LIVRE II, CHAP. VIII. i
même à cet ami de venir demeurer chez lui , dans la vnc d'être encore plus unis; et, quelque chose que pût faire sa prudente épouse pour le détourner de sa résolution, elle fut obligée de se soumettre à se& voTontés.
Praûkle fut très sensible au changement de sa fortune amoureuse. Le bon accueil que hii &isoit Thisbine , et la fecitité qu'il avoit de la voir , enchantèrent ses maux pendant un temps assez considérable : mais quand il rectHinut que dans les airs de douceur et de distinction qu'elle avoit pour lui, il n'entroit que de la reconnoissance , il jugea que ces apparences flatteuses sur lesquelles il avoit fait revivre son espoir n'étoient dans le fond que des maux dégubés. £n effet, la 6dèle Thîsbine, pour lui âter toute espérance, ne lui cachoit rien de toute la tendresse qu'elle avoit pour Irotde. Ce triste éclaircissement jeta Prasilde dans une situation plus déplorable que celle où les rigueurs de Thisbine l'avment réduit auparavant.
Le voilà donc retombé dans ses premières langueurs. Irolde, étonné de ce changement, lui en demanda plus d'une fois la cause; et, voyant qu'il s'obstinoit à la lui cacher, il en étoit inconsolable : un jour enfin, Prasilde prit le chemin du bois dont on vient de parler, sans vouloir souffrir qu'aucun de ses gens l'accompagnât. Irolde , qui en fut averti , marcha sur ses pas avec Thi^ine, qui, ne prévoyant pas ce qui en devoit arriver, s'y étoit laissée conduire, par complaisance pour son époux. Leur dessein étoit d'empêcher Prasilde de s'abandonner à sa douleur; -ils espéraient le trouver sans peine dans ce bois , qui n'avoit pas une grande •tendue : cependant ils le cherchèrent loog-tanps en
..,"Goog[c
l86 ROLAND L'AMOUREUX,
vain; et, fatigués d'une recherche inutile, ils se disposoient à s'en retourner à Baie, lorsqu'une voix plaintive frappa leurs oreilles ; elle partoit d'un endroit du bois qui paroissoit le plus touffu. Thisbine en frémit ; elle appréhenda que ce ne fût Prasilde, et qu'il ne fit, connoître par ses plaintes à son mari le sujet de ses déplaisirs. Dans cette crainte, elle voulut représenter à Irolde qu'il ne devoit point s'approcher du lieu d'où sortoient ces tristes acceuts ; que ce pouvoit cire une personne qui se plaignoit , et qui seroit fâchée peut-être que des étrangers l'entendissent ; mais elle ne put pei^ suader son époux, qui s'avança pour s'éclaircir de ce que c'étoit. Thisbine le suivit toute tremblante ; et quand ils furent tous deux près de l'endroit d'où les plaintes étoient parties, ils se cachèrent derrière un huisson, et de là, sans être vus, ils ouïrent ces paroles, et reconnurent que celui qui les prononçoit étoit le malheureux chevalier qu'ils cherchoient :
«Arbres solitaires, qui seuls êtes témoins de l'excès de mes souffrances, Si l'adorable, mais trop cruelle Thisbine , vient embellir de sa présence vos ombrages , ne lui révélez point tes amoureux transports que je fais, éclater devant vous^ puisqu'elle a cent fois forcé ma bouche au silence , et qu'elle me contraint même d'étouffer mes soupirs-, mais pourquoi m'obstiner plus long-temps à conserver une vie qui luiestodieuseuPËn achevant ces mots, il tira son épée, et continuant de s'adresserauxarbres: Muets conGdentsdemes langueurs, s'écria-t-il, recevez mes derniers adieux.
Il alloit effectivement se percer le sein, »i le généreux Irolde , aussi touché que surpris de ce qu'il venoil
c,q,t,=..=ïGooglc;