LIVRE I, CHAP. XVII. S
loit du désir d'apprendre de lui dans quel lieu il trouveroit sa belle inconnue. Il passe le pont; te géant qui en avoit la garde ne pouvoit plus s'y opposer. Il arrive au pied du rocher, qu'il regarde avec attenticHi. Il remarque qu'il est comme double, que les deux parties en sont également escarpées, que tes deux bases se joignent par le pied, et que les deux pointes s'écartent yers la cime. De quelque hauteur qu'elles lui parussent, il entreprit de monter jusqu'au lieu oit te monstre rendoit ses oracles. Gimme il cherchoit de l'œil l'endroit qui pouvoit plus aisément l'y conduire, il aperçut assez près de lui une voûte obscure et profonde qui étoit taillée dans le roc en forme de vis. Il s'y engagea , ne doutant point qu'elle ne le c<mduisit où il vouloit aller. En effet, après avoir tourné long-temps dans l'obscurité avec beaucoup de peine et de lassitude, il parvmt au lieu oii les deux pointes du double mont commençoient à se séparer; et c'étoit dans cet eotre^eux que le monstre faisoit son séjour.
Ce prodige de la nature avoit une tète de femme; les traits n'en étoient pas'difformcs, mais elle passoit en grosseur celle du plus énorme géant; ses cheveux étoient dorés; sa bouche, extraordînairement fendue^ cacboit des dents senUilables à celles d'un tigre. Ce sphinx avoit le poitrail d'un lion, les bras d'un ours, les pattes d'un griffon , et tout le reste du corps avec sa queue et ses ailes, dont il ne cesaoit point de battre le roc, étoit celui d'un dragcm furieux. Le monstre, tel que je viens de le représenter, remplissoit tout l'eotredeoxdu rocher. Aiissitôt qu'il aperçut le chevalier, il étendit ses ailes pour cacher son corps et sa. queue; ij
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go ROLAND L'AMOUREUX.
ne montroit que son visage , qu'il affectoit d'avoir doux et riant. Dis-moi, lui dit le comte, dans quel endroit du monde je trouverai l'adorable beauté qui m'embrase de Gdn amour, et comme elle se nomme? Le sphinx lui répondit : Elle estau royaume du Catliay, dans la forte ville d'Albraque, et s'appelle* la princesse Angélique; mais puisque jai satisfait à ta question, il faut que tu répondes à la mienne. Dts-moi donc quel est l'animal qui marche h quatre pieds le matin^ avec deux sur le milieu du jour, et à trois vers le soir. Roland chercha quelque temps dans Sion esprit le sens de cette énigme, mais, ne le pouvant trouver, il tiraDurandal , et s'avança sur le monstre, qui, s'élevant en l'air, prit son vol audessus de sa tête. Le chevalier se lient sur ses ^rdes, et prend si bien son temps, lorsque le sphinx vient fondre sur lui, qu'il lui coupe d'un fendant une de ses ailes. Ce monstre tomba sur le paladin , pensa l'écraser du poids énorme de son corps , et, tout blessé qu'il étoit, il l'enlaça si fortement de sa queue et de ses pattes, qu'il lui ôtoit presque la respiration. Le guerrier, dans cet extrême péril, fit nnetïort pour dégager Durandal; et, j ajent enfin réussi, il la plongea jusqu'à la garde dans te poitrail du sphinx. La cruelle bête perdit toute 'sa force de ce coup, ses membres énormes demeurèrent sans mouvement, et iHentôt elle fut sans vie.
Ce combat fini, le comte jeta le monstre du roc en bas, et descendit par le même chemin qu'il étoit monté ; il rejoint Bridedor^sairte légèrement en selle, et repraid sa première route, fort content de savoir précisément OÙ étOTl Angélique, bien qu'elle fût fort éloignée' de lui. En marchant, il se ressouvint du livre du vieillard;
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