‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 125 sur 253 · LIVRE m, CHAP. lit 2I · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAP. lit 2I

de son côté, le prioit instamment de se laisser fléchir aux prières ie la princesse ; niais , quand il vit que cet homme se montroit impitoyable , la fureur le saisit ; il sortoit des étincelles de feu par !a visière de son casque.

Sur ces entrefaites, les chefs des ennemis qui sui> voient les sept guerriers arrivèrent au pied du rocher. Agrican étoit à leur tête. Les rois Saritron, Rli^amante , Polifeme , Fandragon , Argante, Lurcon, Sentarie, Aldan et Brontin, sans parler de plusieurs généraux, montèrent au haut du rocher pour y attaquer le comte et ses compagnons , malgré le grand nombre de traits que Trufaldin faisoit pleuvoir des créneaux sur les uns et sur les autres, sans distinction d'amis ni d'ennemis. Aquilant et Grifon attaquèrent en même temps l'empereur tartare , qui , se trouvant sur le penchant du roc, pensa être renversé de deux pesants coups qu'ils lui dédiai^èrent : il en demeura tout étourdi; et pendant qu'il étoit en désordre, les deux frères se préparoient à recommencer ; mais les géants Argante et Bhadamante les prévinrent en les chargeant eux-m^ines. Rhadamànte s'attacha de nouveau à Grifon, qu'il reccmnut à ses arUies blanches, et Argante se jeta sur AqUilant le Moir. Lurcon, Siuitarie, Poliferne et les autres chefs de leur parti en vinrent en même temps aux mains avec Hubert du Lion , Clarion , Adrian et Brandimart.

Les défenseurs d'Angélique avoient pour eux l'avantage du lieu. Brandimart culbuta Pandragon et Poliferne du haut du rocher en bas; mais rien n'étoit égal au comte d'Angers , dans la fureur où l'avoient mis l'insolence et l'injustice de Trufaldin ; les armes les plus

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a4o ROLAND L'AMOUREUX,

fortes ne résistoient point à Durandal , maniée par un bras si terrible ; il fît voler la tête et le bras de Brontin d'un seul coup; et quoiqu'il n'atteignit Lurcon que du plat de son épée, parce qu'elle lui tourna dans la main, le casque de ce malheureux roi de Tendouc tomba à terre tout fracassé avec la moitié de sa tête. Santarie en frémit, tout brave qu'il étoit, et il servit aussi de victime à la colère du comte, qui le fendit jusqu'à la ceinture. Le paladin , retombant de là sur Rbadamante, qui traitoit rudement Crifon, coupa ce géant par le milieu du corps.

Ce coup prodi^eux, en délivrant le fils d'Olivier du péril où il étoit avec un si dangereux ennemi, pensa être funeste à son frère Aquilant. Comme ce dernier combattoit alors fort près de là contre Argante le Démesuré , la partie supérieure du corps de Khadamante, séparée de son tronc, lui tomba sur la tête , et pensa l'écraser de son poids. Argante s'apprêtoit à profiter de son désordre; il s'ayançoit déjà sur lui pour l'accabler, lorsque Roland , qui s'en aperçut, prévint son dessein, en poussant du pied ce géant avec tant de force , qu'il le jeta sur Agrican, qui combattoit alors contre Brandlmart. Argante, en tombant, renversa l'empereur, et ils roulèrent tous deux jusqu'au pied du rocher.

A^rès cette «xpédition, tes autres Tartares n'osèrent plus continuer le combat. Roland , voyant qu'aucun d'entre eux ne se présentoit plus , se tourna vers Trufaldin, qui l'avoit toujours regardé des créneaux, et le menaça de la plus cruelle mort, s'il n'obéissoit à la princesse. Traître, lui disoit-il, si tu ne nous fais entrer tout à l'heure dans la forteresse , sois sûr de t'en re-

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