse, lui fit depuis ce jour-là un accueil si favorable y que ses ennuis en furent soulagés. Il pouvoit en toute liberté l'entretenir de sa passion ; elle y répondoit même quelquefois d'une manière à lui persuader qu'elle la voyoit avec plaisir.
Comme un amant se flatte toujours, il prit cette complaisance de Thisbine pour un tendre retour de sa part. Tout remph de celte pensée, il devint plus empressé que jamais : il fit parler ses soupirs, ses langueurs; etiRn il obsédoit la dame, qui, fatiguée des empressements d'un amant si opiniâtre, qu'elle n'osoit rebuter
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