‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 128 sur 253 · LIVRE III, CHAP. IV. a · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. IV. a

leur de l'univers que contre Mahomet î il portoit pour toute arme Un grand marteau aussi pesant qu'une enclume, et il alloit à. pied, parce qu'î^n'y avoit point de cheval qui pût le porter. L'empereur tartare, pour épargnera ces nouveaux ennemis la moitié du chemin, sortit pour aller au-devant d'eux avec ses troupes. Les deux armées se joignent : le choc est terrible, et coûte la vie à un grand nombre d'hommes ; le canwge fut bien plus horrible , quand tous ces peuples furent mêlés ensemble. Le superbe Ârchilore se faisoit remarquer audessus des autres, encore plus par ses oonps que par s* taille excessive ; chaque fois qu'il frappoit de son formidable marteau, il écrasoit un Tartare. Uldan et Saritron, qui le voyoient jeter l'épouvante parmi les leurs, abaissèrent leurs lances contre lui pour réprimer sa fureur; mais ils se nuisirent l'un à l'autre dans ce dessein: car si Uldan l'ébranta par l'impétuosité du choc, l'autre, qui venoit du côté opposé, le raffermit dans la selle. Les deux rois passèrent outre, et s'enfoncèrent parmi les Indietis, dont ils ne firent pas une moindre destruction que le géant en faisoit des Tartares.

De son côté, l'empereur Agrican s'éloit porté sur le corps d'armée que commandoit Galafron; il en avoit enfoncé sans peine les premiers rangs; et, ne trouvant aucun guerrier qui pût l'arrêter, il s'étoit fait jour jusqu'à ce roi , qu'il abattit lui-même assez rudement d'un coup de lance. Chacun fuyoit devant le monarque tartare, et se sauvoit vers le corps des Indiens, qui, commandé par le noir Archilore, renversoit celui des Tartares qui lui étoit opposé. Le fier Agrican en rougit de colère; il perça jusqu'au géant , et fondit* sur lui de'toute

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a46 ROLAND L'AMOUREUX,

la vitesse de Baj'ard , avec une lance qu'il avoit prise des mains d'un de ses clievaliei's; l'orgueilleux Indien l'attend de pied ferme; il avoit son écu au bras, et tenoit son marteau tout sanglant et tout souillé des cervelles qu'il avoit écrasées; néanmoins, quoique son bouclier eût un demi-pied d'épaisseur, la lance fut poussée avec tant de roideur, qu'elle le perça de part en part; elle se brisacontre la cuirasse du géant, sans que le monstre en fût qu&médiocrenient ébranlé. L'empereur retourne sur lui l'épée à la main, et commence à l'assaillir de tous côtés; Bayard, plus vite et plus léger qu'un oiseau , fflit perdre à l'Indien presque tous ses coups, qui ne fraf^ent que l'air. Le monstre, immobile comme une (our, se tient ferme sur ses deux pieds , malgré les coups pesants du Tartare; et l'on ne voit agir que ses bras, qui lèvent sans cesse le funeste marteau : on l'auroit pris pour ijn cyclope des forges du dieu Vulcain. I^es Indiens et les Tartares, suspendant toute action , regardent ce combat comme celui qui doitdécider de leur sort; en6n le furieux Archilore jeta par terre son large bouclier, qui ne pouvoit plus lui servir tant il étoit fracassé; et, prenant à deux mains son marteau, le déchargea de toute sa force sur te Tartare , qui en auroît perdu la vie , s'il en eût été frappé à plein ; mais Bayard détourna le péril, en sautant à quartier. La violence du coup, ne trouvant presque point de résistance, entraîna le géant jusqu'à terre, où le marteau entra fort avant. L'empereur, profitant de ce temps favorable, leva sur lui sa redoutable épée, et d'un seul coup lui coupa la tête avec ses deux mains, qui restèrent attachée^ au martenu.

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