‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 47 sur 253 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Aventure nurveilleuse du comte d'Angers.

Le comte d'Angers, pressé de son amoureuse inquiétude, continuoit toujours de marcher vers l'orient 11 ne se rq>osoit ni le jour ni la nuit dans la recherche qu'il avoit entrepris de faire de sa belle Angélique; et s'il se reUcbtHt quelquefois de l'ardeur de sa course, c'étoit seulement pour soulager son fidèle Bridedor, qui, sans cette indulgence, n'aurolt pu soutenir la ùltigue d'un si long voyage. Il ne rencontroit personne dans son chemin qu'il ne questionnât sur sa princesse; mais il n'en put apprendre aucune nouvelle.

II éloit déjà parvenu jusqu'aux rives du Tanats, lorsqu'il aperçut un vieillard chargé d'années, mais encore plus accablé d'affliction. Il poussoit des plaintes d'une manière fort toudiante. Roland en fut attendri, et lui en demanda le sujet. Le bon homme lui dit : Puisque mon Dialheur vous touche assez pour vous faire souhaiter que je vous en instruise, sachez, grâéreux chevalier, qu'à deux lieues d'ici est un rocher fort Mtffé que vous pouvez découvrir aisément de cette côte. Du haut de cette roche «ne voix épouvantable se (ait entendre; mais l'éloîgnemMit ne permet pas d'ouïr distinctement ce qu'elle dit. Ce rocher est de la couleur des flammes; une eau rapide le ceint en fornke de couronne , et elle a sur son courant un pont de marbre noir

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dont l'entrée est fermée par une porte auisi claire et trartsparmte que te diamant. Comme je patsois avec mon fils près de ce lieu, un géant d'iule hauteur excessive , qui garde ce pont « s'est jeté sur nous , et m'a ravi ce jeune gardon , que j'aime tendrement pout ses bonnes qualités. Le nonstre en ce moment le dévore. Voilà, seigneur i^evalier , le sujet de ma douleur; et si vous voulez suivre mon ootueil , vous retournerez sur vos pas , de peur d'éfvouver la naême deslinte que mon

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Koland , après avoir ^t ses réflexions sur ce qu'il venoit d'entendre , dit au- vieillard qvi'il alkiit tenter cette aventure. Je vous recommande donc à Dieu, répondit te bon bomme. Je vois bien que vovs êtes las de vivre. Croyez-mot, malgré tout votre courage, vous n'aurez pas plus tôt TU i^e monstre géant , que la fipt^ur smsira vos esprits. Le guerrier sourit de cet avertiuement, et répliqua : Mon père, je vous rcada grâces de la benne Ititention que vous me marquez; mais ce que je dois à «a profession ne me permet pas d'être m s&»ceptible de erainte , et m'oigage à soulager les i^lheureus. Je vous rendrai votre fîls , si j« puis. Je ne vous presse pas de nVceompagoer; attendez-moi smdenent ici quelifoe temps; «t si je ne suis pas de retour dans une heure, vous pourrta cotitifwer votie chemin. La vieillard le remercia de sa générosité; mais, quelque bonne fanion qu'il eût de sa valeur, il étoif aisé de juger qu'il n'espéroit pas de revoir le jeune homme ^'il avait perdu.

Cependant le paladin marclie v^sle rocher qui semblait jeter des flammes par Té^l éblouisnat qu'il ré-

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pandoit aux environs. I>}rsqu'il fut arrivé auprès du pont, il vit venir devant lui le géant, qui lui dit : Chevalier, ne cherche point ta perte ; le roi de Circassie m'a commis la garde de ce pont pour en défendre le passage à tdus ceux que le sort conduit en ce lieu. XJn monstre dangereux , qui rassemble en un même corps plusieurs natures différentes, fait sa demeure sur cette roche; il satisfait tous les passants sur les demandes qu'on lui fait, mais il leur propose ensuite des énigmes, et il précipite du haut du roc en has ceux qui ne savent pas lui en donner l'explication. Roland, ayant entendu ce discours, s'informa de ce qu'étoit devenu le iîls du vieillard. Le géant lui apprit qu'il l'avoit en son pouvoir, mais qu'il ne le rendroit pas. Il n'en faltoit pas davantage pour engager le chevalier à combattre. Le géant succomba bientôt sous l'effort de sa valeur, tomba chargé de coups et de blessures, et fut obligé de rendre le jeune homme qu'il avoit enlevé.

Quand le bon vieillard vît revenir son fils avec le paladin , il parut touché de la grandeur de ce service ; et tirant de son sein un petit livre assez proprement relié, i) le présenta au comte. Vaillant chevalier, lui dit-il, à qui je serai redevable toute ma vie, daignez recevoir ce petit livre pour marque de ma reconnoissance : vous y trouverez l'explication de tout ce qu'on pourroit vous demander de difBctle à deviner; peut-être ne vous serat-il pas inutile, et vous pourrez vous en servir dans l'occasion.

Le chevalier remercia le bon homme, et prit le chemin du rocher pour aller voir ce monstre, qui savoit rendre raison de tout ce qu'on lui demandoit. II brù-

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