‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 25 sur 253 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Continuation des joutes, et de quelle manière elles finirent.

Lks deux guerriers, après avoir £itt la demî-volte, partirent tout d'un temps. La terre tremble sous les pieds de leurs chevaux; tout le monde attentif au choc terrible de ces combattants, garde un profond silence. Le marquis de Vienne adresse sa lance au milieu du bouclier de son ennemi, et perce l'écu de part en part, malgré trois fortes plaques d'acier qui le couvraient : le fer de la lance passa m£me à la cuirasse , la traversa, et blessa le géant au côté; mais le marquis, par malheur, fut atteint si rudement de son antenne, que les sangles de son cheval venant à crever de la force du coup, on vit l'infortuné paladin voler à terre avec la selle entre les jambes. Ce malheureux éréitement acheva d'écarter de la lice tous les assaillants dbrétiens. La honte et la consternation étoient peintes sur leurs visages, tandis que les Sarrasins triomphoient et poussoient au ciel mille ctis de joie.

Si le r(M Grandonio avoit auparavant tenu des discours pldins d'insolence , ce fut bien autre chose après la chute du brave Olivier. C'est peu de dire qu'il contimia d'accabler de paroles outntgeuses les paladins ; il en dit à l'empereur mène, et il perdit toute retenue.

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LIVBE I, CHAP. Vlll. 43

O chrétiens, a'écria-t-il, éles-vous doDC si lâches, qu'il n'y ait plus pers<HU)e parmi vous qui ose se présenter devant moilFuyez, fuyez , poltrtHis , retirez'vous dniis les ruelles, vous n'êtes propres qu'à divertir les femmes ; quittez vos armes, vous ne méritez pat d'en être revêtus ; C(Hitentez-vous de vous signaler dans les bals et dans les festins.

L'empereur, sensible autant qu'il le devoit être à de pareils discours, les écoutoit impatiemment. Ou est Roland !* disoit-il, qu'est devenu Renaud ? ne devrois-je pas £tre déjà vengé ? il demanda aussi le comte Ganelon; et comme on ne lui pouvoit iqiprendre des nouvellescertaines deces guerriers : Quoi donc , s'écriat-it d'un ton mêlé de colère et de douleur, tout m'abandonne ? Ceux qui devroietit être le soutien de l'empire le trahissent, et me laissent couvert.de honte.

Le gentil Astolphe ne put entendre ainsi parler son nu , sans entrer dans ses peines. Après avoir fait panser ses meurtrissures, il étoit veau en habit de courtisan se placer parmi les dames qui voyoîent les joutes avec l'emperem'. Il se retira secrètement de l'assen^lée; et quoique encore tout froissé de sa chute, il se fît revêtir de ses armes. Il fut bientôt en ét^t d'entrer dans la carrière ; mais il se rendit auparavant au bas de l'édiafaud de l'empereur. Il leva la visière de son casque , et dit de fort bonne grâce : Puissant prince, permettez-moî d'aller confondre l'orgueil de cet insolent qui manque de respect pour vous.

Chartes soupira de se voir réduit à se servir d'un tel défenseur. Occupé d'unepaoïée ei mortifiapte, il accorda au pHnce anglois la permisùon cju'il demandoit;

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il loua ses bonnes intentions , il l'exhorta même à s'y

porter vaillamment; et cependant il prioît le ciel dans

le fond de son âme de lui envoyer quelque secours plus

salutaire.

Astolphe , après avoir quitté l'empereur , alloit se poster au bout de la lice pour se préparer au combat, lorsqu'il rencontra sur son passage le géant, qui continuoit ses bravades en se promenant le long du camp. Ce Sari'asin entreprit de railler l'Ânglois. Gentil Astolphe, lui dit-il, je vous conseille d'éviter mon antenne. Vous trouverez mieux votre compte avec des dames délicates qu'avec des ennemis de ma taille. Croyez-moi , consacrez- vous tout entier au service du beau sexe; c'est le seul emploi qui vous convienne. Je vous en destine un autre, répondit lé prince d'Angleterre, pour lequel vous paroissez fait exprès. Notre empereur a besoin d'hommes nerveux pour l'armement de ses galères de Marseille; je me fais fort d'obtenir de lui pour vous l'honneur d'être le premier officier de sa capitane. La grande opinion que j'ai de vous me fait présumer que vous ferez tout romemeot d'une chiourme.

Grandonio, plus accoutumé à prononcer des paroles piquantes qu'à s'en entendre dire , ne repartit au paladin que par un regard furieux qu'il lui lança en le quittant brusquement. ScHi cœur devint plus agité que la mer, lorsqu'elle épouvante les matelots. Il écume de rage , grince les dents, et il sort de sa bouche et de ses narines une épaisse fumée avec un sifflement semblable à celui que fait un serpent qui veut s'élancer sur un voyageur.

Tel et plus terrible encore, le géant sarrasin courut prendre du champ pour fondre sur l'ofScieux Anglois,

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