‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 22 sur 253 · LIVRE I, CHAP. VIL · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. VIL

fondirent l'un sur l'autre avec beaucoup de vigueur. Le François brisa sa lance contre le Sarrasin, sans rébranler; mais Serpentin lui donna uo si rude coud, qu'il lui fit perdre les étriers. Richard , duc de Normandie, se mit aussitôt sur les rangs pour venger Angelin : ce qui ne lui réussit pas. Le fils du roi Balugant l'envoya tenir compagnie au Bordelois. Salomon, roi deBretagne, un des principaux pairs du royaume, entra ensuite dans la carrière, et augmenta le nombre des malheureux.

Le jeune Serpentin s'acquit de la gloire par ces exploits. Les Sarrasins, qui se trouvoient alors en grand nombre à la cour de Charles, en firent trophée. Balugant surtout ne pouvoit contemr la joie qu'il en ressentoit. Le prince Astolphe , piqué de l'ostentation avec laquelle ces ennemis du nom chrétien faisoient éclater leur avantage, neputsouffrir plus long-temps leur fierté. U se hâta d'entrer dans la lice. Il tenoit en arrêt la riche lance d'Argail , et il se promettoit bien de rétablir l'hooneur de l'empire. I) alloit en efîet moissonner tous les lauriers du brave Serpentin, si la fortune, qui se joue denos projets, n'eût déconcerté le sien par un accident auquel il ne se seroit jamais attendu. Son cheval avoit déjà fourni la moitié de sa carrière avec beaucoup de vitesse, lorsque le mauvais destin de son maître lui fit rencontrer un tronçon de lance qui roula sous son pied. L'animal bronche , tombe , et entraîne dans sa chute le prince anglois, qui s'évanouit de la force du coup. Il ne reprit l'usage de ses sens que chez lui, où on fut obligé de le porter. Certes! ses bonnes intentions méritoient une autre récompense. Aussi fut-il plaint de tout le

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monde. Serpentin même se montra sensible à son malheur , quoiqu'il eût très grand sujet de s'en réjouir. 11 comptoit d'ajouter cette palme à celles qu'il avoit déjà cueillies.

Ce vaillant prince, après qu'on eut emporté Astolpfae, mît encore par terre cinq ou six chevaliers chrétiens. Or commençoit à croire qu'il remporteroit l'honneur de la fête , lorsqu'on vit parpltre Ogier le Danois. A la vue de ce nouveau paladin, le peuple de Paris sentit ranimer SOI) espérance. Les deux chevaliers poussèrent leurs chevaux avec furie, Ogier fut ébranlé. Il chancela dans les arçons , et peu s'en fallut qu'il ne tombât; mais le tenant ne put soutenir la violence du coup qui lui fut porté ; il alla trouver ceux qu'il venoit de renverser. A cet heureux changement, les chrétiens poussèrent des cris de joie, et les Sarrasins en marquèrent du dépit sur leurs visages.

Le brave Danois, demeuré vainqueur, devint à son tour le tenant, et fit espérer à toute la cour qu'il ne cesseroit pas sitôt de l'être. Le roi Balugatit, transporté de colère, se présenta pour venger l'affront de son fils; mais Ogier l'abattit lui-même, et après lui les courageux Isolier et Mataliste, jeunes frères de Ferragus. Gaultier de Montléon leur succéda, et ne fut pas plus heureux. Comme il étoit chrétien, le tenant parut touché de son malheur, et dit à ceux de sa religion: Seigneurs chevaliers, ne nous empressons point de nous combattre les uns les autres. Laissez le champ libre aux Sarrasins. Quand nous les aurons tous vaincus, nous nous disputerons bien alors le prix du tournoi.

Spihelle d'AItamon, Sarrasin, ayf|nt entendu te dis-

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