‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 205 sur 253 · LIVRE IV, CHAP. XI · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. XI

Yoit élé forgée que pour le faire mourir. Ensuite il voulut l'obliger à lui enseigner les entrées et les sorties de son jardin; néanmoins, quelque menace qu'il pût lui faire, il lui fut impossible d'en tirer une seule réponse : Mauvaise femme , lui dit le chevalier, je devrois par ta mort te punir de tous les maux que tu as faits ; mais je ne puis me résoudre à tremper mes mains dans ton sang. Ife crois pas pourtant que je te laisse en état de t'opposer au dessein que j'ai de détruire ton jardin et tes prisons. Alors Roland fit des bandes des propres vêtements de Falerine, avec quoi il la lia très étroitement à un arbre Elle étoit si bien attachée, qu'une personne libre de ses mains auroit eu de la peine à la détacher.

Après avoir pris cette précaution, il quitta la magicienne. Il ouvrit le petit livre pour y chercher l'instruction que Falerine lui aroît refusée, 11 trouva qu'il lui falloit marcher vers un grand étang sur sa gauche , et que, pour éviter un péril auquel il seroit exposé sur ses bords, il devott se boucher les oreilles jusqu'à s'oter la faculté d'entendre. Le guerrier, pro&tant de cet avertissement, les remplit d'une grande quantité de roses, et lorsqu'il crut pouvoir marcher sans crainte vers l'étang, il en prit le chemin. Dès qu'il y fut arrivé, une sirène parut sur la surface de l'eau : elle se regardoit dans un petit miroir qu'elle tenoit d'une main , et peîgnoit de l'autre ses longs cheveux, en chantant d'un ton de vois si puissant sur les cœurs, que les oiseaux et les bètes sauvages mêmes accouroient de tous côtés pour l'entendre; mais à peine en avoient-ils ressenti la douceur quelques moments, qu'enivrés d'un si doux BoUud l'AiDoiireuii. t. lï

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plaisir, ils toraboient sur l'herbe, privés de l'usage de leurs sens. Roland, ^ qui les oreilles n'étoient pas frappées de ces sons enchanteur*, n'avoit point à craiodre l'effet qu'ils produisoient. Néanmoins, suivant ce qae marquoit son Hvre, il tit semblant de s'y laisser surprendre , et tomba sur tes bords de l'étang, comiae s'il eût été enseveli dans une profonde léthargie. La sirène y fut trompée; elle s'approcha du chevalier, dans le dessein de le tirer dans l'étang , et de l'y noyer. Mais le guerrier, se relevant soudain, se jeta sur elle , ta saisit par les cheveux ; et pendant qu'elle contimioit de (planter, pour charmer ses sens , il lui coupa la tête avec Batisarde ; ensuite il frotta son casque et le reste de ses armes du sang de la sirène, parce que cette précaution lui étoit prescrite dans le livre.

Le paladin, se voyant hors de péril, ae déboucha les oreilles, et marcha le long de l'étang. Il traversa nne vaste plaine, au bout de laquelle une hante muraille s'ouvrît à son approche. Il parut un laureanqui avoit des cornes de feu ; mats le comte en coupa une avec Balisarde. Cependant l^animal le renversa du choc de l'autre corne, qui , composée d'un feu pins subtil que celui de l'éclair de la foudre, l'auroit consumé par sa seule atteinte , lui et ses armes , s'il ne les eût pas arrosées du sang de la sit^ne. A peine s'étoît-il relevé et remis en défense, que le taureau revint sur lui m mugissant d'une manière efîToyable de la douleur qu'il avoit sentie de sa corne coupée ; maisle chevalier prit si bien son temps pour décharger Balisarde sur la corne qui restoit, qu'il eut le bonheur de la couper aussi. Alors le taureau fut englouti par la terre, qui s'ouvrit

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