CHAPITRE IV
Arrivée de Galafroa au secours d'Jlbraque, et de. la bataiile qu'il livra h Vemperew Agricart.
Le soleil recomtnençoit à répandra ses rayons sur la teite , lorsqu'on vit descendre du- haut d'un coteau qui dominoit la plaine d'AH>raque, un grand nombre de gens de guerre ; à mesure qu'ils airivoient dans la plaine , ils se rangeoient en ordre de bataille : on entendoit déjà retentir les clairons et autres instruments de gueire. A ce bruit éclatant , le fier empereur des Tartares s'anime d'une nouvelle ardeur; il paroît encore irrité de l'affront qu'il a re^i la veille; mais il espère enfin s'en venger sur un monde d'ennemis qu'il va sacrifier à son ressentiment. Il avoit appris que le roi Galafron armoit pour'la défense de sa fille, et il ne doutoit pas que ce ne fât l'armée du prince qu'il voyoit parottre.
C'était effectivement le roi du Cathay, qui venoit faire lever le siège avec une guerrière redoutable, dont l'éclatante renommée étoit répandue par tout l'Orient. Cette guerrière se nommoit Marpbise; elle régnoit sur la plus grande partie des provinces de la Perse, et n'étoît pas moins vaillante que belle. Sa force même étoit si prodigieuse, qu'il n'y avoit point de guerriers dans toutes ces contrées à qui elle n'eût fait vider les arçons dès la première rencontre. Cette fière princesse , au lieu de vivre dans la mollesse, avoit fait vœu de n'être jamais
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sans armes, de ne jamais les dépouiller qu'elle n'eût vaincu et pris en combat singulier les rois Âgrican , Gpadasse et Charlemagne avec tous ses paladins ; et ce n'étoit point par amitié pour Galafron ni pour Angélique qu'elle venoit au secoui-s d'Albraque : l'unique motif de son voyage étoit le dessein de chercher l'empereur tartare, et de commencer par lui l'exécution de son vœu.
Cette nouvelle armée étoit divisée en trois corps; le premier, compo»é d'Indiens, des peuples de Golconde , de Pégu et de Siam, avoit pris les armes en faveur d'Angélique , et reconnoissoit pour son commandant le géant Arcbilore le !Noir; Marphise conduisoit le second , et le roi duCathaycommandoit le dernier. Chacun de ces trois corps étoit une puissante armée. Si le monarque tartare parut plus fier à t'approche de ces nouveaux ennemis, il n'en fut pas de même de ses soldats. Le souvenir du jour précédent, où neuf guerriers seulement avoient fait d'eux un si grand camage, les tenoit encore épouvantés; ib craignoient de retomber dans le même péril; et dans cette crainte plusieurs avoient recours à la fuite. Agrican, à peine remis de sa chute, donnoit partout ses ordres pour les rassembler; et s'a* percevant qu'ils ne prenoient les armes qu'à regret, le cruel immoloit lui-même ceux qui faisoient paroître le plus de frayeur; il étoit en effet nécessaire que les Tartares se tinssent sur leurs gardes, puisque l'armée de Galafron s'avançoit vers eux avec ardeur.
Arcbilore le Koir marcboit à la tête de l'avant-garde; ce monstrueux géant, qui avoit l'air d'un démon.sorti des enfers, ne blasphémoit pas moins contre le créa-