LIVRE I, CHAP. V. a
je te recommande à notre saint pn^hète devant qui je vais t' envoyer. En parlant de cette sorte, il le frappa si rudement sur la cr^e de son casque, qu'il l'auroit brisé comme du verre s'il n'eût pas été enchanté; mais les armes du 61s de Galafron avoient la vertu d'émousser le fil du plus tranchant acier.
Si Argail avoit été mécontent du peu d'effet de ses coups sur un ennemi presque désarmé, l'audacieux fils de Marsille ne fut pas plus satisfait de la foiblesse de son bras. La surprise oii ils étoient l'un et l'autre de n*aT(Hr encore aucun avantage après de si grands efforts, suspendit leurs coups. Us demeurerait t^uelque temps à se regarder sans parler, et à se parcounr des yeux du haut jusqu'en bas ; enfin Ai^it rompit le silence en ces termes :
Cessez , brave chevalier, cessez de vous étonner de ce que vous venez d'éprouver. Je veux bien vous apprendre que toutes mes armes sont enchantées : ainsi vous finirez, si vous m'en voulez croire, un combat qui ne peut tourner qu'à votre désavantage. C'est plutôt TOUS , interrompit le Sarrasin , qui n'en pouvez recueillir que de la «HifuNon : car, aBn que ma franchise égale la vôtre, je vous dirai que je ne porte une cuirasse et des armes <pie pour l'ornement , puisque j'ai obtenu dès ma naissance le don d'être invulnérable dans toutes les parties de mon corps, à la réserve d'une seule, où je porte pour plastron sept plaques du plus dur acier. Suivez donc vou»-raéme le conseil que vous me donnez. Laissez -moi la libre possession do votre sœur. C'est l'unique moyen qui vous reste d'échapper de mes mains. Le parti que je vous propose, ajouta-t-il , ne vous fait
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point de déshonneur. Je ne vous demande cette beauté que pour lui offrir une co.uronne qui me doit appartenir après la mort du roi Marsille, mon père. Ainsi, je vous conseille de me l'accorder de bonne grâce.
Prince , lui dit le fils de Gatafron , puisque vous n'êtes pas chrétien, ni des amis de l'empereur Charles , j'accepte le parti que vous m'offrez, à condition que ma sœur y souscrira. Je le souhaite; j'en aurai de la joie, parce que j'estime votre valeur; mais je vous déclare que, si elle me fait voir quelque répugnance pour votre personne, il n'en faudra plus parler. L'amitié me lie encOTe plus que le sang à ma sœur; je ne veux pas contraindre ses inclinations. Hé bien, dit l'Espagnol, parlez-lui donc toutà l'heure, je suis trop impatient pour demeurer long-temps dans l'incertitude. Le prince oriental, pour le servir avec toute ia diligence qu'il désiroit , le proposa sur-le-champ à la princesse.
Quoique le Sarrasin fût jeune, il n'en étoit pas plus aimable. Son visage rouge et basané ressembloit à celui d'un cyclope. Toujours dans les combats, couvert de sang et de poussière, il étoit peu soigneux de se laver. Ses cheveux courts, et plus noirs que t'encre, paroissoient grésilles comme ceux des nègres; des yeux étincelants lui rouloient dans la tête, et sembloient vouloir sortir de leur place naturelle, pour aller percer le cœur de ceux qui le regardoient. Il avoit la parole rude et brusque, la voix élevée, l'esprit impérieux. Tel qu'on vient de le peindre j il n'étoit guère propre à &ire une tendre impression sur Angélique. Aussi dit-elle à Ai^ail avec douleur : Ah ! mon frère, que! parti me proposezvous? Voyez, de grâce, à quel mortel vous voulez me
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