‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 144 sur 253 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Roland rencontre Brandùnart, et le tire de péril.

Le comte d'Ângçrs, après s'être un peu reposé de la fatigue d'un si long et si pénible combat, jeta les yeux sur le cheval d'Agrican qui étoit attaché ik un pin. Il le trouvoit fort semblable à Bayard; mais il ne pouvoit s'imaginer que ce fût lui. Néaiunoins, pour s'en éclaircir, il s'approcha de l'animal,. et le flattant: Obon cheval! lui dit-il , où est Renaud, ton cher maître, et par quelle aventure es-tu ici? Bayard, qui reconnut le comte, se mit à hennir, et à lui faire des caresses; de sorte que Roland ne put le méconnoître. Le chevalier monta dessus; et, pretiant Bridedor par la bride, il retourna vers Albraque.

Il n'eut pas fait deux cents pas, qu'il entendit un grand bruit d'armes assez près de lui. Il piqua vers l'endroit d'où ce bruit sembloit partir, et il vit Brandimart qui se défendoit vaillamment contre deuK géants qui l'attaquotent. A ce spectacle , te paladin accourut plein de colère ; et arrivant dans le temps qu'un de ces monstres levoit te bras pour décharger un coup de cimeterre sur son ami , il le prévint.' Duraodal coupa

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ayS ROLAND L'AMOUREUX,

ce tn£jne bras en l'air, et du même coup abattît la tête de l'autre géant; ainsi le combat fut presque aussitôt fini que commencé.

Les deux amis s'embrassèrent : après quoi Brandimart apprit à Roland qu'une troupe de gens de guerre emmenoit Fleur-de-Lys par violence. Il n'en fallut pas davantage au guerrier françois. Ils commencèrent tous deux à poursuivre les ravisseurs , et ils ne tardèrent pas à les joindre. Le géant qui étoit leur chef se nommoit Marfuste. Celui-ci, comme on l'a déjà dit, surpassoit de beaucoup les deux autres en force et en grandeur. Il avoit continué son chemin sans s'arrêter un moment, quoiqu'il eût vu ses deux compagnons aux mains avec Brandimart; il ne dôutoit pas qu'ils ne vinssent aisément à bout d'un seul chevalier; il s'étonnoit même de ne les point voir revenir encore, lorsqu'il vit arriver le comte d'Angers et son ami.

Roland défia Marfuste avant que de l'attaquer ; mais ce fier géant ne fît que rire de son défi. Chevalier, lui dit-il, quand Mahomet descendroit içirbas pour te défendre, son secours ne te serviroit de rien. Je veux t'écorcher tout vif de ma propre main, et te faire rôtir sur des charbons. £n parlant de cette sorte , il leva une épouvantable massue pour la décharger sur lui; mais le comte en évita l'atteinte en faisant sauter Bayard à quartier. La massue alla frapper un arbre, qu'elle abattit en entier. Roland , ayant connu par ce coup furieux la force du monstre, descendit de cheval, de peur qu'un autre coup semblable n'écrasât le noble coursier. Quand Marfuste vit le paladin à pied, il fît un éclat de rire, dont retentit tout le bois; ensuite il lui dit d'un air

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insultant: Ah ! petit nain, te trouves-tu trop grand pour moi, ou veux-tu combattre contre mes jambes ? Prends garde que je ne te jette d'un coup de pied sur l'arbre te plus haut de ia forêt. Roland , sans lui répondre un seul mot, se lança sur lui si promptement, que le géant ne put te frapper; et le saisissant par une de ses cuisses, il le souleva et le jeta par terre tout étendu; puis, sans lui donner le temps de se relever, il lui coupa les deux cuisses d'un seul coup de Durandal, en lui disant : Superbe monstre, ne tire plus vanité de ta taille gigantesque ; tu n'es pas à présent plus grand que ceux pour qui tu.avois tant de mépris. Pendant que le comte d'Angers traitoit ainsi Marfuste, Brandimart donnoît la chasse aux soldats qui gardoient la dame prisonnière; mais quand il les eut dissipés, il demeura bien étonné de voir que ce n'étoit pas sa chère Fleur-de-Lys; il en parut accablé de douleur; et, levant ses yeux au ciel, il poussa ces tristes plaintes de ta manière du monde la plus touchante: Odieux! qui m'avez sauvé du péril, que ne me laissiezvous mourir ? Fortune ! quel est ton caprice ? Tu m'as ravi de mon pays dès mon enfance, sans que je connusse le nom de mon père. Tu me fis vendre pour esclave au comte de la Roche^Sauvage , qui m'aiTranchit, et me laissa béritier de tous ses biens; tu ne te contentas point de cette Javeur, tu me rendis possesseur ' de la plus pariaite de toutes les dames; mais, hélas ! cruelle, tu viens de me l'enlever, quand je ne puis plus vivre sans elle.

Roland fut toucbé de ces paroles : Mon cher ami, dit-il à Brandimart, donne quelque trêve à ta douleur;

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ayS ROLAND L'AMOUREUX,

ton mal n'est pas sans remède : tu peux retrouver ta dame ; juges-en par mon exemple : n'ai-je pas rencontré la mienne, que je désespérois de revoir? Puisque ta maîtresse est encore en ce pays, dois-tu lâchement perdre l'espérance de la rejoindre ? Â ce reproche , Brandimart prit un peu de courage , et pria le comte de vouloir bien l'aider à faire la recherche de Fleurde-Lys; ce que -son ami lui promit aussitôt qu'il auroit délivré sa princesse de tous les ennemis qui l'assiégeoient. Angélique n'a plus besoin de notre secours, lui dit Brandimart. L'armée tartarea été défaite, et l'on ne sait même ce qu'est devenu l'empereur Agrican. Si la fille de Galafron est libre , répondit Roland, je m'offre à chercher votre dame dès ce moment avec vous. Quel chemin prendrons-nous? Voilà tout mon embarras,' reprit Brandimart, Elle m'a été ravie dans cette forêt, tandis que nous dormions; j'ignore de quel côté on l'a

La dame qu'ils venoient de délivrer, les voyant incei^ taios de la route qu'Us dévoient prendre, leur dit: Hier, mes ravisseurs, en passant près d'nn hermitage où demeure un vieux religieux qui a la réputation d'être un grand prophète, eurent la curiosité de lui demander ce qi^devoit leur arriver. Il leur apprit qu'un grand malheur les menaçoit ; ils ne firent que rire de cette prédiction, qui vient pourtant'de s'accomplir. Ainsi, seigntfurs chevaliers, ajouta la dame, je vais vous conduire , si vous voulez, à cet hermitage; l'hermite pourra vous tirer de l'embarras où vous êtes. Les deux guerriers y consentirent. Comme Brandimtfrt avoit perdu son cheval dans !e combat , Roland le fit monter sur

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