‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 163 sur 253 · LIVRE ni, CHAP. XVII. 3i · texte numérisé non relu

LIVRE ni, CHAP. XVII. 3i

iamême chose. Leur choc fut terrible, les échos des environs en retentirent , et les fortes lances volant en éclats, comme si elles eussent touché deux tours, les combattants se tinrent fermes dans les arçons. On eût dit qu'ils n'avoient fait aucun effort. Ils revinrent l'un sur l'autre, et commencèrent à se porter les plus effroyables coups. Pendant qu'ils se battoient avec la dernière fureur, les guerriers des deux partis se lassant d'être oisifs et simples spectateurs d'une querelle qui les intéressoit tous, s'avancèrent les uns sur les autres.

Le seigneur de Montauban courut contre Brandimart, qui se trouva le plus près de lui, et ces deux illustres chevaliers rompirent leurs lances jusqu'à leurs gantelets, sans s'ébranler l'un l'autre. Prasilde et Irolde s'attachèrent au roi Balan et à Clarion. Torinde combattit contre le roiAdrian;etles deux fils d'Olivier eurent affaire aux rois Uldan et Saritron. Il n'y eut qu' Antifort de la Blanche-Russie qui, ne voyant personne qui lui fût opposé, demeura sans occupation. Il attendoit que quelqu'un de ses compagnons eût besoin desecours, et il n'attendit pas long-temps. Prasilde pressoit vivement le roiBalan, qui, perdant beaucoup de sang d'une blessure qu'il avoit à l'épaule , ne se défendoit plus que foiblement. Antifort alla prendre la place de ce dernier, qui couroit un extrême péril , s'il n'eût été secouru. D'une autre part, les rois Uldan et Saritron, quoique doués d'une grande force, ne pouvoient résister aux deux frères armés d'armes enchantées; mais Torinde, qui venoit de mettre hors de combat le roi Adrian, accourut à leur aide. Brandimart et Renaud, tous deux montés surdes chevaux admirables, ettousdeuxà peu

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près de même force , se matntenoient l'un contre l'autre avec un ^1 avantage. Il arriva néanmoins que Brandimart, frappé d'un coup de Flamberge, appliqué avec vigueur sur le haut du casque , plia tout étourdi sur l'arçon de sa selle. Bridedor, qui sentit en ce moment sa bride lâchée, l'emporta par ta campagne en cet état. 11 passa près de Roland, qui l'aperçut, et qui, venant alors de mettre en désordre la reine Marphise par un coup pesant qu'il avoit déchargé sur elle, se hâta de le secourir. Il poussa Bayard vers ce cher ami , et se présenta l'épée haute devantïtenaud, qui lepoursuivoit.Le seigneur de Montauban, qui n'étoit déjà que trop piqué contre son cousin, de ce qu'il avoit embrassé la défense de Trufaldin, ne refusa point le combat. Le comte et lui commencèrent à se frapper avec autant d'animosité que s'ils eussent été ennemis mortels.

Sur ces entrefaites, la reine persanne reprit ses esprits : elle brûle de se venger; et, ne retrouvant plus Roland, elle le cherche des yeux, le découvre, et court après lui de toute la vitesse de son coursier. Elle étoit près de le joindre, lorsque Griffon, qui venoit de renverser le roi Uldan aux pieds de son cheval, se trouva devant elle , et l'attaqua. Cette furieuse princesse fut d'abord irritée de voir suspendre sa vengeance; mais elle se sentit consolée de cet obstacle, quand elle reconnut, dans le téméraire qui l'osoit arrêter, un des deux guerriers qui lui avoient causé tant de peine le jour précédent. Elle se jette avec furie sur lui; et, dans l'extrême colère qui la possède, elle le frappe avec tant de force, qu'elle le renverse sans sentiment sur la croupe de son cheval.

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