‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 206 sur 253 · LIVRE IV, CHAP. XI · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. XI

pour le recevoir, et il laissa libre au guerrier £rançois l'entrée de l'enceinte qu'il gardoit.

Le comte la passit, et suivit une grande allée qui le conduisit à uo grand rond d'arbres, m milieu desquels on en voyoit un beaucoup plus touffu que les autres. Roland s'en approcha en se couvrant soigneusement la tête de son écu, et baissant les yeux. Lorsqu'il en fut près, il en partit un oiseau raon^rueux qui s'éleva dans les nues. Ses ailes avoî«Dt plus de vingt pieds d'étendue; sa tête et son bec de griffon étoient surmontés d'une couronne composée de plumes incarnates ; le plumage de ^n cou paroissoit d'une couleur mêlée de pourpre et d'qr; celui de sa iqueue étoit vert et jaune, et ses ailes, comme le reste de son corps, égaloient la noirceur du jais. Ses pâtes, armées de griffes longues et tranchantes , décbiroîent les matières les plus dures ; mais ce qu'il y avoit de plus dangereux , c'est qu'il jetoit de son gosier une liqueur qui privoit soudain de la vue les yeux sur lesquels elle tomboit.

L'oiseau fondit du baut des airs comme une tempête sur te chevalier, en faisant uu si grand bruit, qu'il s'en fallut peu que le paladin ne portât sa vue vers le ciel ; mais te livre lui en avoit appris la conséquence. Il s'en donna i»en de garde, et se resserra tout entier sous son écu. Le monstre tomba sur lui avec tant de rapidité, qu'il p^isa.le renverser; et saisissant de ses griffes l'écu dont il se couvroit, il le tiroitavec t^nt de force, qu'il rénlevmt avec le chevalier, qui étoit déjà à dix pieds de terre. Roland fut obligé de se laisser tomber^ et de lâcher son écu , que l'oiseau mit en pièces ; et ce mcmstre, desc^idant de nouveau sur le paladin , qui se retevoit ,

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lui lança de son eau qui brùloit comme àe l'huile bouillante. Heureusement pour le guerrier, elle ne toucha Vfue son casque et sa cuirasse, qui , arrosés du sang de la sirène, résistèrent à la malignité de Teau. Son visage fin fut préservé; il n'avoit donc plus de bouclier, et par conséquent il mettoît toute son attention à se tourner de manière que l'animal ne pût l'attaquer par-devant. L'oiseau se précipita sur lui, et s'efforça de le tramer vers l'arbre pour le déchirer et le dévorer; mais Roland, les yeux toujours fermés, saisit le monstre par une de ses aîles, et lui coupa la tête avec son épée.

Après s'être délivré d'un si dangereux ennen>i, il ouvrit les yeux, et ce fut alors qu'il eut tout le temps de considérer l'oiseau, et la grandeur du péril qu'il avoil couru. Il falloit achever l'aventure. Il se remit en chemin le long d'un ruisseau qui le mena jusqu'à un superbe portail de marbre , enrichi tout autour de Bgures bien travaillées. La porte en étoJt ouverte; mais une mule plus redoutable que tous ks monstres du jardin en gardoit l'entrée. Cette terrible mule avoit les pieds d'airain et la queue tranchante comme une épée; tout son corps étoit couvert d'écaillés semblablesà des lames d'or, et plus dures qu'aucune arme : mais ce qu'il v avoit de plus étonnant, c'est que ses oreilles étoient si longues, et en même temps si pliantes, qu'elles lioient, de même qu'une queue de serpent, les personnes qui auroient voulu s'approcher d'elle. Cet animal s'opposa au passage du paladin quand il se présenta pour entrer. Le guerrier lui déchargea Balisarde sur l'épaule, et y fit une profonde blessure. La mvAe en fureur tourna la croupe vers le comte, et lui lança une ai terrible ruade

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