LIVRE II, CHAP. IX. an
la cour de Bizerte; il ne témoigna pas moins de reconnoissance qu'eux au Persan, du grand service qu'il leur avoil rendu. Le seigneur du château pria le chevalier du rameau d'or de vouloir honore? de sa présence le mariage de sa fille, qui fut fait avec toute la solennité et les réjouissances possibles. Après cela,Prasilde conjura le vieillard et les jeunes époux , de lui permettre de satisfaire l'impatience qu'il avoit de retourner àBatc; ils n'osèrent s'opposera son départ, quelque regret qu'ils en eussent, et ils le virent partir avec une douleur dont le chevalier fut pénétré.
Il regagnaTunis,ilserenditparmer àDamas;mais, au tien de prendre la route de Moussoul, il tourna du côté de Bagdad, où il s'arrêta peu : ni les raretés de cette ville, ni les magnificences de U cour du cahfe, ne purent balancer l'impatience qu'il avoit de revoir l'objet de tous ses désirs. Quelques chevaliers qu'il rencontra dans son chemin, charmés de la beauté du rameau qu'il portoit, furent tentés de t'a%Hr; mais leur envie ne, lit que tourner à leur confusion. Le vaillant Prasilde le conserva jusqu'à Baie, où après tant de fatigues il arriva plein de joie et d'espérance. Il écrivit aussitôt à Thisbine une lettre fort touchante ; il lui mandoit qu'il venoit d'arriver avec le rameau qu'elle désiroit, et qu'il brùloit d'impatience de le lui présenter; qu'il ne vouloit point paroître devant elle sans en avoir obtenu la permission; mais qu'elle pouvoit s'assurer que si elle refusoitde faire son bonheur, il en mourrait de déplaisir.
L'épouse d'Irolde ne fut pas peu étonnée du retour d'un amant dont elle croyoit être délivrée pour jamais.
L;,q,;,=..=ïGooglc;
213 ROLAND L'AMOUHEUX.
Hélas! dît-elle en soupirant, quelle étoitmon erreur? L'amour vient à bout de tout : Prasitde est revenu du jardin de Méduse ; mes foibles charmes ont défendu son cœur contre tout ce que l'on publie des attraits de cette fatale nymphe; malheureux Irolàe, dans quel embarras ma fausse prudence t'a jeté avec moi! Ces réflexions lui en firent faire beaucoup d'autres; et pendant qu'elle étoit plongée dans une profonde rêverie^ son époux arriva. Il s'aperçut de sa tristesse , il lui en demanda le sujet ; et Thisbine , n'ayant pas la force de le lui apprendre, lui tendit languissamment la lettre de Prasilde, en versant quelques larmes.
Lorsque Irolde eut lu le billet, il sentit quelque joie du retour de son ami ; mais la parole qu'il avoit donnée de consentir à son bonheur fit succéder à sa joie des mouvements bien douloureux. Ces deux époux ne firent pendant quelque temps que soupirer; ils se tenoient étroitement embrassés, sans pouvoir proférer une seule parole. Irolde^ourtant fit un effort, et parla en ces termes :
Ma chère Thisbine, faisons-nous justice nous-mêmes, le ciel nous punit d'avoir voulu trahir un ami à qui nous devons tout ; mais c'est à moi seul d'expier ce crime. Vivez heureuse avec Prasilde ; il est juste qu'il soit récompensé de ses services et du péril où il s'est exposé pour vous mériter ; il est plus digne que moi de vous posséder; acquittez votre promesse, ajoutat-il en frémissant, et me laissez mourir.
Le malheureux Irolde , plus amant qu'époux, acheva ces paroles en regardant avec des yeux tout couverts de larmes sa charmante épouse , qu'il trouvoit plus tou-
Ciq ■,:..: .ïGoOgk'