‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 204 sur 253 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Dt l'entrée de Roland dans le Jardin de FaUrine , et des monstres qu'il j' trouva.

A peine les premiers rayons du soleil paroissoient sur l'horizoa, que Boland marcha vers le jardin de Faterine, avec la nouvelle arme qu'il s'étoït faite. Le jardin venoit de s'ouvrir quand il en approcha. Ce n'étoit point une porte, c'étoit te mur qui s'ouvroit de luimême le matin, et se referraoit le soir. L'enclos avoit dix lieues de tour, et les murailles étoient élevées de trois cents pieds. La pierre en étoit luisante et plus dure que le marbre. A n'y voir ni ciment, ni mortier qiii fît la liaison des pierres, on eût dit que tout ce vaste mur n'étoit composé que d'une seule.

L'indomptable guerrier entra dans la première enceinte. II y trouva le monstrueux dragon, qui vintii lui les ailes étendues et la gueule béante. Boland, de peur d'être englouti, lui lança dedans une fort grosse pierre qu'il ramassa. Cette pierre passa jusque dans le gosier du monstre, et pensa le sufToquer. Il fit de grands efforts pour la rejeter, et pendant qu'il se débattoit avec violence pour en venir à bout, le comte eut le temps de lui décharger sur la tête plusieurs coups de sa massue; et il les appliqua avec tant de force, qu'à la fin il lui écrasa la cervelle , quelque dur que fût l'os qui la couvroit.

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384 ROLAND L'AHO;JEEUX.

Aussitôt que le dragon fut privé de vie, le mur, qui d'ordinaire étoit ouvert le jour, se rejoignit, de sorte que le chevalier se vit enfermé ; mais il n'en prit que plus d'assurance, et marcha vers la seconde enceinte , qui s'ouvrît à son approche. Il se trouva dans un agréable verger, rempli de beaux arbres chargés de fruits. En jetant tes yeux de tous côtés, il vit à main droite une statue , du pied de laquelle sortoit une source , dont se formoit un ruisseau qui couloit dans la prairie, et lavoit le pied des arbres. Sur le piédestal de la statue, il lut ces mots écrits en gros caractères : C'est en marchant le long de ce ruisseau que Von arrive au palais du Beau Jardin.

Roland résolut d'aller à ce palais pour y surprendre la magicienne. Il suivitdonc le ruisseau, et, quoique occupé de son entreprise, il ne pouvoit s'empêcher d'admirer ce beau lieu. On y respiroit un air doux; les oiseaux y voloient de branche en branche , et joignoient leurs agréables chants au murmure du ruisseau. Les chevreuils et les daims couroient dans la prairie toute parsemée de Qeurs. Enfin le paladin découvrit le palais de Falerine ; il s'en approcha , et , trouvant la porte ouverte, il y entra librement.

La magicienne étoit alors dans un grand salon qui' donnoit sur le vestibule. Elle tenoit une épée dans laquelle elle se miroit. Surprise et troublée de voir un guerrier si près d'elle dans ce lieu solitaire , elle voulut s'enfuir. Elle passa dans le vestibule, descendit dans la plaine, oii elle se mit à courir; mais le comte, quoiqu'armé, l'eut bientôt atteinte. II lui ôta l'épée "qui tranchoit toutes sortes d'armes enchantées, et qui n'a-

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