LIVRE I, CHAP. IV. a
et se préparèrent à L'attaquer. Celui qui se présenta le premier , et qu'on i^peloît Ui^an le Dardeur, lui lança son dard d'une telle roideur, que te chevalier en auroit perdu la vie, s'il n'eût pas été féé. Le dard perça la visière de son casque^ mais il se brisa contre son œil, qui se trouva plus dur que le diamant. L'indomptable Ferragus ne tarda guère à se venger; il se lança sur le géant avec autant d'avidité qu'un vautour sur sa proie, et lui coupa d'un horrible fendant le bras qui avoit jeté le dard, comme il auroit coupé la branche d'un jeune arbrisseau. Ce ne fut pas tout ; son épée rencontrant au retour l'autre bras du géant qui venoît de suppléer au défaut de celui qui ne pouvoit plus agir, il le coupa d'un revers avec la même facilité.
Argeste te Démesuré s'avança pour tirer vengeance de la mort de son compagnon; mais le prince sarrasin, plus léger qu'un oiseau, le prévint, et lui déchargea un si grand coup sur le côté, que, malgré les plaques d'acier qui le couvroient, il lui coupa la rate par le milieu avec une partie du foie. Ce corps monstrueux Bt en tombant plus de bruit qu'un gros chêne qui cède à la violence des vents. Peu s'en fallut même que Ferragus n'en fût écrasél
Le farouche Turlon , le plus fort des quatre géants , fondit aussitôt sur l'Espagnol. Il le joignit, et le frappa d'un si furieux coup sur son casque, qu'il lui en fendit tout un côté, bien qu'il fût de la plus fine trempe de Tolède. La tête du fils de Marsille en fut désarmée, et le cimeterre du géant l'auroit fendue, si elle n'eût pas été à l'épreuve de l'acier; mais si la force .du charme préserva de ce danger le prince espagnol, il ne lùssa
.,Googlc
a4 ROLAND L'AMOUREUX,
pas d'être étourdi de la pesanteur du coup. Il chancela plus d'une fois; et peut-être seroit-îl tombé, s'il ne se fût pas appuyé contre un pin qui par bonheur se trouva près de lui. Il se remit bientôt de son désordre, et le vendit bien cher à Turlon; car il revint sur lui, et d'un seul coup lui trancha les deux jambes. Cependant ces trois prodiges de valeur ne le tiroient pas entièrement du péril.
Lampourde le Velu restoit encore, etaVoït déjà levé une pesante massue garnie de pointes de fer, capable d'écraser un rocher. Tout ce que put faire le Sarrasin fiit de se couvrir de son boucher et de son épée, qui rompirent en quelque sorte la force du coup, mais qui en furent brisés l'un et l'autre en mille pièces.
Le généreux frère d'Ângéhque avoit jusque-là regardé ce combat sans vouloir y prendre part. Il admiroit le courage et la vigueur du chevalier, qui se défendoit seul contre quatre géants des plus terribles; mais, le voyant sans défense, il craignit pour sa vie ; et il g'-approchoit de Lampourde dans l'intention de faire cesser le combat, lorsqu'il s'aperçut avec surprise que Ferragus, au lieu de fuir l'approche du géant, se lança sur lui avec impétuosité, et lui donna dans le bas-ventre, au défaut de ses armes, un si furieux coup de pied, qu'il lui creva les entrailles, et le jeta roide mort sur ses compagnons ; ensuite le prince sarrasin ramassa le cimeterre d'un des géants ; et s'adressant à Argail , il lui dit : Brave chevalier, c'est à présent que nous pouvons continuer notre combat.
Le prince du Cathay ne put s'empêcher de sourire à ces paroles. Vous me parlez de combattre, lui ré-