‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 101 sur 253 · LIVRE n, CHAP. vni · texte numérisé non relu

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de peur de déplaire à son mari, n'éloit pas peu embarrassée à s'en défendre. Elle fut plus d'une fois sur le point de découvrir son embarras à Irolde , et de le conjurer de la délivrer des persécutions qu'elle ne souffroit qu'à regret; mais, quand elle ouvroit la bouche pour s'en plaindre, son époux, qui ne voyoit que trop où elle en vouloit venir, interrompoit son discours, et l'entretenoit d'autre chose. La dame, à la fin, perdit patience ; et, pour se procurer du repos, prit sa>résolution. Elle parla un jour à Prasilde dans ces termes :

Tu m'aimes, chevalier, avec ardeur, et j'ai toujours été cruelle à tes vœux. J'ai cru qu'une femme aussi attachée que je le siûs à mon époux ne pouvoit être sensible aux. soins d'un amant; mais je sens que mon cœur, d'accord avec tes désirs, veut se rendre à ta craistance; cependant je cherche une autre excuse que ton opiniâtreté pour justifier ma foiblesse ; il faut que tu me rendes un service important, pour achever de surmonter les scrupules que ma délicatesse pourroit opposer à ton bonheur. Écoute ce que j'exige de toi. '

J'ai appris de quelques voyageurs que dans une contrée d'Afrique voisine du mont Atlas, est une grande forêt, au milieu de laquelle on voit un jardin entouré de hautes et fortes muriûlles. Ce jardin, qui se nomme encore le jardin des Hespérides, parce qu'il fut autrefois cultivé, dit-on, partes filles dllesper, est fameux dans le pays par les merveilles qu'on en publie; il renferme, entre autres richesses, Vaiére du trésor, dont les rameaux sont d'w, et qui porte pour fruit des pontoifs d'émeraudes. Le rapport qu'on m'en a fait m'a donné W s> violent désir d'en avoir une branche en ma

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igo ROLAND L'AMOUREUX,

possession^ que cette envie trouble mon repos. S'il étoit permisrà une' femme d'errer comme une vagabonde, j'irois moi-même, malgré l'éloignement des lieux, tâcher de satisfaire mon entêtement Je sais bien que ia chose est d'une très difâcile exécution , et t'engagera dans de grands périls ; mais les grands cœurs comme le tien ne se rebutent pas par les obstacles, et rien n'est impossible à l'amour : ce n'est que par un pareil service que tu peux gagner Thisbine. Si la conquête de mon cœur t'est précieuse, ne me donne pas la confusion d'avoir fait inutilement auprès de toi une démarche qui coûte toujours beaucoup à une personne de mon caractère. Tu pourras juger par la grandeur de l'entreprise de la reconnoissance que j'en aurai.

Pendant que la femme d'Irolde tenoit ce discours, Prasilde l'écoutoit avec une avide attention. Toutes les facultés de son âme sembloient en être occupées. L'étonnement, la défiance, l'irrésolutioD, la joie, la douleur, la crainte et l'espérance l'agitoient tour à tour. D'un côté la démarche que Thisbine faisoit en lui demandant une grâce de cette nature , lui donnoit de la joie ; il étoit charmé qu'elle daignât mettre son amour à une forte épreuve ; et ce qui augmentoit le prix d'une faveur si singulière, c' étoit la récompense qu'elle lui promette^ s'il parvenoit à la satisfaire. D'un autre côté il connoîsr soit la vertu de la dame et la tendresse qu'elle avoit pour son époux; cette connoissance lui rendoit la proposition suspecte; il craignoit qu'importunée de ses instances et de ses plaintes, elle ne cherchât à 4e défaire de lui. Dans cette juste crainte, voici ce qptl lui répondit: ,"

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