‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 23 sur 253 · LIVRE I, CHAP. VII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. VII

cours du Danois, crut qu'il y alloït de sa gloire d'en tirer raison; néanmoins il n'eut que l'hanneur d'en avoir formé le projet. Ogier lui porta un si furieux coup de lance, qu'il Tétendit tout de son long sur ja poussière. Tel fut jusque-là le succès des joutes. O ciel! n'abandonnez point le bon Danois : il a plus que jamais besoin de votre secours^ un géant terrible va l'assaillir.

Le roîGrandonio, irrité de voir les Sarrasins si maltraités, ne put demeurer plus long-temps dans i'inacti<Hi. Il s'étoit proposé, je ne sais pourquoi, de ne combattre que des derniers; mais un mouvement de fureur, dont il ne fut pas maître , l'entraîna dans la carrière : c'étoit le plus fort des Sarrasîos, après Ferragus. Il avoît une stature gigantesque, avec un air à inspirer de l'effroi. Il montiMtun chev&Id'une grandeur démesurée, et portoit pour devise un Mabomet d'or sur un champ noir. Tous les chrétiens, en le voyant s'apprêter au combat, furent saisis de crainte. Ganes de Poitiers, autrement le comte Canelon, en eut entre autres tant de peur, qu'il abandonna furtivement le camp , pour n'avoir pas à soutenir le choc d'un si rode champîcm; et un taameat a[H-ès lui Macairc de Lozuie, son neveu, Anselme de HdutefeuiUe, Pinabel, et tous les autres Alayençoîs, excepté Hugues de Blelun, se retirèrent secrètement , comme si la lâcbeté eût été héréditaire dans cette perfide maison.

Le roi Sarrasin avoit une hutice aossi grosse qu'ime antenne; son cheval ne cauaoit pas morns de frayeur que lin. L'épouvantable animal &isoit d'horrilides hcnniasemests en courant dam la carrière. Il brisoit les catlkiux qui se trouroient sous ses pieds , et la terre

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4o ROLAND L'AMOUREUX.

en trembloit. Le Danois, malgré les lauriers qui ombrageoient son front victorieui, ne put s'empêcher de frémir en considérant l'énorme grandeur de son ennemi. Il rappela toutefois son courage; et, le mesurant au péril qui le menaçoit, il fondit comme un lion sur Grandonio, qu'il ébranla si bien de son coup, qu'on vit le corps de ce géant pencher presque jusqu'à l'étrier. On crut que la lice alloît retentir du bruit de sa chute; cependant il ne tomba point; et le vaillant Ogier eut - beau se couvrir tout entier de son écu, il ne put tenir contre 1 énorme lance de son ennemi, qui le renversa sous son cheval.

Alors un cri de joie s'éleva parmi les Sarrasins, qui ne doutèrent plus que le prix des joutes ne fût pour eux. Ils commencèrent même à insulter les chrétiens, dont la contenance changée rendoit témoignage des peines du cœur. Le duc Naime de Bavière et le fameux Turpin de Reims, choqués de l'insolence des Espagnols,. voulurent abattre leur orgueil. Ils se présentèrent l'un après l'autre contre le tenant, qui par malheur leur fit vider les arçons. Le Bavarois fut dangereusement blessé au côté, et le bon archevêque eut le bras gauche démis de sa chute. Guy de Bourgogne, qui portoit pour devise un lion noir en champ d'or, eut aussi la même destinée : ce qui donna tant de Qerté au vainqueur, qui de son naturel n'étoit déjà que trop insolent, qu'il outragea tous les chevaliers de la cour en les apostrophant sans ménager les termes.

Yvon Angelier, Avarie et Berenger ne purent souffrir ses bravades et son orgueil : ils se mirent sur les rangs; mais, hélas! leurs forces ne répondirent pas à

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