‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 20 sur 253 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Des différents partis que prirent Âstolphe et Ferragus apris la mort d'Argail. Renaud et Roland quàtent la cour.

Le Sarrasin, après avoir rendu au prince de Cathay un si triste devoir, se mit à rêver au bord de la fontaine. Il fit quelques réflexions tristes sur l'instabilité des choses de la vie; mais il s'ennuya bientôt de déplorer la condition des humains. Sa passion pour Angélique se réveilla; il commence à se reprocher comme un crime le séjour inutile qu'il fait dans ce lieu. Il se lève , va se jeter brusquement en selle; et, embrasé de la plus vive ardeur, il court à bride abattue sur le chemin qu'il a vu prendre à la fière beauté qui le fuit.

\je prince Astolphe seul avoit vu ce qui s'éloit passé entre les deux guerriers. L'intérêt que leur valeur lui faisoit prendre à leur sort le retenoit encore dans cet endroit; il avoit négligé jusqu'alors le soin de sa liberté, qu'il ne tenoit qu'à lui de se procurer depuis la mort des quatre géants. Quand il vit Ai^il mort, et Ferragus sur les traces de la princesse, il pensa qu'il n'avoit point d'autre parti à prendre que de s'en retouner à la Boland l'A

.ïGoogIc

34 fiOLAND L'AUOUREUX.

' cour. Il reprit sas armes ; et ayant aperçu de loin son cheval qui paiBsmt tranquillement sur une petite hauteur qui s'éievoit dans le vallon, il se hâta de le joindre. L'animal, soit qu'il reconnût ion maître, aoit que la faim l'aiTêtât, se laissa docilement approcher.

Il ne manquoit plus au prince anglois qu'une lance , la sienne s'étant rompue contre Argail. Pendant qu'il cherchoit de l'œil, dans la campagne, quelque arbre dont il pût s'en fabriquer une, il vit briller aux rayons du soleil, contre le pin de la fontaine, la lance d'or devenue vacante par la mort du frère d'Angélique; bien qu'il n'en connût pas tout le prix , ce surcroît de bonheur le satisfît eictrèmement. II s'appropria cette précieuse Unce; et, le cwur détaché de l'étrangère, par le peu d'espérance qu'il avoit d« la posséder, il retourna vers Paris plus tranquille qu'il n'en étoit sorti

Il n'avoit pas encore fait beaucoup de chemin, qu'il rencontra le paladin Renaud qui veaoitau perron pour succéder à Ferragus. Comme Astolpbc étoit pap«nk «t »Dii du fils d'Aymon, et que d'ailleurs il disoUi volontiers oe qu'il savoit, il oe cacha aucune eirconstaiioe du. dernier combat, ni du tragique événement dont il avoit été témoin. Le sire de Montauban, qui. n'étott pas un des moins épris de la bettuté d'AngéUque , n« sut pas plus tôt la.mort d'Argail et la fuite de la princesse, qu'il cessa d'écouter l'Âuglois, qui n'étoit pas encore à la fin de son récit. Il craignoit qu'un plus long retardement ne le mît hors d'état de pouvoir joindre la dame; il poussa son cheval du côté qu'Astolphe lui dit qu'elle fuyoit. Bayard prend sa course ,' l'œil ne le peut suivre. Une flèche décochée avec violence n'auroit pu l'at-

E,q,t,=..=ïGooglc;

LIVBE I, CHAP. VI. 35

teindre , et toutefois ReDaud t'accusoît encore de lenteur.

Tandis que ce paladin s'abandonnoit tout entier aux monvements impétueux de sa passion, te comte d'Angers n'étoit pas jnoins agité. Il apprit d'Astolphc l'aventure du perron de Merlin , et avec quelle vivacité le seigneur de MoDtauban marchoit sur les pas de ta l>elte étrangère. O malheureux Roland! s'écria-t-il, quels maux égaient les tiens? Je connoîs Renaud', it est ai-, ttiable, amoiireiuc, pressant, hardi. S'il rencontre l'inconnue.... Ah! je n'y puis penser sans mourir! Hélas, ptut-être es«-it près de la joindre, pendant que je me laisse ici déchirer par des soupçons jatouT? Pourquoifaut-il que je languisse ^ns les larmes, sans faire un pas poordécourriraussi ma passion à l'objet que j'aime? Attendrai-je que l'amour vienne comUer mes désirs? Songe, Roland, songe à te satisfaire comme te» ri* vaux,, et quand ce r» seroit que pour Jeur arracher W proie qu'ils poursuivent, sors d'une honteuse léthargie, et vole après cette aimable étrangère : ton repos, ta vie, ta gloire même y est intéressée.

Après avoir &ib ces réflexions, it se revêtit d'armes simples pow n'être pas connu ; on lui amena son cheval Bridedorr suc lequel il monta plein de trouble et d'agitation. Il sortit de Paris le jour même des joutes , et il marcha sur les pas de Renaud.

c,q,t,=..=ïGooglc;

Page 1