LIVRE III, CHAP, III. a4i
pentir : tu ne saurois m'écliapper; je veux moi seul mettre en pièces ce roc avec mon épée, foudroyer, renverser cette forteresse, et t'écraser sous ses ruines avec tous ceux qui sont complices de ta trahison. En prononçant ces paroles, il déchargeoit de si effroyables coups de Durandal surla porte du château, qu'il ta fendoit avec les gros clous et les lames de fer dont elle étoit couverte ; il brisoît j usqu'à la pierre même du roc. Trufatdin , ne se croyant pas en sûreté contre un pareil ennemi, et s'îmaginant déjà sentir écrouler les fondements de la forteresse , prit te parti d'apaiser la colère du comte. Brave chevalier, lui dit-il en tremblant, je vous prie d'écouter mes raisons : Si j'ai offensé Ângé* lique, l'injustice de Tonnde et de Sacripant en est la cause; ils me querellèrent sans sujet; je les fis arrêter; cependant, quoiqu'ils aient tout le tort, ils ne me pardonneront jamais , si je les mets en liberté : je ne puis donc vous laisser entrer dans le château, si vous ne me jurez , vous et vos compagnons, par tout ce qu'il y a de plus sacré, que vous défendrez ma vie contre eux -et contre tous ceux qui ta voudront attaquer. Roland ne Touloit point faire ce serment , qui lui paroissoit autoriser l'injustice; mais ta princesse le conjura si fortement de tout promettre pour entrer, qu'il fit ce qu'elle souhaitoit.
Les sept chevaliers ne furent pas si tôt entrés, que Torinde et Sacripantsortirentde prison; cesdeux princes avoient eu le temps de guérir de leurs blessures. Leur premier soin fut de rendre grâces à leurs libérateurs; ensuite ils songèrent à tirer raison de l'injure que Trufaldin leur aroit faîte. Ils murmurèrent beaucoup,
Roland l'Aiiioareni. i- 16
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a4a ROLAND L'AMOUilEUX.
quand ils apprirent l'obstacle qui s'opposoît à leur vengeance ; et le mécontentement qu'ils en marquèrent auroit eu peut-être de fâcheuses suites, si la fille de Galafron ne leur eût représenté que leur différent alloit l'exposer à la merci des Tartares. Elle les pria de vouloir du moins en remettre la diacussion à un temps plus convenable. L'amoureux Sacripant, qui n'osoit déplaire à cette princesse, se conforma à sa volonté.
Il n'en fut pas de même de Torinde ; il ne pouvoit consentir à l'impunité d'une action si noire : il dit que le comte d'Angers et ses compagnons n'avoient pas à& faire un semblable serment, et qu'en tout cas l'on n'étoit que trop dispensé de gardw sa parole aux traîtres qui ne se faisoient point eux-mêmes un scrupule d'enfreindre les lois divines et humaines. Il se plaignoit aussi d'Angélique : il disoil qu'il avoît prïs les armes en sa faveur, et qu'elle étoit pourtant assez injuste pour prendre le parti d'un perfide. Comme il vit que tous ces princes, bien que touchés de la force de son discours, persistoient pourtant à dérober à son ressentiment te roi du Zagathay, il sortit du château tout eU' colère, en menaçfuit Trufaldin , et jurant par ses dieux qu'il puniroit ce lâche, malgré tous les chevaliers qui en prenoient la défense.
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