‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 224 sur 253 · LIVRE IV, CHAP. XVI · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. XVI

Après son départ, RodomoDt se jeta sur les Crémonots, qui ne lîrent qu'une foible résistance. Des premiers coups qu'il déchargea sur eux, il renversa les premiers rangs. I>es autres plièrent bientôt, et par leur prompte fuite évitèrent une mort qui auroit été inévitable pour eux, s'ils eussent osé soutenir l'efTortdu terrible roi d'Alger. Ils allèrent se réfugier dans l'armée du roi Didier , qui marchoit à leur secours , comme s'il eût fallu une armée entière pour les mettre à couvert de la furie d'un seul homme. Le prince de Piémont, Robert d'Ast et le fort Parmesan Rigozon venoient à la tête des Lombards, lis Hrent une irruption si vive sur les Algériens qui leur éloient opposés, qu'ils les enfoncèrent du premier cboc. Ils poussèrent ^ieur avantage , et si quelques princes amis de Bodomont n'eussent arrêté leurs progrès, ils assuroientia victoire à leur parti. Le combat se renouvela de ce côté-là pendautque de l'autre le roi d'Alger faisoit un horrible carnage de ceux qu'il avoit en tête. Il enfonçoit les escadrons les plus.épais, fendoit les casques et les cuirasses , et faisoit voler des têtes et des bras. Tout fuyoit devant lui : en vain les comtes de Lorrame et de Savoie , et le roi Didier même avec ses principaux barons, entreprirent d'opjjoser une digue à ce torrent. Il fit perdre les argons à la plupart d'entre eux; et les autres, pour éviter le même sort, allèrent combattre ailleurs.

Ils se vengèrent sur les sujets de Rodomont du mal qu'il faisoit aux chrétiens. Ils mirent en fuite tous les Sarrasins qui voulurent leur résister; mais le roi d'Alger, ne trouvant plus d'ennemis qui osassent attendre ses coups , revint sur eux couvert de sang et de sueur. It

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étoit suivi d'un grand corps d'Algériens, qui s'efforçoient de le seconder; il mit d'abord hors de combat trois des principaux cliefs de Didier; ensuite, se faisant jour jusqu'à ce roi , il le porta par terre ; il blessa aussi Robert d'Ast, et fendit la tête au Parmesan Rjgozoa. Les comtesde Savoie et de Lorraine, jugeant bien qu'en voulant s'opposer à ce furieux, c'étoit livrer à sa rage une inanité de chrétiens, remontèrent le roi lombard, rassemblèrent le reste de leurs soldats , et se retirèrent vers les montagnes de Gènes en assez bon ordre.

Les Sarrasins les poursuivirent quelque temps, et Rodomont en massacra un grand nombre dans leur retraite; mais comme les Africains avoîent perda presque tous leurs chevaux sur mer, ils ne purent empêcher les chrétiens de regagner tes montagnes, et-de se réfugier dans leurs bois. L'armée du roi d'Alger revînt sur le champ de bataille, et tenta de s'emparer de la ville de Gênes. Heureusement les habitantsy étoîent sur leurs gardes, et le comte Arcbambault, tout blessé qu'il étoit , n'avoit rien négligé pour la mettre en état de faire une longue résistance. Rodomont voyoit Inen qu'il étoit important pour lui d'avoir une place d'armes , pour assurerla subsistance de ses troupes dans un pays ennemi; cependant, comme toutes les choses nécessaires pour faire un siège lui manquoient, il n'entreprit pas celui de Gênes, qu'il savoit être forte, bien munie, et défendue par de braves gens. Il appréhenda même que ses soldats ne se rebutassent ; et pour les encourager : Mes amis , leur dit-il , ne regrettez point votre patrie ; la gloire vous en offre une plus heureuse. C'est des belles campagnes de la France et de ses riches villes

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qu'il faut faire ia conquête. Bodomont, vousn'avez qu'à le suivre, vous en ouvrira le chemin.

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