‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 43 sur 253 · LIVRE I, CHAP. XV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. XV

à tout ce que U possession d'uo bien inespéré et plein . de charmes peut avoir de plus doux. Il ne faudra pas même pour l'acquérir que tu t'exposes au moindre péril; il ne t'en coûtera que la volonté d'en jouir; c'est tout ce qu'on exige de toi.

Pendant que Maugis parloit ainsi, le paladin Renaud l'écoutoit avec une extrême attention. L'on voyoit peints sur son visage tous les mouvements que l'espérance d'un bonheur prochain peut exciter dans un cœur naturellement sensible; mais l'impatience de savoir de quelle espèce étoit ce bonheur qu'on lui promettoit, l'obligea d'interrompre son cousin. Mon cher Maugia, lui dit-il, ne me fais pas languir plus long-temps, apprends-moi quelle est cette félicité que tu me vantes, et que ton amitié semble partager. Hé bien, reprit le fils du duc d'Aigremont, connoissez donc tout le prix de la fortune qui vous attend. Sachez qu'une princesse charmante , la première beauté de l'univers , en un mot l'incomparable Angélique brûle d'amour pour vous. Et qui est cette Angélique, répHqua Renaud? dans quels pays a-t-elle pris naissance? est-elle païenne ou Sarrasine? Elle est fille de Galafron, roi du Cathaj, dit Maugis; c'est celte belle étrangère qui deux jours devant les joutes parut à la cour de l'empereur Charles. Vous savez quels applaudissements reçut sa beauté , ou ' plutôt quel trouble elle excita dans tous les cwurs. C'est cette princesse qui vous aime, et qui, méprisant pour vDuslesplusgrandsprincesdu monde, borne ses charmes à vous plaire.

Si les premières paroles de Maugis avoient répanda la joie sur le visage de Renaud , les dernières la firent

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8o ROLAND L'AMOUREUX,

disparoitre, et plongèrent tout à coup ce chevalier dans une profonde tristesse; on eût dit qu'on lui apprenoit une nouvelle fort affligeante ; il soupira , leva les yeux au ciel, puis les tournant languissamment vers le fils d'Aigremont: Est-ce là, lui dit-il, cette félicitédont vous m'avez fait concevoir l'espérance : Ah;Maugis, cessez de me parler de cette princesse ; je suis peu disposé à profiter de ses bontés.

Quoi donc ! s'écria l'encltanteur fort surpris, Angélique, l'objet de l'admiration des hommes, le plus parfait ouvrage de la nature, n'a rien qui puisse vous tenter ! A peine ajouté-je foi à ce que j'entends : est-ce Renaud qui me parle ? Ce même Renaud que j'ai vu épris de cent beautés communes, paroît mépriser la plus aimable personne du mondç. Cependant, ajoutat-il, quelques sentiments que vous ayezpour Angélique, apprenez que je suis son prisonnier, et que si vous ne répondez à la passion trop aveugle qu'elle a pour vous, il faudra que j e retourne dans une prison affreuse , d'où je ne suis sorti que sur ma parole. Mon cher Maugis, répliqua le seigneur de Montauban, il n'y a rien que je ne fisse pour toi. Faut-il , pour te délivrer, renverser des empires, combattre mille monstres, et passer au travers des flammes; tu n'as qu'à me dire les périls que je dois braver ; j'affronterai pour toi sans pâlir la mort la plus terrible; mais, de grâce, ne me parle point d'Angélique : je conviens qu'elle est charmante aux yeux des autres hommes; mais, soit entêtement, soit caprice, je sens quelque chose en mon cœur qui me révolte contre elle, et qui me la fait haïr, sans que je puisse m'en défendre. D'ailleurs, poursuivit-il, il ne m'est pas

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