LIVRE III, CHAP. XI
à traverser |>our arriver au royaume de Lassa, où régnoit ce vieux prince, étoient tous des pays amis, il avoit cru a'avoir pas besoin d'uoe garde plus nombreuse; cependant nous recontrimes, dans une vallée entourée d'arbres, les trois géants <{ue vous avez tués. Ib passoient par cette vallée avec la troape de gens de gverre que vous avez yus, et ils alloient joindre l'armée d'Agrican devant Albraque. Le plus grand de ces géants s'approcha de moi pour me considérer, et me trouvant assez à son gré: Bon, dit-ïl, voici de quoi ^re un présent à notre grand roi Rhadamante le jour de notre arrivée. Zoroas, choqué de ces paroles, et plus encore du dessein du géant, se mit entre lui et moi, et voulut représenter le droit qu'il avoit qu'on ne disposât point de moi contre sa volonté ; mais le terrible nnHistre, qui n'avoit égard à rien, se jeta plein de fureur sur le vieillard , d'un coup de poing lui écrasa la cervelle , et le renversa roide mort aux pieds de son cheval, en lui disant ; Foible insecte, va porter dans les enfers la peine de ton insolence.
A ce spectale effroyable, toute notre escorte épouvantée prit la faite. Je voulus m'enfuir aussi; maisMarfuste ne m'en lùssa pas le temps. 11 me saisit, et d'une main me porta sur le dos du plus haut de ses chameaux.
Yoilà, seigneurs chevaliers, dit Léodile en achevant son discours, quelle a été ma triste aventure; et par ce récit, vous pouvez juger que si les plus grandes fortunes sont sujettes aux plus grands revers, en récompense une rigoureuse destinée peut aussi facilement changer. Celte réflexion étoit si juste, que dès le len-
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a84 ROLAND L'AMOUREUX.
demain Brandimart ayant entendu une voix qui seplaîgnoit, piqua pour s'éclaircirdeceque ce pouvoit être, et trouva que c'étoit sa chère Fleur-de-Lys. Mais s'il eut une joie infinie de la rencontrer, il ne la vît pas sans peine dans l'état où elle étoît. Il lui demanda, en la déliant, par quelle étrange aventure elle se trouvoit dans cette situation. Elle lui répondit qu'elle ne pouvoit lui donner d'éclaircissement là-dessus, puisqu'elle ignoroit elle-même comment on lui avoit pu faire cet indigne traitement sans qu'elle s'en fût aperçue.
Les deux dames et les deux chevaliers s'entretenoient encore de cette aventure, lorsqu'il virent passer auprès d'eux un cerf d'une heauté merveilleuse. Il étoit blanc et tout marqueté de taches incarnates. Son bois paroissoit d'or massif, ainsi que la corne de ses pieds, et î) portoit au cou un carcan de même métal sur lequel étoient écrites quelques lettres qu'on ne pouvoit bi«i distinguer que dfe près. Fleur-de-Lys , touchée de la beauté de cet animal, ne put s'empêcher de se récrier d'admiration ; ce qui obligea Brandimart de courir après le cerf dans le dessein de te prendre, et d'en faire présent à sa dame. Mais Bridedor ne couroit pas assez 'légèrement pour l'atteindre; Rabican même y auroit échoué, parce que le cerf merveilleux avoit eu par féerie le don de ne pouvoir être atteint. Aussi Brandimart l'ayant bientôt perdu de vue, et craignant avec raison, s'il s'ohttinoit à le poursuivre, qu'il ne retrouvât plus sa maîtresse, prit le parti de la rejoindre, non. sans quelque confusion de n'avoir pu réussir dans son entreprise. Mais. la tendre Fleur-de-Lys, bien loin de se plaindre du peu de fruit de sa course, lui. fît des re-
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