CHAPITRE XI
Histoire de Léodiie,
Mon père est roi d'Éluth, pays des plus riches de rOn»)t, et je m'appelle Léodiie. Quelque beauté dont on me flattoit m'attira l'attention de deux princes voisins du Cathay ; ils me rechercherait. Le premier, nommé Zoroas le Vieux , passoit dans le royaume pour un. prodige de savoir et de prudence ; déplus c'étoit le prince de l'Asie le plus riche en pierreries. L'autre amant , qu'on af^loit Varamis le Beau, étoit jeune et parfaitement bien fait. Mon œuf ne balança pas longtemps entre ces deux rivaux; mais comme mon père avoit une autorité absQlne sur moi, et qu'il paroissoit porté pour Zoroas , à cause de sa haute réputation de sagesse, je craignis qu'il ne se dé<JBrât en sa favieur. Four me rassurer contre cette crainte, je conjurai le rgi, mon père, de ne m'acon^er à aucun funant qu'il ne m'eût devancée à la cpurse. Il me le promit; et, sur la foi de sa.promesse , je demeurai persuadée que personne aa monde ne pourroit m'épouser contre ma volonté; car je courois si légèrement, que j'ai plus d'une fois passé Les bidies et les dùms. Voilà donc ce qui fut réglé.
Mes deux amants se préparèrent à courir contre
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a8o ROLAND L'AMOUREUX,
moi : on marqua un jour pour la course ; et ({uand il fut arrivé, Zoroas et Varamis parurent dans la lice. Le premier, monté sur une mule , porloit une gibecière d'or à son côté; et l'autre, sur un puissant coursier, couvert d'un riche caparaçon en broderie d'or, faisoit éclater sa magnificence et sa belle disposition; ils tirèrent au sort tous deux , et la fortune favorisa le vieillard. Je fis serment entre les mains des juges de la course que j'accepterois pour époux celui qui parviendroit au bout de la carrière avant moi.
Alors Zoroas et moi nous nous plaçâmes au bout de la lice. Tous les spectateurs ne pouvoient s'empêcher de rire de voir cet amant suranné entreprendre de me vaiiicreà la course; effectivement, il sembloit qu'il eût sur les épaules un poids de cent livres, tant il étoit appesanti de celui de son corps; et il se faisoit encore plus cassé qu'il n'étoit. Lui donc sur sa mule, et moi sur ma haquenée , nous nous disposâmes à courir. Dès que la trompette eut donné le signal, Zoroas partit seul. Pour me jouer du vieillard , je le laissai avancer quelques pas dans la carrière, ne doutant pas que je ne le devançasse bientôt. Il alloit si lentement, qiie je ne me hâtois point de partir. Je partis pourtant à mon tour ; et lorsque le rusé Zoroas s'aperçut que j'étois près de le joindre, il fit briller à mes yeux une pomme d'or qu'il avoit tirée de sa gibecière , et la jeta au-devant de mes pas. La beauté de ce métai qui coi^ rompt la plupart des hommes me charma; je fus tentée de ramasser la pomme, quoiqu'elle eût roulé , et que je fusse obligée de retourner sur mes pas ; je cédai à ce désir. Ce retardement ne m'empêcha pas de rejoindre
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