‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 148 sur 253 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

De Faventwe du cor enchanté, et des exploits inouïs du comte Roland.

Les deuK chevaliers se disposoient à reprendre le chemin d'Albraque avec les daines, lorsqu'ils s'arrêtèrent pour regarder une demoiselle qui survint en ce lieu. Elle montoit une haquenée blanche, tenoit un livre à la-main, et portoit en écharpe le long de ses gaules un cor qui pendoît à un riche tissu d'or. Ce cor étoit d'argent, rayé d'or et tout émailté de diverses couleurspar les pierres précieuses dont il étoît couvert. La demoiselle étoit jeune et tout aimahle. Elle s'adressa au comte d'Angers, et lui dit d'une voix douce et gracieuse : Chevalier, vous allez rencontrer en ce jour une des plus belles aventures du monde; mais, pour la mettre à fin, il faut avoir le courage d'un guerrier aussi parfait que vous me paroisse^ l'être. Le livre que je ti&as apprend comme on doit se conduire dans cette entreprise.

Charmante dame, répondit le paladin, vous n'avez qu'à m'instruire de ce qu'il faut faire. Il faut, répliqua la demoiselle, que vous sonniez d'abord de ce cor pour la commencer ; vous verrez alors des choses étonnantes.

a86 ROLAND L'AMOUREUX.

Chaque fois cpie tous le ferez retentir, vous aurez une aventure à éprouver; et je dois vous avertir que, si vous en commencez une, il vous faudra poursuivre, du moins jusqu'à la troisième, à éprouver les autres; autrement vous perdrez la liberté, et peut-être la vie. £n voici la raison : ce cor est enchanté ; et telle est sa vertu , que si quelqu'un est assez timide pour ne plus vouloir le mettre à sa bouche, après la première aventure, i! sera transporté sui^le-champ, par la force du cliarme, à l'île du Lac. Je dois vous dire aussi que, si vous êtes assez heureux pour achever la seconde, vous n'aurez plus besoin d'épée ni d'armes. La troisième aventure ne vous offrira que du plaisir.

A ces mots, la demoiselle présenta le livre et le cor au paladin, qui les reçut avec courtoisie, résolu de tenter l'entreprise par le seul motif de la gloire qui y étoit attachée. Il emboucha le cor.; et du premier son qu'il en tira, toute la forêt retentit aux environs. Les airs mugirent, le tonnerre gronda; et du choc des nues, il tomba une grosse roche qui écrasa plusieurs arbres de la forêt. Elle se fendit en tombant, et de son sein sortirent deux taureaux furieux dont les cornes et les pieds étoient d'airain.

Roland ouvrit alors le livre, et y trouva ces paroles: N'espère point, chevalier, que ton épée te serve contre ces animaux qu'aucun acier ne peut blesser : tu ne peux les dompter qu'en leur arrachant les cornes. Le comte ferma le livre, descendit de Bayard, qui lui étoit inutile dans ce combat. Il marche contre les taureaux qui viennent sur lui avec furie. Il oppose son bouclier au choc de l'un, et la pomte de Durandal à l'autre. Le

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