‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 13 sur 253 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De ce qui se passa entre Argail et l'orgueilleux Ferragus, second assaillant.

Comme on ne vit pointrevenir Âstolpbe à la cour, od jugea bien qu'il avoit été vaincu. Ferragus en triomphe, et se flatte que la dame ne sauroit lui échapper. II avoit tant d'impatience de combattre, qu'il n'attendit pas le jour pour sortir de la ville. Armé de toutes pièces, monté sur un des meilleurs chevaux que les prairies de Cordoue aient jamais nourris de leurs herbages, il prend la route de la fontaine. Il y arrive au lever de l'aurore. Tous les lieux d'alentour retentissent d'abord du bruit de sioa arrivée. 11 sonna de son cor si boriblement , que toute la nature en trembla. Les animaux qui étoient déjà sortis de leurs tanières, y rentrèrent avec précipitatitxi , et les oiseaux, qui commençoient à célébrer par les chants l'approche du soleil , se laissèrent tomber à terre, saisis d'effroi.

Angélique même en fut épouvantée : la vertu de la lance put à peine la rassurer. Le seul Argail, inaccessible à la peur, se lève à ce bruit terrible. Il écarte de ses yeux le sommeil , qui les tenoit encore fermés. Il s'arme à la hâte pour défendre sa charmante sœur contre un ennemi qu'il juge plus redoutable que le premier. L'impatience et l'orgueil de l'Espagnol ne leur permirent pas de tenir de longs discours. Ils poussèrent leurs chevaux l'un contre l'autre; si celui de Ferragus étoit tel que

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Bayard seul pouvoit avoir la préférence sur lui, Rabican couroit avec tant de vitesse et de légèreté , que l'œil du lynx n'auroit pu démêler sur la terre la trace de ses pas. La lance du Sarrasin, quoique des plus grosses et faite d'un dur frêne, se rompit sur le bouclier d'Argail. Ce prince ne fut que médiocrement ébranlé d'un choc si furieux, et sa lance d'or produisit son effet. De quelque force que fût doué Ferragus, il se sentit enlever des arçons , comme un enfant qui n'eût pu faire la moindre résistance.

L'étonnement et le dépit qu'eut le fier Espagnol de se voir renversé par un seul chevalier, ce qui ne lui étoit jamais encore arrivé, lui causèrent moins de ctmfusion que de fureur. Bien loin d'en perdre te courage , . il en devint plus redoutable pour son ennemi. Il étoit naturellement si violent, qu'il y avoit du péril à l'oser même fréquenter. Ce nouvel Antée n'eut pas sitôt touché la terre, qu'il reprit ses forces étonnantes, que le charme de la lance lui avoit ôtées, La honte', la bouillante ardeur de la jeunesse , et l'amour , augmentant alors sa vicJence naturelle , le transportèrent de telle sorte, que , grinçant les dents de colère , et serrant en main son épée, il s'avança sur Argail, qui lui dit : Que veux-tu faire? n'es -tu pas mon prisonnier? C'est sans raison que tu t'apprêtes à me combattre , après a voir été abattu à la lance. Ferragus , qui n'avoitpoint d'oreiltes pour ce qu'il ne vouloit pas entendre, continuoit toujours son action menaçante.

Les géants, jugeant par son obstinaticHi et par la fureur qui le dominoit que ce n'étoit pas un homme aussi docile que le gentil Astolphe, se mirent de la partie,

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